mardi 28 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2210755 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | TCHUINTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er août 2022 et 15 août 2022, M. A B, représenté par Me Tchuinte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté en date du 13 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler cette décision en tant qu'elle l'interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris en violation du droit à être entendu ;
- il méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 113-2 du code pénal dès lors qu'aucune urgence ne justifie son renvoi dans son pays d'origine ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;
- il méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant et les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- il est entaché d'une erreur de fait ;
- il est entaché d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 27 janvier 2023, la clôture de l'instruction initialement fixée au 30 janvier 2023 ans a été reportée au 6 février 2023.
Un mémoire produit pour M. B a été enregistré le 12 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant polonais né le 8 décembre 1972, indique résider en France depuis dix ans. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 13 juillet 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ". Par ailleurs, son article L. 251-4 dispose que " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
4. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
5. Le requérant soutient qu'il a été convoqué au commissariat de Clichy le 13 juillet 2022 à 11 heures et qu'il a été placé en rétention à 19 heures après s'être vu notifier l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français qu'il conteste. Dès lors, il n'établit pas qu'il n'a pas été entendu et qu'il n'a pas eu la possibilité, à l'occasion de ses déclarations aux services de police, de faire état des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. M. B, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, a été méconnu.
6. En deuxième lieu, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
7. Aux termes de l'article 113-2 du code pénal : " La loi pénale française est applicable aux infractions commises sur le territoire de la République. / L'infraction est réputée commise sur le territoire de la République dès lors qu'un de ses faits constitutifs a eu lieu sur ce territoire. ".
8. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que, pour estimer que le comportement de M. B constituait, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave, le préfet des Hauts-de-Seine a relevé que l'intéressé avait été placé en garde à vue le 13 juillet 2022 pour des faits de viols sur conjoint commis entre le
1er janvier 2001 et le 1er mai 2019 et a ensuite estimé que ces faits, alors même qu'ils n'avaient donné lieu à aucune condamnation, étaient constitutifs, par leur réitération et leur gravité, d'un comportement entrant dans le champ d'application du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce que le requérant soutient, la circonstance que les faits caractérisant une menace à l'ordre public n'ont pas fait l'objet de condamnations pénales ne fait pas obstacle à ce que l'administration se fonde sur les faits dont la matérialité est établie. En l'espèce, si M. B soutient que son épouse lui aurait déclaré avoir porté plainte pour des faits de violences et non de viol, il ne conteste ni les faits de viol ni ceux de violence qu'il reconnaît ainsi lui-même, ni la longue période au cours de laquelle ils ont été commis, et par conséquent leur répétition. Dans ces conditions, et compte tenu du caractère réitéré et de la gravité des infractions commises, le préfet des Hauts-de-Seine n'a entaché son arrêté ni d'erreur de fait, ni d'erreur de droit, ni d'erreur d'appréciation, en estimant que le comportement M. B constituait une menace à l'ordre public, sans qu'il y ait lieu pour le préfet d'établir une quelconque situation d'urgence.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
10. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé était en instance de divorce de son épouse Mme C en 2021, qu'il a quatre enfants dont deux mineurs à la date de la décision attaquée pour lesquels un droit de visite et d'hébergement lui a été accordé provisoirement par une ordonnance en date du 22 avril 2021 du juge aux affaires familiales. Toutefois, le requérant ne justifie pas de la continuité de son séjour sur le territoire français depuis la durée de dix ans qu'il allègue et ne fournit aucun élément permettant d'attester de sa conformation à ces mesures provisoires, ni de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, ni encore, de la régularité du séjour d'autres membres de sa famille en France. Il ne fait en outre état d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale en Pologne où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 49 ans et où il n'établit, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches familiales. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté contesté ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris, ni comme ayant méconnu l'intérêt supérieur des enfants de M. B. Il n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations précitées de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
11. En quatrième et dernier lieu, M. B n'apporte aucun élément de nature à établir, comme il l'allègue, que l'arrêté attaqué est entaché d'un détournement de procédure dès lors le préfet des Hauts-de-Seine aurait entendu, par celui-ci, se substituer à l'autorité judiciaire. Ainsi qu'il a été dit précédemment, il ressort des termes mêmes de cet arrêté que le préfet a bien précisé que l'intéressé n'avait fait l'objet jusqu'alors d'aucune condamnation pénale. Ce moyen sera par suite écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions principales de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi, pour les mêmes motifs, que ses conclusions subsidiaires tendant à l'annulation de la décision prononçant son interdiction de circulation sur le territoire français, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions qu'il a présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1 : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère,
Et Mme Moinecourt, conseillère,
Assistées de Mme Charleston, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.
La rapporteure,
signé
L. D
La présidente,
signé
E. CoblenceLa greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026