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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2207948

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2207948

mercredi 19 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2207948
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantSAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les

3 juin 2022 et 9 septembre 2022, M. A B, représenté par Me Funck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 5 mai 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " entrepreneur - profession libérale " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 421-5 et L. 425-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité dont est, elle-même, entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 31 août 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi signé le 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Robert, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant marocain né le 3 février 1996, M. A B est entré en France le 30 août 2016 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour mention " étudiant-élève " et a ensuite bénéficié de titres de séjour portant la même mention jusqu'au 3 septembre 2020.

Le 28 novembre 2019, il a déposé une demande de titre de séjour mention " entrepreneur / profession libérale " en application des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi signé le 9 octobre 1987 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il vise également les circonstances de faits propres à la situation professionnelle et personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour refuser de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, il mentionne que

M. B est entré en France le 30 août 2016 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour mention " étudiant-élève " et qu'il a bénéficié de titres de séjour portant la même mention jusqu'au 3 septembre 2020. Il précise que, au soutien de sa nouvelle demande, le requérant a produit une inscription au répertoire SIRENE en date du 18 décembre 2019 pour une activité de programmation informatique, une attestation d'affiliation URSSAF en tant qu'autoentrepreneur depuis le 18 décembre 2019 et un extrait d'immatriculation au registre du commerce et des sociétés (RCS) à jour du 20 novembre 2019 pour la SARL à associé unique " GOETUDE " dont le siège est situé au domicile de sa gérante résidant en Seine-Saint-Denis, que, si les statuts de cette société mentionnent le requérant comme associé ou fondateur, il n'est pas mentionné sur l'extrait d'immatriculation au RCS en qualité d'associé et que son lien juridique avec cette société demeure juridiquement incertain. Par ailleurs, il retient que le requérant indique qu'il intervient au développement de la société en tant qu'informaticien et aura besoin de sociétés prestataires extérieures pour superviser le site web, qu'il ne fait cependant mention d'aucun contrat ou projet de contrat avec lesdits prestataires et ne présente aucune trésorerie pour assurer le financement du développement de son activité, qu'en outre il ne produit pas de justificatif d'un engagement de cautionnement pris par un établissement de crédit ou une entreprise d'assurance agréée pour se porter caution et ayant leur siège en France, qu'il ne présente aucun élément relatif au financement de son activité, que le document de présentation de la société ne fait état d'aucune étude de marché ou prospection commerciale et qu'il ne précise pas s'il dispose effectivement d'un vivier d'intervenants qualifiés pour assurer l'activité de soutien scolaire de sa société ni de quelle manière ces intervenants seront rémunérés. Par suite, l'arrêté précise que, au regard de ces éléments,

M. B ne démontre pas la viabilité économique et financière de son projet. Par ailleurs, l'arrêté mentionne qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée aux droits, à la situation personnelle et à la vie familiale du requérant qui n'établit pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans et qu'il ne ressort pas des éléments du dossier qu'il puisse bénéficier d'une mesure de régularisation à titre discrétionnaire. Enfin, il précise que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, l'arrêté litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité non salariée, économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants, dans le respect de la législation en vigueur, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " d'une durée maximale d'un an ". Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 433-6, l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " entrepreneur/ profession libérale " et qui est titulaire d'une carte de séjour délivrée pour un autre motif bénéficie d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention demandée lorsque les conditions de délivrance de cette carte sont remplies. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de titre de séjour "entrepreneur/ profession libérale" présentée par M. B au motif que ce dernier ne démontrait pas la viabilité économique et financière de son projet dès lors, notamment, qu'il ne faisait état d'aucune étude de marché ou prospection commerciale, qu'il ne présentait aucun élément relatif au financement de son activité, qu'il ne disposait d'aucune trésorerie ou d'engagement de cautionnement et qu'il ne faisait mention d'aucun contrat. Au soutien de sa requête, M. B justifie avoir déclaré un chiffre d'affaire de 3 002 euros pour le premier semestre 2021, ce qui ne lui permet pas de subvenir à ses besoins. En outre, il produit un premier contrat de prestation de services conclu le 4 décembre 2020 avec la société " MALAC " prévoyant une rémunération de 2 800 euros à l'issue d'une mission d'une durée de huit mois et un second contrat de prestation de services conclu le 27 juillet 2021 avec la même société prévoyant une rémunération de 2 660 euros à l'issue d'une mission d'une durée de douze mois. Toutefois, ces deux contrats ne peuvent, à eux-seuls, lui permettre de subvenir à ses besoins. En conséquence, M. B ne peut être regardé comme exerçant une activité économiquement viable et dont il tire des moyens d'existence suffisants. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour "entrepreneur/ profession libérale", le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions des articles L. 421-5 et L. 421-6 du code précité.

7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, de lui-même, examiné sa situation sur leurs fondements. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles précités doivent donc être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. M. B soutient qu'il réside en France depuis août 2016, qu'il y a tissé des liens forts avec ses amis et collègues de travail, qu'il maitrise la langue française et n'a jamais troublé l'ordre public. Toutefois, le requérant a séjourné régulièrement en France sous couvert de titres de séjour mention " étudiant " qui ne lui donnaient pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français et il ne produit aucun document justifiant de l'intensité des liens dont il disposerait en France. Dans ces conditions, la durée de son séjour ne constitue pas, à elle-seule, la preuve que le centre de ses intérêts privés et familiaux se situe désormais sur le territoire français. Par ailleurs, M. B, célibataire et sans enfant, ne justifie pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 20 ans. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En sixième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 9, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation professionnelle et personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 421-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou que le préfet des Hauts-de-Seine aurait, de lui-même, examiné sa situation sur leurs fondements. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des articles précités doivent donc être écartés.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 9, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions visées ci-dessus ne peuvent être accueillies.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023.

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

T. Bertoncini

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2207948

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