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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205138

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205138

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205138
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBESSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 avril 2022, M. B, représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) à titre principal : d'annuler l'arrêté du 8 mars 2022 du préfet des Hauts-de-Seine en tant qu'il a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français, et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) à titre subsidiaire : d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour en France pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard , ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai, sous astreinte de 100 euros par jours de retard, et de lui délivrer dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de fait en considérant qu'il faisait état d'une activité salariée depuis le mois d'octobre 2020 alors qu'il justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le mois d'avril 2020 et qu'il justifie ainsi d'une expérience professionnelle de 20 mois au sein de la même entreprise ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de l'ancienneté de son séjour en France ni de son intégration dans la société française ;

- le préfet des Hauts-de-Seine, en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation sans texte, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation ; il remplit les critères de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne lui permet pas de vérifier que le préfet des Hauts-de-Seine a bien pris en compte les différents critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public, qu'il justifie d'une ancienneté de séjour de près de dix années, et qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 23 décembre 1974, est entré en France le 12 octobre 2012 sous couvert d'un visa de court séjour pour l'Espagne. Le 15 décembre 2021, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par arrêté du 8 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui [] restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision contestée vise les textes dont le préfet des Hauts-de-Seine a entendu faire application, notamment les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leur famille applicables à la situation de M. B, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile , ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet y a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de M. B, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir le certificat de résident algérien qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale en relevant qu'il était célibataire, sans charge de famille et qu'il n'était pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses neuf frères et sœurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé. Dans ces conditions, la décision de refus de délivrance d'un certificat de résident algérien est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur de fait en relevant que M. B avait commencé à travailler pour la société Izembat à compter du 1er octobre 2020 alors que ce dernier établit, par les documents qu'il produit avoir travaillé, en qualité de plâtrier au sein de cette société dès le 1er avril 2020. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris une décision différente s'il n'avait pas commis cette erreur sur la durée de l'expérience professionnelle.

5. En troisième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, et alors que l'arrêté en litige comporte l'indication d'éléments propres à la situation de M. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B.

6. En quatrième lieu, pour contester la décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence du préfet des Hauts-de-Seine, M. B se prévaut de la durée de sa présence en France, des liens qu'il y a tissés, de son intégration professionnelle et personnelle sur le territoire français. Toutefois, il ne produit aucune pièce permettant de justifier de la réalité de ces liens en dépit qu'il y résidait depuis plus de neuf ans à la date de la décision litigieuse. Par ailleurs, il ne conteste pas être célibataire, sans charge de famille et disposer d'attaches familiales importantes dans son pays d'origine où résident ses neuf frères et sœurs et où il a lui-même vécu jusqu'à l'âge de trente-huit ans. En outre, si le requérant se prévaut de l'exercice d'une expérience professionnelle en qualité de plâtrier dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet, depuis le 1er avril 2020, au sein de la société Izem Bat, ainsi que d'une demande d'autorisation de travail signée par cette société le 13 décembre 2021, cette expérience professionnelle de 23 mois n'est pas suffisante pour justifier d'une intégration professionnelle significative sur le territoire français. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour de M. B, en s'abstenant d'exercer son pouvoir de régularisation, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Au regard des circonstances indiquées au point 6 du présent jugement, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résident algérien, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et professionnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle et professionnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour en France pour une durée d'un an :

Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

11. M. B est entré en France en octobre 2012 et établit s'y être maintenu régulièrement durant plus de neuf ans à la date de la décision litigieuse. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par ailleurs, le préfet des Hauts-de-Seine n'allègue ni n'établit que sa présence constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français du seul fait qu'il est célibataire, sans charge de famille et que ses liens avec la France ne sont pas intenses n'établit ni l'utilité ni la nécessité de cette mesure et a ainsi entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. L'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a interdit le retour sur le territoire français à M. B n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions de l'intéressé tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine sous astreinte, de lui délivrer une carte de résident algérien, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais non compris dans les dépens que ce dernier a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 8 mars 2022 est annulé en tant qu'il interdit à M. B le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thierry, président ;

- M. Louvel, premier conseiller ;

- Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

assistés de Mme Le Gueux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. C

Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22051382

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