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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201691

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201691

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 février 2022, Mme E A, représentée par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 janvier 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut de réexaminer sa situation selon les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est méconnaît les dispositions de l'article L. 313-7-I de ce code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du même code.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire enregistré le 5 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Mme E A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord signé à Dakar le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Le Griel, vice-présidente rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise, née le 13 août 2000 est entrée en France le 25 septembre 2015. Elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 26 janvier 2021 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi en cas d'exécution forcée de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. Par un arrêté du 17 novembre 2020 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme B C, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, à l'effet de signer notamment, les refus de titre de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration ou de son adjointe, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'ont pas été absents ou empêchés lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige du 26 janvier 2021 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

3 En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L 'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il se fonde, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Cet arrêté mentionne également les circonstances de fait propres à la situation personnelle de l'intéressée pour lesquelles le préfet a estimé qu'elle ne pouvait pas prétendre à la délivrance d'un titre de séjour au regard des dispositions de l'article L. 313-11-7° (devenu L.423-23) et L. 313-14 (devenu L. 435-1) du code précité. Il mentionne les raisons pour lesquelles sa décision ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée comporte ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement et est dès lors suffisamment motivée. Le moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une stipulation d'un accord bilatéral, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions ou stipulations expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, ou stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Il ne ressort d'aucun des éléments du dossier que Mme A aurait saisi le préfet du Val-d'Oise d'une demande de délivrance d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou des stipulations de l'accord franco-sénégalais et que le préfet aurait examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions ou stipulations. L'intéressée ne peut, dès lors, utilement invoquer à l'encontre de la décision en litige le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ou stipulations.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable en l'espèce : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ".

.

7. Mme A soutient qu'elle peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " de plein droit. Elle fait ainsi valoir sa durée de présence en France depuis 2015 alors qu'elle y est entrée mineure âgée de 15 ans et son intégration sociale par le biais des études qu'elle poursuit depuis six ans. Toutefois, s'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a poursuivi ses études en France à partir de l'année scolaire 2015/2016 et qu'elle a obtenu le 21 juillet 2020 un baccalauréat spécialité " soins et services à la personne option B - en structure ", elle n'établit pas avoir poursuivi une quelconque formation au titre de l'année 2020 /2021. Si elle soutient qu'elle n'a pas pu s'inscrire en formation pour préparer le diplôme d'aide-soignante, elle n'apporte aucun début de preuve à ses allégations. La requérante, hébergée au CCAS de Goussainville, célibataire et sans charge de famille, ne justifie pas davantage de l'existence et de l'intensité des liens qu'elle aurait tissés sur le territoire français ni être dépourvue de toute attache familiale dans son pays d'origine. Par ailleurs, la circonstance qu'elle est inscrite à l'université Paris-Est de Créteil pour l'année universitaire 2021/2022 en L1 lettres LAS accès santé, postérieure à la décision attaquée est sans incidence sur la légalité de celle-ci. Elle n'établit ni même n'allègue en outre qu'elle serait empêchée de poursuivre ses études au Sénégal. Il s'ensuit que le préfet du Val-d'Oise en prenant la décision attaquée, n'a commis ni erreur de droit ni erreur d'appréciation en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 précitées.

8. Aux termes des dispositions de l'article L.313-14 du même code applicable en l'espèce : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

9. En l'espèce, Mme A, ainsi qu'il a été dit précédemment, n'apporte aucun élément démontrant qu'elle ne pourrait pas poursuivre ses études au Sénégal. Dans ces conditions, et compte tenu des éléments déjà relevés au point 7 du présent jugement, Mme A ne peut être regardée comme justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant la régularisation de sa situation au regard du séjour. Il s'ensuit que le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été indiqués au point 7 du présent jugement, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision par laquelle le préfet l'a obligée à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête présentée par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

13. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante, doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

Mme Colin, première conseillère,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023,

L'assesseur le plus ancien,

Signé

C. Colin La vice-présidente rapporteure,

Signé

Mme D

La greffière,

Signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

N°2201691

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