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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210395

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210395

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210395
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantPARASTATIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 juillet 2022 et le 10 octobre 2022, Mme A D, initialement représentée par Me Parastatis, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours hiérarchique dirigé contre cet arrêté ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise et au ministre de l'intérieur et des outre-mer de lui délivrer un titre de séjour ou de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ensemble la décision portant rejet implicite du recours hiérarchique de Mme A D :

- elles sont insuffisamment motivées.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, ensemble la décision portant rejet implicite du recours hiérarchique de Mme A D :

- elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles ont été prises en méconnaissance des articles 2, 3, 6, 7, 9, 14, 24, 41 et 45 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour, ensemble la décision portant rejet implicite du recours hiérarchique de Mme A D :

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français, ensemble la décision portant rejet implicite du recours hiérarchique de Mme A D :

- elle est illégale en tant que fondée sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en violation de l'article 7 du pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la convention contre la torture.

En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ de trente jours, ensemble la décision portant rejet implicite du recours hiérarchique de Mme A D :

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination, ensemble la décision portant rejet implicite du recours hiérarchique de Mme A D :

- elle a été prise en méconnaissance des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par une ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 octobre 2022 à 12 heures.

Un mémoire en défense a été produit par le préfet du Val-d'Oise le 21 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Mme A D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.

Par un courrier du 1er septembre 2022, enregistré le 8 septembre 2022, le bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise a informé Me Parastatis de ce qu'elle était déchargée de sa mission d'aide juridictionnelle.

Par un courrier du 9 septembre 2022, enregistré le même jour, Me Parastatis a informé le tribunal que le bâtonnier de l'ordre des avocats du barreau du Val-d'Oise ne désignerait pas de nouvel avocat pour lui succéder et que Mme A D en avait été informée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;

- la convention franco-camerounaise relative à la circulation et le séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Oriol, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante camerounaise née le 15 septembre 1984, indique être entrée en France le 21 octobre 2018, sous couvert d'un visa Schengen pour l'Espagne valable du 20 octobre au 11 novembre 2018. Le 5 novembre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme A D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours hiérarchique dirigé contre cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A D, entrée en France en 2018 sous couvert d'un visa Schengen pour l'Espagne, a fait enregistrer en mairie d'Eragny, le 23 décembre 2019, un pacte civil de solidarité avec un compatriote en situation régulière en France jusqu'en 2029, M. C. Si Mme A D ne justifie pas d'une communauté de vie plus ancienne avec M. C, il ressort des pièces du dossier que deux enfants sont nés de leur union, le 14 août 2019 et le 6 avril 2022. En outre, Mme A D fait valoir sans être contestée qu'elle souffre de troubles psychiques après des évènements vécus dans son pays d'origine, où ses parents et son jeune frère auraient été enlevés. Dans ces conditions, au regard de l'intensité et de la stabilité de ses liens familiaux en France, en raison notamment de la régularité du séjour de M. C et du jeune âge de ses deux enfants, Mme A D, quand bien même elle ne serait pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vivent ses parents et sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans, est fondée à soutenir qu'en refusant de l'admettre au séjour en France, le préfet du Val-d'Oise a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours hiérarchique dirigé contre cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de Mme A D, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre 1 500 euros à la charge de l'Etat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 26 mars 2021 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A D, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, ensemble la décision par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a implicitement rejeté son recours hiérarchique dirigé contre cet arrêté, sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme A D un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à Mme A D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de Mme A D sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A D et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 24 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente,

Mmes E et Gay-Heuzey, conseillères,

Assistées de Mme Ricaud, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. ORIOL

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

L. E

La greffière,

Signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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