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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2212580

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2212580

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2212580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHATEGEKIMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2022, M. B C, représenté par Me Hategekimana, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2022 par lequel le Préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) D'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à un nouvel examen de sa situation.

M. C soutient que :

- la décision l'obligeant de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet de sa situation personnelle ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle. :

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le Président du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux I bis et III de l'article L. 512-1, à l'article L. 556-1 et à l'article L.742-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 octobre 2022 :

- le rapport de M. Dupin, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hategekimana, avocat désigné d'office représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant est arrivé en France en 2013 et non en 2017, cette circonstance constituant une erreur de fait de la part du préfet des Hauts-de-Seine ; il ajoute que l'arrêté litigieux affirme que le requérant n'avait pas demandé de rendez-vous à la préfecture alors que la crise sanitaire avait rendu impossible leur tenue ; il soulève enfin une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce que le requérant aurait des liens familiaux en France ainsi qu'une erreur d'appréciation quant à la situation du requérant et demande d'enjoindre au préfet de réexaminer la situation de M. C ;

- les observations de M. C ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocaine né le 14 mai 1979, est entré sur le territoire français en 2013, selon ses déclarations. Par un arrêté du 12 septembre 2022, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de 2 ans, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. La décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé, notamment en citant les textes dont cette autorité a entendu faire application. Le préfet a par ailleurs rappelé les éléments de la situation professionnelle, personnelle et familiale du requérant. Ainsi, le préfet a indiqué que le requérant n'apporte pas la preuve de son entrée en France ni de sa présence continue sur le territoire depuis cette période, qu'il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire depuis son entrée en France et n'a pas accompli de démarches en vue de la régularisation de sa situation administrative. De plus, M. C a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date du 26 janvier 2017. Le préfet qui n'est pas tenu de mentionner tous les éléments de la situation du requérant dont il a en outre connaissance à la date de l'arrêté attaqué a suffisamment motivé en droit et en fait sa décision au regard des exigences posées par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée manquent en fait et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, M. C soutient qu'il serait entré en France en 2013 et non en 2017 comme le précise le préfet l'arrêté litigieux. Cependant, M. C n'apporte pas la preuve de cette allégation. Par suite, le requérant ne peut soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur de fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. En l'espèce, si M. C indique être entré en France en 2013, une telle circonstance n'est pas de nature, à elle seule, à établir qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés. De plus, il n'est pas inséré professionnellement à la société française et n'apporte aucune preuve démontrant le contraire. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et sans enfants. En outre, ce dernier allègue qu'il a toute sa famille et de nombreuses attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation de M. C.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 12 septembre 2022 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. B C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 20 octobre 2022.

Le Magistrat désigné,

Signé

F. A La greffière,

Signé

S. Hervé-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2212580

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