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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2112995

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2112995

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2112995
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBOUMEDIENE THIERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 octobre 2021 et 16 mai 2022, M. B, représenté par Me Boumediene Thiery, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 22 février 2021, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine :

- à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ;

- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et lui délivrer durant cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation, le préfet n'ayant pas tenu compte des éléments relatifs à sa situation professionnelle, notamment des preuves de son activité salariée de 2018 à 2020 et des éléments de sa vie privée et familiale dans le cadre de son pouvoir de régularisation ;

- est illégale dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis de la commission du titre de séjour, qui est fondé sur des inexactitudes quant au titre sollicité, à ses attaches familiales en France et au Maroc, aux preuves de son activité professionnelle et à la condamnation dont il a fait l'objet en 2016 ;

- méconnaît la circulaire du 28 novembre 2012 du ministre de l'intérieur ;

- méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ayant omis de l'informer des conséquences de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 25 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Louvel, premier conseiller,

- et les observations de Me Boumediene-Thiery, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain, né le 3 avril 1982, fait valoir qu'il est entré en France au mois d'octobre 2009 sous couvert d'un visa de court séjour. Par un arrêté du 22 février 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de titre de séjour qu'il a présentée sur les fondements de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré régulièrement sur le territoire français en octobre 2009, soit douze ans avant la date de l'arrêté attaqué. Il en ressort également que le requérant justifie d'attaches familiales fortes en France, où résident notamment son père, titulaire d'une carte de résident, qui y est retraité, ainsi que de sa sœur, titulaire d'une carte de résident, chez qui il réside avec son beau-frère et ses neveux, tous de nationalité française. Par ailleurs, si par un jugement du 12 février 2016 le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné M. B à une peine de prison de quatre mois avec sursis pour des faits commis le 17 décembre 2015 de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le requérant a, depuis cette condamnation sanctionnant des faits commis plus de cinq ans avant l'arrêté attaqué, fait l'objet d'une autre condamnation. En outre, M. B établit, par les pièces qu'il produit à l'instance, qu'il a exercé une activité salariée dans le cadre de plusieurs contrats de travail à durée déterminée successifs en qualité de manutentionnaire pendant de nombreuses années et qu'il travaillait, à la date de l'arrêté attaqué, sous couvert d'un contrat à durée déterminée souscrit au mois de septembre 2020, ce qui atteste d'une réelle volonté et de perspectives d'insertion professionnelle. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, l'arrêté contesté a porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive et, ainsi, méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 22 février 2021, doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. B, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai qu'il convient de fixer à un mois à compter de la notification du présent jugement pour procéder à la délivrance de ce titre.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

7. Aux termes de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Les auxiliaires de justice rémunérés selon un tarif peuvent renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre contre la partie condamnée aux dépens et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle le recouvrement des émoluments auxquels ils peuvent prétendre. En toute matière, l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle partielle ou totale peut demander au juge de condamner la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à lui payer une somme au titre des honoraires et frais, non compris dans les dépens, que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n 'avait pas eu cette aide () ".

8. Il y a lieu, en application de ces dispositions, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1200 euros à Me Boumediene Thiery, avocate de M. B, lequel est bénéficiaire de l'aide juridictionnelle,.

D É C I D E :

Article 1er : l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 22 février 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à la somme de 1200 euros à Me Boumediene Thiery en application des dispositions de l'article de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera faite à de Madame le Procureur de la République près le Tribunal judiciaire de Nanterre.

Délibéré après l'audience du 5 juillet 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

Mme Ferrand, première conseillère,

M. Louvel, premier conseiller.

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

T. Louvel

Le président,

signé

P. ThierryLe greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

21129952/

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