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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2210555

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2210555

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2210555
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 juillet 2022, M. B C, représenté par Me Hamdi, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2022 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

M. C soutient que :

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense enregistré le 5 septembre 2022, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête et soutient que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique du 15 septembre 2022.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant égyptien né le 16 septembre 1983 est entré selon ses déclarations sur le territoire français le 10 octobre 2018. Il s'est maintenu depuis sur le territoire français. A l'issue d'un contrôle des police effectué le 12 juillet 2022, où a été constaté le caractère irrégulier de son séjour, le préfet de police de Paris, par un arrêté en date du 13 juillet 2022, dont M. C demande l'annulation, a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur l'obligation de quitter le territoire français

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-00263 du 18 mars 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de police a donné à Mme E attachée de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour fixer le pays de renvoi et pour lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de 2 ans. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient M. C, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels il a estimé que ces décisions ne méconnaissaient pas les textes qu'il a visés. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.

4. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9 de la même convention : " 1. Les Etats parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant. Une décision en ce sens peut être nécessaire dans certains cas particuliers, par exemple lorsque les parents maltraitent ou négligent l'enfant, ou lorsqu'ils vivent séparément et qu'une décision doit être prise au sujet du lieu de résidence de l'enfant. "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C, vit en concubinage avec Mme. Arcigni. Si cette dernière affirme que leur vie commune a débuté en septembre 2019, celle-ci n'est attestée qu'à partir d'octobre 2021 par les pièces du dossier. De cette union est né un fils, de nationalité française, le 6 juin 2021, Ryan C. Si l'intéressé excipe de cette relation comme de son statut de père d'un enfant français pour contester la décision attaquée, il ne ressort pas des pièces du dossier que la vie commune alléguée présente un caractère stable, ancien et constant, ni que l'intéressé contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de son fils, faute de pièces permettant de l'établir. Il est par ailleurs constant que depuis la naissance de son fils M. C n'a entrepris aucune démarche visant à obtenir un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces circonstances, le préfet de police de Paris ne saurait être regardé comme ayant porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant à vivre une vie privée et familiale par l'édiction de l'arrêté contesté comme à l'intérêt supérieur de son fils, ni que la décision attaquée aurait par suite des conséquences disproportionnées sur sa situation personnelle. Dès lors le moyen tiré des stipulations précitées doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Pour justifier l'adoption de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de M. C pendant une durée de deux ans, le préfet de police de Paris a visé les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et a tenu compte de ce que le requérant ne démontre pas l'ancienneté et l'intensité de ses liens avec la France. Par ailleurs, la décision en litige mentionne que M. D n'atteste pas de circonstances humanitaires qui justifieraient que l'autorité administrative ne prononce pas d'interdiction de retour. Le préfet de police de Paris a également pris en compte les critères énoncés par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a indiqué les considérations de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée, en l'espèce la soustraction à une précédente mesure d'éloignement et des faits constitutifs d'une menace à l'ordre public, tels que la conduite d'un véhicule sans permis ni assurance. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation relative à ces dispositions doit être écarté.

7.Par ailleurs, et pour les raisons évoquées au point 5, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ne saurait être reagrdée comme portant une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être ici également écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de police de Paris du 13 juillet 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition par le greffe le 22 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

F. A La greffière,

signé

K. DIENG

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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