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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207096

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207096

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207096
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 mai 2022, Mme B A, représentée par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 19 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 4 août 2021, 26 juillet 2021, 31 mai 2021, 12 mars 2021, 29 juillet 2020, 9 mai 2020, 12 avril 2020, 1er février 2020, 31 décembre 2019, 22 avril 2019, 21 mars 2018, 23 avril 2016 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire doté de son capital de point dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points qui ne lui ont pas été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de Mme A. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire était nul, le ministre de l'intérieur a, par une décision " 48 SI " du 19 avril 2022, prononcé la cessation de validité de son permis de conduire. Mme A demande l'annulation des différents retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 4 août 2021, 26 juillet 2021, 31 mai 2021, 12 mars 2021, 29 juillet 2020, 9 mai 2020, 12 avril 2020, 1er février 2020, 31 décembre 2019, 22 avril 2019, 21 mars 2018, 23 avril 2016 et de la décision du 19 avril 2022 susmentionnée.

Sur l'étendue du litige :

2. Les mentions du relevé d'information intégral font apparaître que les points retirés consécutivement aux infractions des 21 mars 2018, 22 avril 2019 et 12 avril 2020 ont étés restitués à la requérante antérieurement à l'introduction de la requête. Les conclusions à fin d'annulation dirigées contre ces décisions, sont dès lors irrecevables et doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la notification des décisions de retrait de points :

3. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

4. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ".

5. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

S'agissant de l'infraction constatée le 31 décembre 2019 :

6. Il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

7. Le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration est revêtu de mentions qui permettent au contrevenant de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points et qui portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre que cet avis était inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et l'attestation de paiement établie par le comptable public produite en défense par le ministre, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.

8. Il résulte de l'attestation de paiement émanant de la trésorerie du contrôle automatisé produite au dossier que Mme A a payé l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction constatée le 31 décembre 2019, le 23 mars 2021. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme ayant apporté la preuve qu'elle a satisfait à l'obligation d'information. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information concernant ces infractions doit être écarté.

S'agissant des l'infraction commise le 1er février 2020 :

9. Il résulte de l'instruction que l'avis d'amende forfaitaire majorée produit par le ministre correspondant à l'infraction relevée par radar automatique le 1er février 2020 a été adressé au domicile de Mme A par pli recommandé avec demande d'accusé de réception, mais a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Il n'est pas contesté par la requérante, qui n'a pas réclamé ce pli, qu'elle a été régulièrement avisée de sa mise à disposition après avoir été présenté à son domicile le 9 octobre 2020. Par ailleurs, le ministre produit cet avis d'amende forfaitaire majorée, lequel comporte effectivement l'ensemble des informations requises et qui, en vertu de ce qui précède, doit être regardé comme ayant été régulièrement notifié à l'intéressé. Ainsi, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve qu'il a satisfait à son obligation d'information préalable du contrevenant. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'information préalable, s'agissant de cette infraction, doit être écarté.

S'agissant des infractions des 9 mai 2020:

10. Si le ministre de l'intérieur se prévaut de l'envoi en recommandé de l'avis d'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 9 mai 2020, qui n'a fait l'objet d'aucune paiement par Mme A et produit une enveloppe qui a été présentée et est revenue au service expéditeur revêtues de la mention " pli avisé et non réclamé ", ce document, qui ne mentionne pas de date de présentation, ne permet pas d'établir que ce pli a été adressé à la requérante et à son domicile faute de mention visible de l'adresse du destinataire. Dès lors, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été transmises à Mme A. Par suite, la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction du 9 mai 2020 doit être annulée.

S'agissant des infractions des 23 avril 2016, 12 mars 2021, 31 mai 2021, 26 juillet 2021 et 4 août 2021 :

11. Il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme A que ces infractions ont été relevées par radar automatique. Il résulte également des mentions de ce relevé que ces infractions ont donné lieu à l'émission de titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée. Il ne résulte toutefois pas de l'instruction que Mme A a payé lesdites amendes. Dans ces conditions, le ministre n'apporte pas la preuve qui lui incombe que Mme A aurait reçu l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Mme A est, dès lors, fondée à soutenir que les retraits de points afférents à ces infractions doivent être annulés.

S'agissant de l'infraction du 29 juillet 2020 :

12. Il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

13. En l'espèce, il ressort des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction relevée par radar automatique le 29 juillet 2020 a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée. Le ministre établit en défense que la requérante a présenté une requête en exonération, établissent ainsi la réception de l'avis de l'amende forfaitaire majorée. Cet avis comporte l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré du défaut d'information doit par suite être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation des décisions de retrait de points constatées les 23 avril 2016, 9 mai 2020, 12 mars 2021, 31 mai 2021, 26 juillet 2021 et 4 août 2021.

En ce qui concerne la légalité de la décision " 48 SI " du 29 avril 2022 :

15. En vertu de dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nuls. Il résulte de ce qui précède que les retraits de points consécutifs aux infractions des 23 avril 2016, 21 mars 2018, 9 mai 2020 et 29 juillet 2020 doivent être annulés. Compte tenu des points annulés par le présent jugement, le solde de points du permis de conduire de Mme A n'était pas nul et celle-ci est, par suite, également fondée à demander l'annulation de la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur constatant la perte de validité de son permis de conduire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. L'annulation contentieuse d'une décision portant invalidation d'un permis de conduire à raison de l'illégalité d'un ou de plusieurs des retraits de points qui la fondent implique nécessairement que l'administration reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés. Elle doit à cette fin les rétablir dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route et reconstituer le capital de points attaché au permis de conduire tel qu'il devrait être, à la date où le jugement est exécuté, si les retraits illégaux n'étaient jamais intervenus, le cas échéant en faisant application des règles relatives au permis probatoire et des règles de reconstitution automatique prévues à l'article L. 223-6 du code de la route. Le capital de points détenu à cette date résulte toutefois également des décisions de retrait ou de reconstitution de points qu'il appartient à l'administration de prendre à raison de circonstances qui n'avaient pu être prises en compte aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire, telles que des infractions autres que celles qui avaient fondé les retraits contestés devant le juge, et des conséquences de ces nouvelles décisions sur l'application des règles relatives au permis probatoire et aux reconstitutions automatiques.

17. Dans ces circonstances, et compte tenu des motifs de l'annulation retenus, si l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre de l'intérieur prenne une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de Mme A après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, elle n'implique en revanche pas nécessairement que le ministre procède à la reconstitution du capital de points affecté au permis de conduire de Mme A et qu'il restitue à ce dernier son titre de conduite. Dès lors, il y a seulement lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur, après avoir tiré toutes les conséquences du présent jugement, de prendre une nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande présentée par Mme A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Les décisions référencées " 48 " par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du permis de conduire de Mme A à la suite des infractions commises les 23 avril 2016, 21 mars 2018, 9 mai 2020 et 29 juillet 2020 sont annulées.

Article 2 : La décision référencée " 48 SI " du 19 avril 2022, en tant qu'elle constate que le permis de conduire de Mme A a perdu sa validité, est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à Mme A le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 1er ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de la requérante pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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