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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2113425

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2113425

jeudi 19 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2113425
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMISSEOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2021, M. B, représenté par Me Misseou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 27 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions portant retrait de points auxquelles elle se réfère, à la suite des infractions commises le 20 octobre 2017 (4 points), le 25 août 2018 (1 point), le 8 juin 2019 (1 point), le 11 juillet 2019 (1 point), le 30 novembre 2019 (1 point), le 6 juillet 2020 (3 points) et le 3 janvier 2021 (4 points) ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire et de reconstituer son capital de points initial dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision " 48 SI " est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- les décisions portant retrait de points à la suite des infractions qui lui sont reprochées ne lui ont pas été notifiées ;

- il n'a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- il n'est pas l'auteur des infractions qui lui sont reprochées ;

- la réalité des infractions en cause n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer s'agissant des décisions portant retrait de points des 11 juillet et 30 novembre 2019 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

A concurrence de ce surplus, il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par décision " 48 SI " du 27 juillet 2021, le ministre de l'intérieur, prenant acte des retraits de points opérés sur le permis de conduire de M. B, a prononcé l'invalidation de ce permis pour solde de points nul. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation des différents retraits de points opérés sur son permis de conduire et de la décision " 48 SI " dont il a subséquemment fait l'objet.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () 3' Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / () 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / () 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.() ".

Sur l'étendue du litige :

3. Il ressort du relevé d'information intégral daté du 15 novembre 2021 produit en défense par le ministre de l'intérieur, que les points retirés de son permis de conduire à la suite des infractions que M. B a commises le 25 août 2018 et les 11 juillet et 30 novembre 2019 lui ont été restitués les 3 avril 2019, 11 mai 2020 et 8 mars 2021 respectivement. Il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'annulation des décisions " 48 " portant retrait de ces points, ni sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte correspondantes.

Sur le surplus des conclusions :

4. En premier lieu, par une décision du 28 janvier 2020, régulièrement publiée le 31 janvier 2020 au journal officiel, modifiant la décision du 3 mai 2017 portant délégation à la sécurité routière, délégation a été donnée à Mme C A, cheffe du bureau national des droits à conduire, pour signer, au nom du ministre de l'intérieur, tous actes, arrêtés, décisions et correspondances courantes dans les limites des attributions de la sous-direction de l'éducation routière et du permis de conduire. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme étant manifestement infondé.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " () III.- Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. ".

6. En l'espèce, la décision référencée " 48 SI " du 27 juillet 2021 mentionne les bases légales sur lesquelles elle est fondée et indique les infractions commises par M. B à l'origine des retraits de points dont elle procède. A cet égard, les mentions inscrites dans son relevé d'information intégral, document nominatif dont l'accès est librement et personnellement réservé à M. B, récapitulent la date, le lieu et la nature des infractions en débat et le nombre des retraits de points effectués sur son permis de conduire. Par suite, à le supposer opérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme étant manifestement infondé.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / () Lorsque le nombre de points est nul, le permis perd sa validité. / () ".

8. Il résulte de ces dispositions que les mesures portant retrait de points et invalidation de permis de conduire présentent un caractère automatique résultant des condamnations prononcées par le juge pénal et ne laissent subséquemment aucune marge d'appréciation à l'autorité administrative qui les prononce. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées ont irrégulièrement été prises en méconnaissance du principe du contradictoire est inopérant. Il ne peut donc qu'être écarté.

9. En quatrième lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.

10. En cinquième lieu, la délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant des infractions commises les 20 octobre 2017, 8 juin 2019 et 6 juillet 2020 :

11. Il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

12. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de M. B que les infractions commises les 20 octobre 2017, 8 juin 2019 et 6 juillet 2020 ont été relevées par radar automatique, ainsi que l'atteste la mention " CNT-CSA ", avec envoi d'avis de contravention au domicile du titulaire de la carte grise du véhicule flashé. Il ressort des pièces du dossier que les plis recommandés contenant les avis d'amende forfaitaire majorée correspondant aux infractions en litige ont été expédiés à l'adresse non contestée de M. B, 10 rue de France à Villeurbanne (Rhône) et mentionnent qu'il en a été avisé les 28 février 2018, 4 septembre 2019 et 16 févier 2021 respectivement. Les enveloppes contenant les plis en cause ont été revêtues d'une étiquette sur laquelle a été cochée la mention " pli avisé et non réclamé ", correspondant au motif de non-distribution des plis à M. B. Celui-ci est donc réputé avoir reçu les amendes forfaitaires en cause, dont le formulaire reprend l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'information doit être écarté comme manifestement infondé.

S'agissant de l'infraction commise le 3 janvier 2021 :

13. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre que l'infraction commise par M. B le 3 janvier 2021 à Saint-Fons (Rhône) a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Or, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait payé l'amende forfaitaire afférente à cette infraction, il ne peut être regardé comme ayant nécessairement reçu l'avis de contravention correspondant. Toutefois, il résulte du relevé d'information intégral que M. B a bénéficié, à l'occasion d'une précédente infraction commise le 25 août 2018, qui a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire qu'il a réglée, de l'ensemble des informations légalement exigées, y compris celles relatives au traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès. Dès lors, à supposer même qu'il n'ait pas reçu les informations lors de la constatation de l'infraction du 3 janvier 2021, M. B n'a pas été privé d'une garantie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision ayant retiré des points de son permis de conduire à la suite de l'infraction en cause est intervenue à la suite d'une procédure irrégulière. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit donc être écarté comme manifestement infondé.

14. En sixième lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route : " La réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. ".

15. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier qu'un titre exécutoire devenu définitif de l'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de chacune des infractions demeurant en litige reprochées à M. B. En l'absence de tout élément avancé par l'intéressé de nature à mettre en doute l'exactitude de ces mentions, la réalité de ces infractions doit donc être considérée comme établie. Par suite, le moyen tiré de l'absence de la réalité des infractions en cause n'est assorti que de faits manifestement insusceptibles de venir à son soutien.

16. D'autre part, il résulte des articles 529, 529-1, 529-2 et du premier alinéa de l'article 530 du code de procédure pénale que, pour les infractions des quatre premières classes dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat, le contrevenant peut, dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention, soit acquitter une amende forfaitaire et éteindre ainsi l'action publique, soit présenter une requête en exonération.

17. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une requête en exonération, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment nommé " bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires ", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

18. En vertu de ce qui vient d'être dit, M. B ne peut utilement se prévaloir devant le juge administratif de ce qu'il ne serait pas l'auteur des infractions au code de la route qui lui sont reprochés. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut être qu'écarté.

19. La requête de M. B ne comporte que des moyens manifestement infondés, inopérants ou assortis de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien. Dès lors, à défaut de moyen utile soulevé dans le délai de recours contentieux, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions à fin d'annulation de M. B, qui n'a pas annoncé de mémoire complémentaire, sur le fondement des dispositions précitées du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, le surplus de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal ordonne :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation des décisions " 48 " portant retrait de points, consécutive aux infractions commises les 25 août 2018, 11 juillet 2019 et 30 novembre 2019, ni sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte correspondantes.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée pour le surplus.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée M. D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Fait à Cergy, le 19 janvier 2023.

La présidente de la 3ème chambre,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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