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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207215

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207215

jeudi 30 juin 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUMEDIENE THIERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 12 mai 2022 enregistrée le 16 mai suivant, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Melun a renvoyé au tribunal la requête de M. B C, enregistrée le 7 mai 2022.

Par cette requête et deux mémoires, enregistrés les 10 mai et 22 juin 2022, M. C, représenté par Me Boumediene Thiery, avocate désignée d'office, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans l'éventualité d'une annulation de l'arrêté attaqué ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il est bienfondé en sa demande d'exception d'illégalité ;

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- son droit d'être entendu contradictoirement a été méconnu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors que le préfet ne justifie pas d'une demande de réadmission auprès des autorités italiennes ;

- la décision méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'autorité de la chose jugée est méconnue ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 mai et 22 juin 2022, le préfet conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. D, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 23 juin 2022 à 10h.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de M. Gibelin, magistrat désigné, qui a soulevé d'office, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 6 mai 2022 portant obligation de quitter le territoire français, cette décision étant inexistante,

- et les observations de Me Boumediene Thiery, avocate désignée d'office, qui maintient les conclusions et moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h55.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 17 novembre 1996, demande l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a fixé le pays de destination de son éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation d'une obligation de quitter le territoire français :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris le 6 mai 2022 une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation d'une telle décision, qui est inexistante, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation restant en litige :

3. En premier lieu, si M. C soutient qu'il est bienfondé en sa demande d'exception d'illégalité, un tel moyen n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bienfondé.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. F A, chef de la section éloignement / Comex, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par arrêté n° 22-073 du préfet du Val-d'Oise du 28 mars 2022, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, le requérant soulève le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire, qui constitue l'une des composantes du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, invocable à l'encontre de la décision litigieuse. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui a présenté des observations le 8 février 2022, en langue française dont il ressort des pièces du dossier qu'il la comprend, et qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'autres informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En quatrième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, ainsi, suffisamment motivée. Le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet, qui n'était pas tenu d'examiner d'office si le demandeur était susceptible de se voir délivrer un titre de séjour, n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

8. En sixième lieu, si M. C soutient que la décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors que le préfet ne justifie pas d'une demande de réadmission auprès des autorités italiennes, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a transmis aux autorités italiennes, par l'intermédiaire du centre de coopération policière et douanière de Vintimille, une demande de réadmission les 18 février et 5 mai 2022, qui a été refusée. Dans ces conditions, le moyen sera écarté.

9. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

10. Au cas particulier, M. C fait valoir que son père, dont l'état de santé nécessite un accompagnement, réside en France, comme sa compagne, tous deux en situation régulière. S'il produit des documents médicaux justifiant que son père, qui a fait l'objet d'une transplantation cardiaque et qui justifie d'une carte d'invalidité et d'un titre de séjour en France, a besoin d'un accompagnement, le certificat produit est ancien et ces documents ne justifient pas de la nécessité de cet accompagnement à la date de la décision en litige. Au demeurant, il ne justifie également pas en quoi il serait le seul à pouvoir exercer cet accompagnement alors même qu'il indique dans ses écritures faire des allers et retours entre l'Italie et la France. En outre, l'intéressé a été condamné à une peine d'emprisonnement de huit mois pour des faits de violence aggravée constitutifs d'un trouble à l'ordre public. Enfin, M. C, qui ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, ne justifie pas plus de sa relation avec Mme E par la seule production de son titre de séjour, est sans enfant à charge, ne justifie pas de la date de son entrée en France et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En huitième lieu, si par jugement du 31 mars 2022, le tribunal administratif de Melun a annulé l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 10 février 2022 fixant le pays à destination duquel M. C pourra être éloigné d'office en tant qu'il ne permet pas son éloignement vers l'Italie, au motif que le préfet ne pouvait se fonder sur la seule présomption de refus de réadmission de l'intéressé par les autorités italiennes et ne justifiait pas d'un véritable refus de celles-ci, l'autorité de chose jugée attachée à ce jugement ne fait pas obstacle à ce que le préfet prenne une nouvelle décision fixant le pays de destination en se fondant sur des éléments de fait ou de droit nouveaux. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise a transmis aux autorités italiennes, par l'intermédiaire du centre de coopération policière et douanière de Vintimille, une nouvelle demande de réadmission 5 mai 2022, qui a été expressément refusée. Par suite, en se fondant sur cet élément de fait nouveau pour fixer le pays à destination duquel M. C pourra être éloigné d'office, le préfet du Val-d'Oise, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait fondé sur des faits matériellement inexacts, n'a pas méconnu l'autorité de chose jugée attachée au jugement du 31 mars 2022. Le moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, pour les raisons précédemment exposées au point 10 et dès lors que, d'une part, son titre de séjour italien est expiré depuis le 5 février 2022 et, d'autre part la demande de réadmission auprès des autorités italiennes le concernant a été refusée, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 6 mai 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ses conclusions d'admission conditionnelle à l'aide juridictionnelle et celles tendant à l'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Boumediene Thiery et au préfet du Val-d'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. D

La greffière,

signé

K. Dieng

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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