mercredi 10 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2211820 |
| Type | Décision |
| Publication | D |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | SAMBA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 août 2022, M. E D, représenté par Me Samba, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence, ou de réexaminer sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de son titre de séjour :
- elle n'est pas motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;
- elle méconnaît l'alinéa 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de la menace qu'il représente pour l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale car fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale car fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale car fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;
- le préfet a méconnu son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La clôture de l'instruction a été fixée au 16 mars 2023.
Le mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise, produit le 6 avril 2023, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, ressortissant algérien né le 22 mars 1990, est entré en France en 2010 selon ses déclarations. Le 17 septembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 3 août 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen commun :
2. L'ensemble des décisions attaquées comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, si M. D fait valoir que le préfet du Val-d'Oise a omis de mentionner de nombreux éléments factuels dont il avait connaissance, il n'était pas tenu de faire état de l'intégralité de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, qu'il a prise en compte en mentionnant qu'il était célibataire et sans charge de famille. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () "
5. Si M. D allègue avoir été présent sur le territoire français au cours des dix années précédant la décision contestée du 3 août 2022, il ne produit pas suffisamment d'éléments probants de nature à justifier de sa présence pour la période comprise entre le mois d'avril 2014 et le mois de mars 2016. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il réside de manière continue en France depuis plus de dix ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'alinéa 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien 27 décembre 1968 ne peut être qu'écarté.
6. En troisième lieu, le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls ressortissants algériens qui remplissent effectivement les conditions de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien et dont il envisage de refuser la délivrance, et non de celui de tous les ressortissants algériens qui se prévalent de ces stipulations. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que le préfet du Val-d'Oise n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour de la situation de M. D.
7. En quatrième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie familiale. Dès lors que ces conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par suite, être écarté.
8. En cinquième lieu, le requérant, âgé de 32 ans à la date de la décision en litige, ne conteste pas qu'il est célibataire et sans charge de famille, ainsi que l'indique la décision attaquée. S'il se prévaut de sa durée de présence en France et de son insertion professionnelle, il ne fait état d'aucune attache familiale ou privée en France et n'établit pas, par les pièces produites, l'ancienneté de sa présence sur le territoire ou la stabilité de son insertion professionnelle. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Aucune stipulation de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prive l'administration française du pouvoir qui lui appartient, en application de la réglementation générale relative à l'entrée et au séjour des étrangers en France, de refuser l'admission au séjour d'un ressortissant algérien en se fondant sur la circonstance que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Lorsque l'administration expose le motif lié à la menace pour l'ordre public pour refuser de faire droit à la demande de l'intéressé, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
10. Si le requérant soutient que les faits relevés par le préfet, qui ne sont pas récents, ne présentent pas de caractère de gravité, il ressort des pièces du dossier que le préfet s'est notamment fondé sur des faits de conduite en état d'ivresse commis en 2016, de vol avec destruction ou dégradation commis en 2019 et de violence sur personne dépositaire de l'autorité publique en 2021. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées au point précédent. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
11. Il résulte de ce qui précède que la décision refusant à M. D un titre de séjour n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale de ces décisions ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :
12. En premier lieu, il résulte de ce qu'il a été dit ci-dessus que la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. D ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
13. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une mesure d'éloignement le cas échéant assortie d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur les décisions en cause.
14. M. D, dont la demande de certificat de résidence a fait l'objet d'un rejet assorti d'une obligation de quitter le territoire français, ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement le cas échéant assortie d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. De plus, il n'établit pas qu'il aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que soit prise notamment la mesure d'interdiction de retour. Par ailleurs, il n'établit pas, ni même allègue, qu'il aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre cette mesure et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à son édiction en se bornant à faire état de ce qu'il n'a pu faire valoir la durée de sa présence en France et le caractère ténu des liens avec son pays d'origine qu'il ne justifie pas. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu, tel qu'énoncé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. Le préfet ayant assorti sa décision d'un délai de départ volontaire de trente jours, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 précité est inopérant et doit être écarté. En outre, la durée de présence du requérant en France, et le degré de son insertion sociale et professionnelle ne permettent pas de considérer, au regard des condamnations pénales prononcées à son encontre, que le préfet du Val-d'Oise aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en fixant à deux ans la durée de l'interdiction administrative de retour sur le territoire français.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 août 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. B et Mme A, premiers conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mai 2023.
La présidente-rapporteure,
signé
C. C L'assesseur le plus ancien,
signé
M. B L'assesseur le plus ancien,
G. Raimbault
La greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise,en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2410766
Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A..., ressortissant haïtien, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise refusant de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que le préfet avait procédé à un examen sérieux de la situation et que le refus ne méconnaissait pas l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif à la délivrance d'un titre de séjour pour soins médicaux. La solution retenue s'appuie sur l'avis du collège de médecins de l'OFII, dont les conclusions n'ont pas été utilement contestées par le requérant.
15/10/2025
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2410755
Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante italienne, qui contestait un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 29 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a également écarté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, faute pour la requérante d'établir avoir été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents. La solution retenue est fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 251-1, et sur le principe général du droit de l'Union européenne relatif au respect des droits de la défense.
15/10/2025
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2410771
Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné le recours de M. A..., ressortissant sri-lankais, contre les arrêtés du préfet de police de Paris du 25 juillet 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour un an. En cours d'instance, le préfet du Val-d'Oise a délivré à M. A... un récépissé de demande de carte de séjour, rendant caduques les décisions attaquées. Le tribunal a donc constaté un non-lieu à statuer sur les conclusions en annulation et a rejeté les conclusions à fin d'injonction. L'Etat a été condamné à verser 700 euros à M. A... au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
15/10/2025