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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2114056

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2114056

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2114056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantDJAMAL ABDOU NASSUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 novembre 2021, M. A, représenté par Me Djamal Abdou Nassur demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 novembre 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il remplit les critères énoncés par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le premier paragraphe de l'article 3 et les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance en date du 9 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 26 février 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Le Griel, présidente-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant comorien, né le 15 décembre 1994, est entré en France le 1er septembre 2016 selon ses déclarations. Le 25 mai 2021, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 5 novembre 2021 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment son article 8. Le préfet a rappelé les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale et précise les motifs pour lesquels il lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et personnelle en France de l'intéressé, le moyen tiré de l'insuffisante motivation et particulièrement en fait de la décision attaquée manque en fait et doit dès lors être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des dispositions notamment de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, la seule circonstance que M. A sollicitait la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'établit pas à elle seule qu'il remplissait les conditions pour en bénéficier, de sorte qu'elle n'impliquait pas par elle-même que le préfet saisisse cette commission avant d'édicter la décision de refus qu'il attaque.

6. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir des orientations générales, dépourvues de caractère réglementaire, que le ministre de l'intérieur, a adressées aux préfets par la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation.

7. En quatrième lieu, M. A, entré en France le 1er juin 2016 selon ses déclarations, soutient s'y être maintenu depuis lors, avoir le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire national dès lors qu'il vit en concubinage avec une compatriote titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 23 octobre 2029 avec laquelle il est parent d'un enfant né le 21 septembre 2019. Toutefois, le requérant ne justifie, par les pièces produites, constituées pour l'essentiel d'avis d'imposition sur le revenu 2018, 2019 et 2020, de contrats d'énergie, d'attestations de versement de la caisse d'allocations familiales et d'un contrat d'assurance, ni de la continuité de son séjour en France depuis 2016 ni de la réalité et de la stabilité d'une communauté de vie avec sa compagne avant juin 2019, soit moins de deux ans et cinq mois à la date de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à justifier la réalité et l'intensité des liens qu'il entretient avec son enfant, eu égard à ses conditions de séjour sur le territoire national et nonobstant la circonstance qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche de l'association Le Maillon, le requérant ne démontre pas que le préfet en prenant la décision attaquée aurait commis une erreur de fait ni fait une appréciation manifestement erronée de la situation de l'intéressé au regard de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que M. A n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale ".

10. Compte tenu des éléments exposés au point 7, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A n'est pas dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 22 ans au moins et où résident ses parents et sa sœur le préfet, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale eu égard aux buts en vue desquels celui-ci a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En troisième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. M. A soutient que la décision attaquée a des répercussions sur la situation de son enfant né le 14 juillet 2019 et porte atteinte à son intérêt supérieur. Toutefois, les pièces produites au dossier et notamment l'acte de naissance de son enfant, ne suffisent pas à démontrer la réalité et la stabilité des liens qu'il entretient avec son enfant ni qu'il contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1er paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. En dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 9 de la convention internationale des droits de l'enfant, qui créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux particuliers.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 13 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Bellity, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2022.

L'assesseur le plus ancien,

signé

C. BELLITY

La présidente-rapporteure,

signé

H. LE GRIEL La greffière,

signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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