lundi 11 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2206133 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DOGAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er mai 2022, M. A, représenté par Me Dogan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;
- les décisions d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées ;
- il a été pris au terme d'un procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux, il n'a notamment pas été interrogé sur ses craintes en cas de retour en Turquie ;
- il a été pris en méconnaissance du droit de se maintenir sur le territoire français ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison des persécutions qu'il risque en cas de retour dans son pays d'origine ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est fondée sur le motif erroné qu'il ne disposait d'aucune garantie de représentation ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ; il ne représente pas une menace à l'ordre public ;
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Thierry, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant turc né le 3 mai 2022, expose qu'il est entré en France le 5 août 2019 pour y former, le 21 novembre 2019 une demande d'asile. Celle-ci a été rejetée par une décision de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides du 15 mars 2021, puis, sur appel de M. A, par une décision du 6 octobre 2021 de la Cour nationale du droit d'asile. Suite à son interpellation par les services de police, le 29 avril 2022, qui ont constaté le caractère irrégulier de son séjour, le préfet du Val-d'Oise a décidé, par un arrêté du 30 avril 2022 de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 22-065 du 28 mars 2022 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à M. E, sous-préfet de l'arrondissement de Sarcelles, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment " toute décision portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, toute décision fixant le pays de destination, toute interdiction de retour sur le territoire français, () toute assignation à résidence ". Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application et expose de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A. Ces indications qui constituent le fondement de la décision litigieuse permettent au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, et alors même qu'elles ne reprennent pas l'ensemble des éléments propres à la situation de l'intéressé le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. S'agissant spécifiquement du pays de destination, le préfet du Val-d'Oise a décidé qu'en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet, M. A pourra être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité. L'arrêté en litige fait mention des circonstances de fait et de droit qui constituent les motifs de cette décision, en particulier en ayant rappelé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable, la nationalité de l'intéressé et la circonstance qu'il n'établit pas être exposé à des traitement proscrits par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle est ainsi, contrairement à ce qui est soutenu, suffisamment motivée.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 122-1 alinéa 1er du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. ".
6. Le droit d'être entendu qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique notamment que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'entacher d'illégalité la décision défavorable prise à l'issue de cette procédure que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. En l'espèce M. A a été entendu par l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile à l'occasion de deux procédures au cour desquelles il a disposé de la possibilité d'exposer complètement sa situation. Par ailleurs, il ressort des pièces produites en défense que M. A a été auditionné par les services de police, à une date rapprochée de la décision litigieuse, et mis à même de présenter des observations avant l'intervention de la mesure d'éloignement contestée dont la possibilité a été évoquée expressément devant lui. Pour autant, M. A, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, sans autre précision, n'a pas fait valoir devant les services de police de quels éléments nouveaux qui devaient être pris en compte par le préfet du Val-d'Oise il disposait. Il n'a à l'instance ni produit de pièce ni fait aucune déclaration à l'audience. Le moyen tiré de ce qu'il a été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne et de la méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne peut dans ces conditions qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, par elle-même la décision obligeant M. A à quitter le territoire français, est indépendante du pays choisi par l'intéressé ou par les autorités compétentes comme destination pour l'exécution de cette obligation. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la seule obligation faite à M. A de quitter le territoire français est susceptible de l'exposer à des traitements inhumains ou dégradants proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de cet article ne peut dès lors qu'être écarté.
9. M. A soutient que le retour dans son pays d'origine qu'il indique avoir fui pour venir en France l'exposera à des traitements proscrits par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois M. A, dont la situation au regard du droit d'asile a, comme déjà souligné, fait l'objet d'un examen par l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, ne produit aucune pièce concernant son propre cas et n'invoque que des éléments généraux sur son village et les liens de celui-ci avec la résistance kurde. S'il expose qu'il est lui-même engagé pour la cause kurde, il ne l'établit par aucun élément. Par suite aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établis ni une menace directe et personnelle sur sa vie ou sa liberté en cas de retour dans ce pays ni le risque qu'il y soit exposé à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Ainsi le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
11. Pour décider de ce que M. A devait quitter le territoire français sans délai, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur la circonstance que M. A ne pouvait présenter des documents d'identité ou de voyage en cour de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. M. A se borne à soutenir que ces motifs sont erronés sans apporter ni précision ni justificatif sur ses garanties de présentation. Dans ces conditions, ses conclusions à fin d'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que cette décision doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français dès lors qu'aucun des moyens qu'il a soulevé contre cette décision n'est fondé.
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et se substituant à celles de l'article L. 511-1 III du même code (désormais abrogées) : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".
14. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que le préfet a interdit M. A de revenir sur le territoire français en considération de l'absence d'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors que résident dans son pays d'origine, son épouse et ses parents, qu'il ne justifie d'aucune circonstance particulière et qu'il se maintient de façon irrégulière sur le territoire français. La circonstance, au demeurant non contestée par le préfet du Val-d'Oise, qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ne faisait pas obstacle à la mesure. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le préfet du Val-d'Oise a entaché d'une erreur d'appréciation sa décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an doit être écarté.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de M. A à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et sur les frais non compris dans les dépens :
16. Les conclusions à fin d'annulation de M. A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
P. C Le greffier,
Signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22061332
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026