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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2206796

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2206796

lundi 15 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2206796
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantCHANGOU DONGMEZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 8 mai et 6 juin 2022, M. B A, représenté par Me Changou Dongmeza, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui payer une somme équivalente au montant des loyers qu'il a dû régler à compter du 3 avril 2019 en raison de son absence de relogement ;

2°) de condamner l'État à lui payer une somme de 6 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

3°) d'enjoindre à l'État de lui attribuer un logement décent et durable qui tienne compte de la composition de la cellule familiale et des ressources du foyer.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 21 mars 2018 et que le jugement du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 2 avril 2019 n'a pas été exécuté ;

- il subit en conséquence des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence dès lorsqu'il est toujours dans une situation précaire et de logement inadaptée depuis plus de quatre ans.

- son logement est suroccupé et inadapté au regard de ses capacités financières et de ses besoins ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 novembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine indique au tribunal que le requérant a été relogé le 9 juin 2022.

Par un courrier du 7 décembre 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A, ce dernier ayant été relogé.

Vu :

- la décision du 24 janvier 2022 par laquelle le président du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Pontoise lui accordé l'aide juridictionnelle totale ;

- le jugement n°1810687 du 2 avril 2019 par laquelle le tribunal administratif de Cergy - Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger M. A sous astreinte de 150 euros par mois ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lepetit-Collin, vice-présidente, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La clôture de l'instruction est intervenue après appel de l'affaire à l'audience publique en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation des Hauts-de-Seine a, par une décision du 21 mars 2018, désigné M. A comme prioritaire et devant être logé en urgence. Par un jugement n°1810687 du 2 avril 2019, le tribunal, saisi par l'intéressé sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son relogement sous astreinte de 150 euros par mois de retard. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 27 juin 2021 reçu le 1er juillet 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui rembourser le montant des loyers versés depuis le 3 avril 2019 et à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

4. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 21 mars 2018, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement social de M. A au motif qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Il résulte de l'instruction que M. A occupait un logement dont le loyer de s'élevait à 992 euros par mois, alors que ses ressources étaient d'environ 6 000 euros annuels. Il en résulte que le logement qu'il occupait était inadapté au regard de ses capacités financières. S'il ne résulte pas de l'instruction que ce logement était suroccupé, il demeure que la persistance de cette situation, à compter du 22 août 2018, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. A des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence. Compte tenu des conditions de logement de M. A qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence, et de la composition de son foyer, l'avis d'imposition produit faisant état d'une situation de divorce sans enfant à charge, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi comprenant, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, l'indemnisation des troubles dans les conditions d'existence liés au caractère disproportionné du loyer supporté par le requérant, en évaluant l'indemnisation due à la somme totale de 1 500 euros.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. A la somme de 1 500 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. M. A ayant été relogé le 9 juin 2022, il n'y a, en tout état de cause, plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'injonction de la requête de M. A.

Article 2 : L'État est condamné à verser à M. A la somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Changou Dongmeza et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2024.

La magistrate désignée

signé

H. Lepetit-CollinLa greffière

signé

C. Mas

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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