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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2213561

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2213561

mercredi 26 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2213561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantAGOSTINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 20 octobre 2022, M. C A, représenté par Me Cabral, avocat, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté, en date du 8 août 2022, par lequel le maire de la commune de Marly-la-Ville a prolongé, à compter du 25 août 2022, de quatre mois sa suspension de fonctions ;

2°) d'enjoindre à la commune de Marly-la-Ville de le réintégrer dans ses fonctions, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marly-la-Ville la somme de 2 000 euros, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

M. A soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que sa rémunération a diminué d'environ 25%, qu'il doit faire face à des charges fixes et qu'il est privé de la possibilité de travailler ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, qui :

* repose sur des faits qui ne sont pas matériellement établis et qui, en tout état de cause, ne sont pas suffisamment graves pour justifier une mesure de suspension ;

* est illégale, aucune poursuite pénale n'ayant été engagée à son encontre ;

* est constitutive d'un détournement de pouvoir, des lors qu'elle révèle une hostilité à son égard en raison de ses engagements syndicaux et de ses fonctions de représentant du personnel.

Par des mémoires en défense enregistrés les 14 et 20 octobre 2022, la commune de Marly-la-Ville, représentée par Me Agostini, avocat, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Marly-la-Ville soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ; M. A continue de percevoir l'intégralité de son traitement et de son indemnité de résidence ; l'effet de la décision contestée sur sa situation financière ne constitue pas une atteinte grave et immédiate à sa situation ; la réintégration est incompatible avec la continuité des services ;

- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

* les faits reprochés à M. A constituent un manquement aux obligations de réserve, de neutralité et de loyauté auquel il est tenu envers son employeur, qui justifie l'engagement d'une procédure disciplinaire ;

* le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal, a désigné M. Kelfani, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 21 octobre 2022 à 11 heures.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière :

- le rapport de M. Kelfani, juge des référés ;

- les observations de Me Cabral et de M. A ;

- et les observations de Me Le Goas, avocate, substituant Me Agostini, et de Mme B, directrice générale des services de la commune de Marly-la-Ville.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que, par l'arrêté n° 2022-206 en date du 22 avril 2022, le maire de la commune de Marly-la-Ville a suspendu de ses fonctions à compter du 25 avril 2022, M. A, technicien territorial principal de première classe, adjoint au directeur des services techniques de la commune. Par l'arrêté n° 2022-280 en date du 8 août 2022 la même autorité a prolongé, à compter du 25 août 2022, la mesure de suspension prononcée à l'encontre de M. A pour une durée de quatre mois. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette dernière décision.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.

4. Il est constant que M. A n'a pas contesté devant le Tribunal l'arrêté n° 2022-206 en date du 22 avril 2022, par lequel le maire de la commune de Marly-la-Ville l'a suspendu de ses fonctions à compter du 25 avril 2022. Il est tout aussi constant que le requérant a attendu le 7 octobre 2022 pour saisir le juge des référés de sa demande tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Marly-la-Ville portant prolongation de sa suspension, à compter du 25 août 2022, jusqu'au 24 décembre 2022 inclus. Enfin, si M. A se prévaut de la situation financière difficile dans laquelle sa suspension le place, il ne résulte pas des éléments versés au dossier que l'intéressé, qui conserve son traitement et l'indemnité de résidence, ne serait pas en mesure de couvrir ses charges incompressibles alors même qu'il ne bénéficie plus du logement qui lui avait été concédé pour nécessité absolue de service, puis, du 1er février au 1er mai 2022, à titre précaire et révocable de plein droit moyennant une redevance mensuelle de 604,88 euros. Eu égard à ces circonstances, les conclusions aux fins de suspension présentées par M. A ne sauraient être regardées comme remplissant la condition d'urgence à laquelle l'article L. 521-1 du code de justice administrative, dont les dispositions sont rappelées ci-dessus au point 2, subordonne le prononcé d'une mesure de suspension.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter, en toutes ses conclusions, la requête de M. A.

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la commune de Marly-la-Ville présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Marly-la-Ville présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et à la commune de Marly-la-Ville.

Fait, à Cergy-Pontoise, le 26 octobre 2022.

Le juge des référés,

Signé

K. Kelfani

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou a` tous commissaires de justice a` ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir a` l'exécution de la présente décision.

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