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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2211495

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2211495

jeudi 8 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2211495
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantASSAOUCI MAKROUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 août 2022, M. D, représenté par

Me Assaouci Makroum, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juillet 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a décidé de son transfert aux autorités slovènes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui reconnaître le statut de réfugié.

Il soutient que :

- il a dû quitter le Pakistan où sa vie était menacée en raison de son engagement politique au sein de la Ligue Musulmane du Pakistan, opposée au PTI qui a accédé au pouvoir ;

- il est resté peu de temps en Slovaquie où ses empreintes ont été relevées;

- le préfet du Val-d'Oise a refusé d'enregistrer sa demande d'asile après que le relevé de ses empreintes a été retrouvé dans des fichiers informatiques ;

- le PTI étant actuellement au pouvoir au Pakistan, il risque l'emprisonnement en cas de retour dans ce pays ;

- il ne souhaite pas retourner en Slovaquie et voudrait obtenir le statut de réfugié en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme C conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 septembre 2022 :

- Le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Assaouci Makroum, avocate désignée d'office représentant

M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que l'arrêté en litige méconnaît les articles 4 et 5 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'aucune attestation de la compétence de l'interprète qui a procédé à sa traduction lors de sa notification n'est produite et que les pages des brochures d'information ne sont pas numérotées ;

- les observations de M. D, assisté de Mme B, interprète en langue anglaise qui indique apprécier la France ;

- Le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant pakistanais né le 1er novembre 1998, a introduit une demande d'asile en France le 13 mai 2022. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités slovènes. Ces autorités, saisies le 17 mai 2022, ont accepté explicitement le 23 juin 2022 la reprise en charge de M. D. Par un arrêté du 21 juillet 2022, le préfet du Val-d'Oise a décidé de transférer M. D aux autorités slovènes. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ".

3. Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

4. D'autre part, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

5. M. D soutient à l'audience que l'absence de mention du nombre de pages des brochures d'information ne permet pas de s'assurer que l'intégralité des informations nécessaires lui ont été communiquées. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, particulièrement de l'attestation produite par le préfet de la réalisation, le 13 mai 2022, d'une prestation d'interprétariat par l'association agréée ISM interprétariat, pour un homme de nationalité pakistanaise dont les éléments d'identification correspondent à ceux de M. D, que l'intéressé était assisté d'un interprète en langue ourdou lors de son entretien individuel, de telle sorte que l'ensemble des informations contenues dans les brochures d'information ont nécessairement été portées à sa connaissance par l'interprète lors de cet entretien. Au demeurant, il ressort du compte-rendu de cet entretien, mené le même jour et signé par le requérant, et au cours duquel les brochures lui ont été remises, que M. D a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre. Par ailleurs, le préfet des Hauts-de-Seine produit une copie de la première page de chacune des brochures remises au requérant et dont elles portent la signature.

De plus, M. D a disposé d'un délai raisonnable pour apprécier en toute connaissance de cause la portée des informations contenues dans ces brochures avant le 12 août 2022, date à laquelle le préfet du Val-d'Oise lui a notifié la décision de son transfert aux autorités slovènes. Enfin, si le requérant fait valoir à l'audience que la qualification de l'interprète intervenu lors de la notification de l'arrêté en litige n'est pas établie, un tel moyen est inopérant au regard des articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 qui est seulement relatif à la communication des brochures d'information et à la réalisation d'un entretien. En tout état de cause, le requérant a signé l'arrêté comportant la mention " M. D A est invité à signer avec nous le présent document après lecture faite par l'agent notifiant (accompagné au besoin d'un interprète) " et a coché la case " m'oppose au transfert en Slovénie () " manifestant clairement sa compréhension et son opposition à la procédure engagée par cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information et du droit à être entendu du demandeur d'asile garantis par les articles 4 et 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE)

n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. En faisant valoir qu'un renvoi dans son pays d'origine l'exposerait à des représailles en raison de son engagement politique, M. D doit être regardé comme invoquant l'erreur manifeste d'appréciation dont procèderait la décision en litige, faute pour le préfet du Val-d'Oise d'avoir fait usage de la clause discrétionnaire mise en œuvre par les dispositions précitées pour empêcher son transfert en Slovénie. Toutefois, d'une part, la remise aux autorités slovènes n'implique pas, par elle-même, un renvoi du requérant dans son pays d'origine, d'autant plus que ce dernier ne justifie pas des raisons pour lesquelles ces autorités seraient susceptibles de le renvoyer au Pakistan sans prise en compte des risques auxquels il s'estime exposés. Au demeurant, il est constant que ces autorités ont enregistré sa demande d'asile et ont accepté sa reprise en charge sur le fondement de l'article 18-1 b du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013, comme l'indiquent les mentions non contestées de l'arrêté attaqué. D'autre part, les allégations de M. D quant à son engagement politique au sein du N groupe de la Ligue Musulmane du Pakistan dans la région de Sialkot, sont peu circonstanciées, en ce qu'elles se bornent à évoquer des manifestations, sans précision de lieu ou de dates, des poursuites politiques engagées par le PTI en représailles, sans plus de détail, et l'incarcération puis la libération et le départ au Royaume-Uni du président du parti, M. E, qui ne sont étayés d'aucun élément matériel. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement n°604/2013, le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation,

ni qu'il aurait méconnu les dispositions et stipulations précitées. Ces moyens doivent ainsi être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Assaouci Makroum et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2022.

La magistrate désignée,

Signé

C. C

La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2211495

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