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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207145

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207145

mercredi 9 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207145
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 18 mai et 17 juin 2022, M. B A, représenté par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de père d'enfants français ou " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- méconnait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car il remplit toutes les conditions posées à cet article pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour, dès lors qu'il est père de deux enfants français et qu'il contribue, à proportion de ses ressources, à l'entretien et à l'éducation de ces derniers ;

- méconnaît les articles L. 423-23 et L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale car elle prend pour fondement une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale.

- méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation relative à ses conséquences sur sa situation personnelle, attendu que son exécution l'empêcherait de se défendre dans le cadre d'un conflit professionnel devant le conseil des Prud'hommes de Montmorency.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dupin, conseiller ;

- et les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant camerounais né le 11 juin 1985, déclare être entré sur le territoire français le 14 avril 2013 sous couvert d'un titre de séjour espagnol. Il a sollicité, le 26 octobre 2021, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L.423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sa qualité de père de deux enfants français, nés en 2014 et 2016 d'une mère de nationalité française. Par un arrêté du 20 avril 2022, dont il demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2.En premier lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français et pour fixer le pays de renvoi. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient M. A, le préfet du Val-d'Oise n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.

3.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4.M. A fait valoir qu'il est le père de deux enfants de nationalité française, nés le 18 décembre 2014 et le 21 février 2016, et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de ces derniers. Si les pièces du dossier et notamment les relevés bancaires et les versements effectués sur le compte de la mère des enfants, d'un montant supérieur à 6 000 euros depuis 2018, permettent de justifier de sa contribution, à hauteur de ses ressources, à l'entretien de ses enfants, il est constant que le requérant ne réside pas avec ses enfants depuis la séparation d'avec leur mère, qui exerce par ailleurs seule l'autorité parentale, en vertu d'un jugement du tribunal judiciaire de Paris en date du 10 février 2022. Il ressort des termes mêmes de ce jugement que le requérant a indiqué qu'il ne souhaitait pas décider pour ses enfants, expliquant alors qu'il n'était pas leur père, manifestant en outre son intention de quitter la France. En outre, si M. A se prévaut d'une attestation de la mère de ses enfants, celle-ci a indiqué, ainsi que la décision attaquée le mentionne, que cette attestation avait été réalisée sous la contrainte et, qu'hormis sa contribution financière, M. A se désintéressait de ses enfants. Ainsi, nonobstant sa contribution financière, le requérant ne saurait être regardé comme participant à l'entretien et l'éducation de ses enfants au sens de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. () "

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire, sans enfant à charge, et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-sept ans. Comme il a été dit au point 4, la circonstance qu'il soit le père de deux enfants, à l'égard desquels il n'exerce aucune autorité parentale, ne suffit pas à caractériser la réalité et l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré des stipulations et dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

7. Il ne ressort nullement des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré sur le territoire français en 2013, sans apporter les preuves d'une résidence continue et stable, justifie de motifs d'admission au séjour à titre exceptionnel, ou de causes humanitaires particulières autorisant de contester la décision en litige. Par suite, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a édicté l'arrêté contesté et le moyen qui en est tiré doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A, dépourvu d'autorité parentale à l'égard des deux enfants concernés par la décision attaquée, ne saurait se prévaloir des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Le moyen qui en est tiré ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9.En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

10.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ".

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne saurait être regardé comme contribuant effectivement à l'éducation de ses deux enfants français mineurs. Dès lors, c'est sans erreur de droit que le préfet du Val-d'Oise a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Le moyen qui en est tiré ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, pour contester la décision en litige, M. A fait valoir que la mesure d'éloignement en litige l'empêcherait de faire valoir ses droits dans le cadre d'un conflit professionnel devant le conseil des Prud'hommes de Montmorency et contreviendrait ainsi aux stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit à un procès équitable. Toutefois, outre que l'argument apparaît inopérant dans le cadre d'une procédure administrative, la décision en litige ne saurait interdire à M. A de recourir aux services d'un avocat et de se faire représenter, le cas échéant, dans l'instance évoquée. Dès lors, le moyen tiré de ces circonstances ne peut qu'être écarté.

13.Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 20 avril 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à la frontière.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14.Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

15.Les considérations précédentes font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2207145

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