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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203781

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203781

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203781
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, Mme D C épouse B, représentée par Me Megherbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de certificat de résidence algérien et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence temporaire d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de certificat de résidence temporaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvergarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Par une ordonnance du 24 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Sitbon, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante algérienne née le 20 juillet 1965, est entrée en France le 26 juin 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 26 novembre 2021, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par la présente requête, elle demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence temporaire :

2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. La décision portant refus de certificat de résidence en litige, qui vise notamment les articles 6 et 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle les conditions de l'entrée et du séjour de Mme F et mentionne que l'intéressée a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence temporaire. Cette décision relève que si l'intéressée se prévaut de la présence de sa mère de nationalité française, d'un oncle et d'une tante sur le territoire français, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales en Algérie où résident son conjoint et son père et où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-huit ans. Elle précise également que Mme F ne dispose d'aucun contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi et qu'elle ne remplit donc pas les conditions de délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. Elle retient enfin qu'après examen de sa situation administrative et personnelle, l'intéressée ne peut bénéficier d'une mesure de régularisation à titre discrétionnaire et que la décision ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont telles que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme F déclare être entrée en France le 26 juin 2014 avec ses deux enfants, alors mineurs, où elle réside avec eux au domicile de sa mère, de nationalité française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces derniers, qui étaient au demeurant placés pendant leur minorité sous la garde de leur grand-mère, étaient devenus majeurs à la date de la décision attaquée. Si l'aîné de ses fils est en situation de handicap, Mme F n'établit pas, ni même n'allègue, que sa présence à ses côtés serait indispensable. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'il conserve son autonomie pour les actes de la vie quotidienne. En outre, si l'intéressée soutient, pour contester la réalité de ses attaches en Algérie, être séparée de son époux, elle n'apporte aucun élément probant au soutien de cette allégation. Enfin, Mme F ne justifie d'aucune intégration professionnelle en France. Dans ces conditions, en dépit de l'ancienneté de son séjour sur le territoire, le préfet des Hauts-de-Seine, en refusant de l'admettre au séjour, n'a pas fait une inexacte application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations.

6. En troisième lieu, Mme F ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme, laquelle ne figure pas au nombre des textes diplomatiques ayant été ratifiés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision obligeant Mme F à quitter le territoire français aurait été prise en méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fins d'annulation présentées par Mme F doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C épouse B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mme E et M. Sitbon, conseillers,

Assistés de Mme Vivet, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La présidente,

Signé

C. Oriol

Le rapporteur,

Signé

J. Sitbon La greffière,

Signé

M. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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