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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2116076

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2116076

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2116076
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation11ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOMMERCON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Commerçon, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser la somme de 300 euros par mois à compter du 16 juillet 2019 en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner l'État aux entiers dépens.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la responsabilité de l'État est engagée en raison de la carence fautive à assurer son relogement dans les délais impartis, alors que sa demande a été reconnue prioritaire et urgente par la commission de médiation ;

- il subit des troubles dans ses conditions d'existence et un préjudice moral à hauteur de 300 euros par mois à compter du 16 juillet 2019.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le requérant a reçu cinq propositions de relogement dont deux n'ont pu aboutir à raison de ses agissements de telle sorte qu'il est délié de ses obligations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Thomas Bertoncini, vice-président, pour statuer sur les litiges prévus aux articles R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, enregistrée le 16 mai 2023, a été présentée par M. A.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 16 janvier 2019, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, le requérant a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 20 octobre 2021, réceptionné le 22 octobre suivant. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 300 euros par mois à compter du 16 juillet 2019 en réparation des préjudices subis.

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de l'intéressé aux motifs qu'il était en attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral. D'une part, M. A occupe depuis 1994 un studio dont le montant mensuel du loyer s'élève à 366 euros alors qu'il perçoit un salaire mensuel de 1 700 euros. D'autre part, si ce logement, ainsi que cela résulte des conclusions du 20 juin 2012 du service communal d'hygiène et de santé de la commune d'Asnières-sur-Seine, était alors dépourvu de ventilation basse dans certaines pièces, et faisait montre d'humidité dans la salle de bain et d'une mauvaise étanchéité de la fenêtre du séjour et de la cuisine, il n'est pas établi que ces désordres, qui ne suffisent en tout état de cause pas à regarder ce logement comme insalubre ou non-décent, perdureraient depuis 2012. Il s'ensuit que ce logement n'apparaît pas inadapté à ses besoins et à ses capacités. Partant, quelles que soient les conditions dans lesquelles il aurait répondu à des propositions de logement, il ne résulte pas de l'instruction que la carence fautive de l'État à ne pas l'avoir relogé à compter du 16 juillet 2019 aurait causé à M. A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence susceptibles d'ouvrir droit à réparation.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de M. A ne peuvent qu'être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions liées aux frais du litige et aux dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. CLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2116076

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