jeudi 29 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2112792 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | ADDA |
Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2112792 :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2021, M. B A, représenté par Me Adda et Me Nicolas, avocats, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009 à 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement sur le fondement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- l'administration fiscale a méconnu sa propre doctrine référencée BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40 n° 400, publiée le 3 février 2016, qui prévoit que les gains tirés de jeux de hasard ne sont pas imposables ;
- si l'aléa a été atténué par le système de triche mis en place, la réduction de cet aléa a été limité, de sorte que ses gains de casino ne sauraient être imposés ;
- les gains de casino ne résultent pas de l'exercice d'une activité et ne sont, dès lors, pas imposables ;
- le système de triche n'ayant été utilisé que lors de douze journées entre le 6 mars 2017 et le 19 avril 2017, seuls les gains réalisés lors de ces douze journées pourraient être imposés au motif de la suppression d'un aléa ;
- dans un souci de réalisme économique, l'administration fiscale aurait dû lui appliquer un taux de charges forfaitaire de 50% ;
- la méthode de reconstitution des recettes tirées de son activité de disc-jockey retenue par le service pour les années 2008 à 2017 est radicalement viciée, dès lors que l'administration fiscale ne produit aucune pièce permettant d'établir la perception de recettes au titre de cette activité, et se fonde sur ses seules déclarations consignées dans un procès-verbal d'audition établi dans le cadre d'une procédure pénale ;
- le service ne démontre pas qu'il a exercé une activité de disc-jockey sur les années en litige, ni qu'il en aurait perçu le moindre revenu ;
- l'administration fiscale, qui n'a retenu aucune charge déductible au titre de cette activité de disc-jockey, aurait dû retenir, dans un souci de réalisme économique un taux de charges forfaitaire de 50%.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
II - Vu la procédure suivante, enregistrée sous le n° 2113046 :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, M. A, représenté par Me Adda et Me Nicolas, demande au Tribunal :
1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2017 ;
2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement sur le fondement de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la méthode de reconstitution des recettes tirées de son activité de disc-jockey retenue par le service pour les années 2008 à 2017 est radicalement viciée, dès lors que l'administration fiscale ne produit aucune pièce permettant d'établir la perception de recettes au titre de cette activité, et se fonde sur ses seules déclarations consignées dans un procès-verbal d'audition établi dans le cadre d'une procédure pénale ;
- le service ne démontre pas qu'il a exercé une activité de disc-jockey sur les années en litige, ni qu'il en aurait perçu le moindre revenu.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 mars 2022, la directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
La directrice départementale des finances publiques du Val-d'Oise fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Villette, conseiller ;
- et les conclusions de M. Prost, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Ayant été informée par le Tribunal de grande instance de Pontoise, en application de l'article L. 82 C du livre des procédures fiscales, de la procédure correctionnelle engagée à l'encontre de M. A pour des faits d'escroquerie en bande organisée au préjudice de différents casinos, l'administration fiscale a demandé au ministère public, qui a fait droit à sa demande le 29 mai 2018, la communication du dossier de l'intéressé. À la suite d'un contrôle sur pièces, l'administration fiscale a notifié à M. A, par une proposition de rectification du 27 juillet 2018, selon la procédure de taxation d'office et celle d'évaluation d'office, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2009 à 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes, résultant de l'imposition des gains de casino obtenus par triche et des revenus tirés d'une activité occulte de disc-jockey exercée par le contribuable sur cette période. Les impositions en litiges ont été mises en recouvrement les 15 janvier et 30 avril 2019. Par des réclamations des 12 février, 2 et 21 mai, 11 juin, 5 et 19 novembre 2019, et des 22 juillet et 30 septembre 2020, rejetées par l'administration fiscale les 11 avril, 5 et 19 septembre 2019, et les 4 et 10 août 2021, le requérant a demandé le dégrèvement de ces impositions supplémentaires. Par ces requêtes, enregistrées sous les n°s 2112792 et 2113046, M. A demande au Tribunal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2009 à 2017, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés pour la période du 1er janvier 2008 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les n°s 2112792 et 2113046 concernent le même contribuable, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu :
Sur la charge de la preuve :
3. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition. ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré. ".
4. M. A ne contestant pas la régularité du recours à la procédure d'évaluation d'office utilisée par l'administration fiscale, il lui appartient, conformément aux dispositions précitées, d'apporter la preuve du caractère radicalement vicié de la méthode d'évaluation des résultats imposables retenue par l'administration fiscale ou le caractère exagéré des impositions supplémentaires mises à sa charge.
