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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2208788

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2208788

mercredi 6 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2208788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantBENZEKRI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 juin et 29 juin 2022, M. C, représenté par Me Benzekri, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 7 juin 2022 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé au Président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine le concours de la force publique aux fins de procéder à l'expulsion de son logement à usage d'habitation à compter du 6 juillet 2022 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le tribunal administratif de Cergy-Pontoise est compétent en application des dispositions de l'article R. 312-1 du code de justice administrative ;

- la requête est recevable dès lors que la décision contestée lui fait grief et qu'elle fait l'objet d'un recours pour excès de pouvoir ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle porte une atteinte grave et immédiate à sa situation, la mise en œuvre de la décision d'expulsion étant prévue à compter du 6 juillet 2022, et qu'il se trouve dans un état de santé physique et mental dégradé, dans une situation de handicap, et qu'il est dans l'attente de la décision du juge de l'exécution du tribunal de Nanterre concernant l'octroi de délais supplémentaires de relogement ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation qui est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité, dès lors qu'elle crée un trouble manifeste à l'ordre public et porte atteinte à sa dignité humaine, en raison de son âge avancé, de son état de santé physique et mental, et de la précarité de ses ressources ; en outre, aucune solution de relogement adaptée à la prise en charge de ses pathologies physiques et mentales ne lui a été proposée, et la décision du préfet d'autoriser le concours de la force publique le prive de son droit d'accès au juge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet à 11H55, le préfet conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2209207, enregistrée le 20 juin 2022, par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, premier vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 4 juillet 2022 à

14 heures 15.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière :

- le rapport de M. Beaufaÿs, juge des référés,

- et les observations de Me Bert, substituant Me Benzekri, représentant

M. C , et tendant aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens. Il demande en outre que le mémoire en défense du préfet des Hauts-de-Seine qui lui a été communiqué le 4 juillet 2022 avant l'audience soit écarté des débats pour non-respect du contradictoire,

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, locataire d'un appartement situé au 56, rue Aristide Briand à Levallois-Perret a été assigné par le Conseil départemental des Hauts-de- Seine, son bailleur, à la suite d'un arriéré de loyers, devant le juge des conditions de la protection de Courbevoie. Par un jugement du 16 septembre 2021 ce dernier a ordonné son expulsion à défaut de départ volontaire dans les deux mois de la délivrance d'un commandement de quitter les lieux, lequel lui a été notifié le 13 octobre 2021. L'intéressé a sollicité l'octroi d'un logement social le

31 décembre 2021, puis a saisi, le 16 mai 2022, le juge de l'exécution du tribunal judiciaire de Nanterre d'une demande de délai supplémentaire et de suspension des mesures d'exécution prises à son encontre. L'audience devant le juge de l'exécution est prévue le 7 octobre 2022. Le 7 juin 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a octroyé au président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine le concours de la force publique aux fins d'expulser le requérant de son logement. Par la présente requête, M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette dernière décision.

2. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire d'expulsion telles que l'exécution de celle-ci serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. En cas d'octroi de la force publique il appartient au juge de rechercher si l'appréciation à laquelle s'est livrée l'administration sur la nature et l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'être engendrés par sa décision ou sur les conséquences de l'expulsion des occupants compte tenu de la survenance de circonstances postérieures à la décision de justice l'ayant ordonné, n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

4. Aucun des moyens invoqués par M. C pour demander que soit ordonnée la suspension de l'exécution de la décision du 7 juin 2022 du préfet des

Hauts-de-Seine accordant au président du Conseil départemental des Hauts-de-Seine le concours de la force publique pour procéder à son expulsion, et notamment pas ceux tirés de ce que la décision serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation du trouble à l'ordre public engendré par son expulsion, de ce que le requérant aurait été diligent pour solliciter l'attribution d'un logement social y compris au titre du droit au logement opposable, de ce que son état de santé se détériore et ne permettrait pas son expulsion, de ce que le juge de l'exécution ne se prononcera que le 7 octobre 2022 sur sa demande de délai supplémentaire et une suspension des voies d'exécution prises à son encontre, et tiré de la circonstance qu'il a obtenu le 10 juin 2022 une mesure de rétablissement personnel sans liquidation judiciaire de la commission de surendettement des particuliers des Hauts-de-Seine, n'est propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

5. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition relative à l'urgence, la requête de M. C, qui ne répond pas aux conditions prescrites par l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative, doit être rejetée.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées à ce titre par M. C.

O R D O N N E :

Article 1er : la requête de M. C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C, et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait, à Cergy, le 6 juillet 2022.

Le juge des référés,

signé

F. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2208788

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