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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2205194

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2205194

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2205194
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantHAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 12, 13 et 27 avril 2022, Mme E B, représentée par Me Hagege, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ; 2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise : - à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;- à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;- en tout état de cause, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 7 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus d'un titre de séjour : - elle est insuffisamment motivée ; - elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation par le préfet ; - elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le père de son enfant de nationalité française participe à l'entretien et l'éducation de celui-ci ; - elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a considéré à tort qu'elle devait justifier que le père de son enfant participe à l'entretien et l'éducation de celui-ci depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans ; - elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; - elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire : - elle a été prise sur le fondement d'une décision portant refus d'un titre de séjour illégale ; - elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ; - elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par Mme B n'est fondé. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code civil ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code de justice administrative. La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit : 1. Mme B, ressortissante ivoirienne née le 4 juillet 1986 et entrée en France le 13 avril 2016 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par la présente requête, elle demande l'annulation de l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". L'article L. 423-8 de ce code dispose que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ". Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour est subordonnée à ce que l'auteur de la reconnaissance, lorsqu'il n'est pas le postulant au séjour, contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, sans que ne soit posée de condition de durée. 3. En premier lieu, il est constant, d'une part, que Mme B a donné naissance, le 6 décembre 2018, à une fille prénommée C et, d'autre part, que M. A, de nationalité française, a reconnu l'enfant à la mairie de Cergy le 11 septembre 2018. Il ressort par ailleurs des termes de l'arrêté attaqué que le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à la demande de Mme B tendant à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français au motif que celle-ci n'apportait pas la preuve que le père de l'enfant contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation d'Ange depuis la naissance de l'enfant ou depuis au moins deux ans. Cependant, et ainsi que le fait valoir Mme B, si les dispositions mentionnées au point précédent imposent à la fois au demandeur du titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et à l'autre parent de nationalité française ayant reconnu l'enfant en application de l'article 316 du code civil de justifier de leur contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, seul le demandeur du titre de séjour est tenu de démontrer que sa participation est effective depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans. Par suite, en considérant que Mme B ne remplissait pas les conditions de l'article L. 423-7 au motif qu'elle ne démontrait pas que le père de son enfant contribuait à l'entretien et l'éducation d'Ange depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans, le préfet du Val-d'Oise a entaché l'arrêté en litige d'une erreur de droit. 4. En second lieu, Mme B verse aux débats, pour justifier de la contribution effective de M. A à l'entretien de sa fille, 17 virements bancaires couvrant la période d'août 2019 et avril 2022, plusieurs relevés bancaires qui attestent de la perception par l'intéressée de 100 euros par mois de la part du père de l'enfant ainsi que de nombreuses factures réglées par M. A concernant l'achat de produits pour nourrissons ou pour jeunes enfants. De même, il ressort des pièces du dossier, et n'est au demeurant pas contesté, que le père de la jeune C est marié depuis plusieurs années et que l'enfant est née dans le cadre d'une relation extraconjugale que M. A a entretenue avec la requérante. S'il est ainsi constant qu'il n'existe pas de communauté de vie entre M. A et sa fille, il ressort des pièces du dossier que celui-ci s'implique, dans ce contexte singulier, à hauteur de ses capacités, dans l'éducation de celle-ci. Par suite, Mme B est fondée à soutenir, dans les circonstances particulières de l'espèce, qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. 5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 16 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer à Mme B un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement doit être annulé en toute ses dispositions. Sur les conclusions à fin d'injonction : 6. Il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Sur les frais de l'instance : 7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement d'une somme de 1 000 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ces motifs, le tribunal décide :Article 1er : L'arrêté du 16 mars 2022 du préfet du Val-d'Oise est annulé. Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence actuel de la requérante, de délivrer à Mme B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et au préfet du Val-d'Oise.Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :Mme Coblence, présidente,Mme Fléjou, première conseillère,et M. Goupillier, premier conseiller, assistés de Mme Charleston, greffière.Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.Le rapporteur,signéC. DLa présidente,signéE. CoblenceLa greffière,signéD. CharlestonLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 2 -No 2205194

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