Sur les gains de casino :
5. Aux termes de l'article 92 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus () ".
6. La pratique, même habituelle, de jeux de hasard ne constitue pas, au sens de l'article 92 du code général des impôts, une occupation lucrative ou une source de profits, à moins que les effets du risque inhérent aux jeux de hasard soient notablement atténués et que ceux-ci soient pratiqués dans des conditions assimilables à l'exercice d'une activité professionnelle.
7. Il résulte de l'instruction que M. A a notamment été condamné, le 5 septembre 2018, par le Tribunal correctionnel de Pontoise pour des faits d'escroquerie réalisée en bande organisée commis entre le 1er février et le 30 avril 2017 au casino d'Enghien-les-Bains. Il résulte de l'instruction que, pour s'assurer de l'absence de toute perte financière, le requérant et ses complices, joueurs habituels de roulette anglaise, agissaient volontairement sur un clapet masqué pour mettre le jeu en arrêt incident à chaque fois que les résultats leurs étaient défavorables, et obtenaient ainsi le remboursement de leurs mises. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, pour pouvoir agir en toute quiétude, en l'absence de tout témoin étranger, les complices s'efforçaient de conserver l'intégralité des places situées autour de la machine de jeu. Ainsi, cette manœuvre, réalisée de manière organisée et habituelle sur la période en litige, avait pour effet de neutraliser le risque de pertes inhérent aux jeux de hasard. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a regardé les gains en cause comme résultant d'une activité lucrative imposable dans la catégorie des bénéfices non commerciaux.
8. Si M. A fait valoir que l'utilisation du stratagème décrit ci-dessus n'a été identifiée que lors de douze journées entre le 6 mars et le 19 avril 2017, il résulte de l'instruction que l'intéressé a été condamné le 5 septembre 2018, par le Tribunal correctionnel de Pontoise, pour la commission de tels faits entre le 1er février et le 30 avril 2017. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que seuls les gains réalisés entre le 6 mars et le 19 avril 2017 auraient dû être imposés.
9. M. A soutient que l'administration aurait dû, par souci de réalisme économique, retenir un taux de charges forfaitaire de 50% et non de 34%. Toutefois, l'intéressé ne produit aucun élément à même de justifier l'existence de charges effectives, ni même le taux de charges dont il demande l'application. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que les rectifications en litige présenteraient un caractère exagéré.
10. M. A ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 400 de l'instruction administrative référencée BOI-BNC-CHAMP-10-10-20-40, publiée le 3 février 2016, qui ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il lui a été fait application dans le présent jugement.
Sur les revenus tirés de l'activité de disc-jockey :
11. Il résulte de l'instruction que, pour reconstituer les recettes de l'activité de disc-jockey de M. A, dont l'exercice est attesté par la mention du procès-verbal établi par les services de police le 4 décembre 2017, l'administration, faute de pouvoir déterminer le ou les tarifs unitaires réellement pratiqués ainsi que le nombre de prestations réalisées à partir d'éléments précis et propres à cette activité en raison du défaut de tenue de comptabilité ou de tous autres éléments de justification, était fondé à recourir aux propres déclarations du contribuable, retranscrites sur le procès-verbal d'audition du 5 décembre 2017 selon lesquelles l'intéressé reconnaissait réaliser sous le pseudonyme de " DJ Rajah ", depuis dix ans, une activité occulte de disc-jockey dont il tirait un revenu mensuel de 2 500 euros. Dans ces conditions, en se bornant à affirmer que cet aveu, qui avait pour objectif de minimiser l'importance de ses gains de casino, était dépourvu de caractère sérieux, M. A n'établit pas que la méthode de reconstitution de recettes mise en œuvre par le service serait radicalement viciée, ni l'exagération des rectifications litigieuses.
12. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration fiscale a, par souci de réalisme économique, retenu un taux de charges forfaitaire de 34 %. Si M. A soutient que l'administration fiscale aurait dû retenir un taux de charges forfaitaire de 50%, l'intéressé ne produit aucun élément à même de justifier l'existence de charges effectives, ni même le taux de charges dont il demande l'application. Dans ces conditions, le requérant n'établit pas que les rectifications en litige auraient un caractère exagéré.
Sur les conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :
13. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été énoncés au point 11 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige auraient été établis à l'issue d'une reconstitution de recette réalisée selon une méthode radicalement viciée, et que l'administration fiscale ne justifierait pas de l'exercice d'une activité de disc-jockey génératrice de revenus sur la période en litige.
Sur la demande de sursis de paiement :
14. Le présent jugement se prononce sur le fond de l'affaire. Les conclusions des requêtes tendant au sursis de paiement des impositions contestées se trouvent donc privées d'objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent, par suite, être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de sursis de paiement formulée par M. A.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.
Le rapporteur,
signé
G. VILLETTE
Le président,
signé
K. KELFANI Le greffier,
signé
D. HAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2112792, 2113046
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026