mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2116075 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 10ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | COMMERCON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Commerçon, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 600 euros par mois à compter du 3 février 2021 en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 600 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Mme C soutient que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 21 janvier 2015 ;
- elle vit avec son époux, leur fils, leur belle-fille et leur petit-fils dans un studio de 38 m², sur-occupé et indécent ;
- ils subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 21 janvier 2015, désigné Mme B C comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 26 juillet 2018, le tribunal, saisi par l'intéressée d'une requête indemnitaire, a condamné l'Etat à indemniser son préjudice à hauteur de 5 000 euros. Par un jugement du 2 février 2021, le tribunal a condamné l'Etat à indemniser son préjudice à hauteur de 3 400 euros. N'ayant toujours pas reçu de proposition de logement, Mme C a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 18 octobre 2021, reçu le 22 octobre suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 600 euros par mois à compter du 3 février 2021, en réparation des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
4. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme C au motif qu'elle était dans l'attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. Elle se prévaut de ce que son logement est indécent et sur-occupé. Ses conditions de logement ne résultent cependant pas de l'instruction, compte tenu, d'une part, du caractère ancien du rapport des services d'hygiène de la ville d'Asnières-sur-Seine, daté de janvier 2016, qui relevait des manquements au règlement sanitaire départemental, et, d'autre part, de l'absence de production, en dépit d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet, de document probant permettant d'établir que le fils aîné de la requérante, né en 1985, serait toujours hébergé par ses parents avec son épouse et leur enfant. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que la carence de l'État aurait causé à Mme C des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence susceptibles d'ouvrir droit à réparation.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance.
Sur les frais dépens :
6. La présente instance ne comporte pas de dépens et les conclusions de Mme C tendant à la condamnation de l'Etat aux dépens ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
La magistrate désignée
signé
C. ALa greffière
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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