jeudi 28 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2114964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TOUCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 décembre 2021, la société MF Peinture Déco, représentée par Me Touchot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 octobre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 54 750 euros et la contribution forfaitaire de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 6 927 euros, ensemble la décision du 22 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'OFII a rejeté son recours gracieux contre cette décision ;
2°) de la décharger de l'obligation de payer ces sommes, d'un montant total de 61 677 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ces décisions méconnaissent le principe du contradictoire en l'absence de production par l'OFII des procès-verbaux de police constatant les infractions ;
- elles sont entachées d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2022, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourragué,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- et les observations de Me Touchot, pour la société MF Peinture Déco.
Considérant ce qui suit :
1. Le 2 septembre 2021, les services de police ont constaté par procès-verbal que trois ressortissants pakistanais, travaillaient sur un chantier de rénovation extérieure d'un bâtiment situé sur la commune d'Argenteuil et réalisé par la société MF Peinture Déco, sans être en possession de titre de séjour les autorisant à travailler en France. Après transmission des procès-verbaux au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), celui-ci a invité la société à présenter ses observations par un courrier du 28 juillet 2021. Le 6 octobre 2021, le directeur général de l'OFII a informé la société qu'il avait été décidé de lui appliquer la contribution spéciale prévue à l'article L. 8353-1 du code du travail à hauteur de 54 750 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à hauteur de 6 927 euros. La société MF Peinture Déco a exercé un recours gracieux auprès de l'OFII le 22 octobre 2021, qui a été rejeté le 22 novembre 2021. La société requérante demande l'annulation de ces deux décisions ainsi que la décharge du paiement des sommes demandées.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, les décisions à caractère de sanction " ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". S'agissant des mesures à caractère de sanction, le respect du principe général des droits de la défense suppose que la personne concernée soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et soit mise à même d'avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. En outre, si ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale, soit communiqué au contrevenant, le silence de ces dispositions sur ce point ne saurait faire obstacle à cette communication, en particulier lorsque la personne visée en fait la demande, afin d'assurer le respect de la procédure contradictoire préalable à la liquidation de la contribution spéciale, qui revêt le caractère d'une sanction administrative.
3. Par une lettre du 28 juillet 2021, dont il a été accusé réception le 30 juillet, la société MF Peinture Déco été informée de ce que l'OFII envisageait de lui appliquer les contributions spéciale et forfaitaire et l'a invitée à présenter ses observations sur l'infraction relevée à son encontre, ce qu'elle n'a pas souhaité faire, ne sollicitant pas la production des procès-verbaux mentionnés. Ce courrier indiquait qu'elle avait employé trois salariés, dont le nom figurait en annexe, démunis de titre les autorisant à exercer une activité salariée et à séjourner sur le territoire, qu'elle était donc susceptible de se voir appliquer la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle disposait d'un délai de quinze jours à compter de la réception de cette lettre pour faire valoir ses observations. La société MF Peinture Déco a ainsi été informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et a été mise à même d'avoir accès aux pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus, et notamment de solliciter le procès-verbal d'infraction ou toute autre pièce du dossier avant que le directeur de l'OFII ne prenne la décision d'application des contributions en cause. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'après avoir réceptionné cette lettre du 28 juillet 2021, la société MF Peinture Déco aurait demandé communication de ce procès-verbal. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance du principe du contradictoire et que son droit à la défense aurait été violé. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L. 8253-1 du même code dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. ".
5. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du même code, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur. Par ailleurs, pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.
6. Au cas particulier, la sanction en litige est fondée sur l'existence d'une situation d'emploi de trois ressortissants pakistanais dépourvus de titres les autorisant à exercer une activité salariée en France et à séjourner sur le territoire français. La matérialité des faits résulte des constatations mentionnées dans le procès-verbal établi le 2 septembre 2021 par les services de police, qui font foi jusqu'à preuve du contraire. Si la société requérante fait valoir qu'elle est de bonne foi, que les trois salariés étaient employés par une société sous-traitante, la société JMI, et qu'elle avait effectué toutes les vérifications nécessaires auprès de celle-ci, ces allégations, en absence d'éléments du dossier permettant de les accréditer, ne sont pas de nature à remettre utilement en cause les constatations mentionnées ci-dessus. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les trois salariés ont déclaré avoir été recrutés, amenés sur le chantier sur lequel ils ont été contrôlés et dirigés sur ledit chantier par un dénommé " Saaqib ", qui est de la déclaration même du gérant de la société MF Peinture Déco, un employé de sa société, et qui était désigné comme étant le " patron ". En outre, les recherches de la police concernant la société sous-traitante JMI n'ont pas permis de trouver un quelconque gérant ou une trace de cette société. Ainsi, eu égard à ce faisceau d'indices, la matérialité des infractions doit être regardée comme établie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commise le directeur général de l'OFII doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la société MF Peinture Déco tendant à l'annulation des décisions du 6 octobre 2021 et du 22 novembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide:
Article 1er : La requête de la société MF Peinture Déco est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société MF Peinture Déco et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Selvarangame, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.
Le rapporteur,
signé
S. BourraguéLa présidente,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Selvarangame
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026