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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204533

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204533

lundi 23 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204533
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 mars et 17 mai 2022, M. A B, représenté par Me Patureau, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 21 février 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande tendant au renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

la décision portant refus de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que le préfet des Hauts-de-Seine ne produit pas l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant procédé à aucun contrôle de proportionnalité au regard des quatre critères légaux ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

M. B a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 19 avril 2022.

Le préfet des Hauts-de-Seine a produit des pièces, enregistrées le 2 septembre 2022, et demande au Tribunal de bien vouloir rejeter la requête de M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Prost, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par l'arrêté attaqué, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de titre de séjour que M. B, qui est de nationalité ivoirienne, lui avait présentée, fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Le même arrêté édicte à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été signée par M. D C, sous-préfet d'Antony et de Boulogne-Billancourt, qui bénéficiait, en vertu de l'arrêté n° 2022-011 du 7 février 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture du département, d'une délégation de signature du préfet des Hauts-de-Seine, à l'effet de signer notamment les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte ne pourra qu'être écarté.

3. La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée.

4. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche de renseignements produite par le préfet des Hauts-de-Seine, que M. B a demandé, le 21 octobre 2021, le renouvellement de son titre de séjour pour soins et que le préfet des Hauts-de-Seine a examiné sa demande sur ce fondement, ainsi qu'au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen en n'examinant pas sa demande de titre de séjour au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a produit l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 12 janvier 2022. Par suite, le moyen tiré de vice de procédure ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser à M. B le renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étranger malade, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé, notamment, sur l'avis émis le 12 janvier 2022 par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, lequel indique que l'état de santé du requérant " nécessite une prise en charge médicale ", dont le défaut " peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ", mais qu' " eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ", et que son état de santé " peut lui permettre de voyager sans risque " vers ce pays.

8. M. B fait valoir que le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions précitées, dès lors qu'il souffre de drépanocytose depuis plusieurs années, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale et qu'il ne pourra pas bénéficier de soins approprié dans son pays d'origine. Toutefois, si le requérant produit trois certificats médicaux du même médecin, datés des 13 août 2019, 12 mars et 1er octobre 2021, affirmant que le traitement de sa pathologie et le suivi médical approprié ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, il ressort des pièces produites par le préfet des Hauts-de-Seine qu'une " maison de la drépanocytose internationale a été inaugurée, le 25 janvier 2022, à Abidjan " et que ce centre servira d'appui aux centres en charge de drépanocytose dans le pays. Dans ces conditions, les documents produits par M. B ne sont pas de nature à remettre utilement en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, selon laquelle l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, M. B n'établit pas avoir présenté une demande de titre de séjour, le 21 octobre 2021, sur le fondement des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine n'étant pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé était susceptible de remplir les conditions en vue de la délivrance d'un titre sur le fondement de ces dispositions, les moyens tirés de la méconnaissance de ces articles ne peuvent qu'être écartés.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. B, né en Côte d'Ivoire le 15 février 1978, fait valoir qu'il réside habituellement en France depuis le 15 novembre 2018, qu'il travaille depuis le mois de janvier 2022 et qu'il est suivi médicalement en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui ne réside en France que depuis trois ans à la date de la décision attaquée, dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine, où réside notamment son fils, né le 20 octobre 2015. Par ailleurs, M. B ne justifie pas d'une insertion sociale particulière. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Hauts-de-Seine aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Enfin, l'article L. 612-10 du code précité dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

13. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

14. L'arrêté attaqué vise les articles L. 613-2 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont rappelées au point 12, et relève, notamment, que le requérant " ne dispose pas de fortes attaches familiales sur le territoire français " et " que compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce et en l'absence de circonstances humanitaires, la durée de l'interdiction de retour d'une année à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale ". Ainsi, l'arrêté contesté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fonde la décision interdisant à M. B de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et mentionne les éléments au vu desquels cette décision a été prise, tant dans son principe que dans sa durée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait insuffisamment motivée.

15. Si M. B fait valoir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'un durée d'un an est entachée d'une erreur d'appréciation, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, arrivé en France en novembre 2018, ne présente qu'une durée de présence sur le territoire français limitée, que ses liens familiaux et personnels en France ne sont pas anciens, intenses et stables et qu'il a un enfant de sept ans en Côte d'Ivoire où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

16. Pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 8 et 11, les moyens tirés de ce que le préfet des Hauts-de-Seine aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de la requête de M. B ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

19. Les dispositions susmentionnées font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent, par suite, être rejetées.

D E´ C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2023.

Le rapporteur,

signé

F.-X. PROST

Le président,

signé

K. KELFANILa greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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