jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2214647 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | AGOSTINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2022, la SCI Karistophe, représentée par Me Monamy, demande au juge des référés :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 avril 2022 par laquelle le maire de la commune de Bessancourt a refusé de procéder au raccordement au réseau public d'électricité d'un appartement dont la SCI Karistophe est propriétaire situé 1, impasse du couvent à Bessancourt, ensemble la décision implicite du 1er août 2022 et la décision expresse du 11 août 2022 par lesquelles le maire de Bessancourt a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Bessancourt d'autoriser dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir le raccordement définitif au réseau public d'électricité de l'appartement dont la SCI Karistophe est propriétaire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'une promesse de vente est en attente d'être signée avec les acquéreurs potentiels du bien et que le défaut de raccordement empêche la réalisation de la vente, les acquéreurs n'étant pas disposés à attendre au-delà du
30 novembre 2022 ; en outre, l'impossibilité de vendre le bien place la société requérante dans une situation financière délicate ; elle ne pourra pas faire face aux échéances de son prêt qui doivent reprendre en janvier 2023, ni au remboursement du prêt familial qui lui a été consenti ;
- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 111-2 du code de l'urbanisme, dès lors que le maire ne peut s'opposer au raccordement définitif d'une construction et que la rénovation de ce dernier n'était soumise à aucune autorisation d'urbanisme hormis la décision de non-opposition prise le 30 mai 2018 relative à la mise en place d'un escalier extérieur ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 151-36-1 du code de l'urbanisme, dès lors que les travaux réalisés n'ont pas conduit à la réalisation de surface de plancher supplémentaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 novembre 2022, la commune de Bessancourt, représentée par Me Agostini, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI Karistophe au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la SCI Karistophe ne démontre pas que les acquéreurs refuseraient de conclure la promesse de vente et ne seraient pas disposés à attendre au-delà du 30 novembre 2022 ; en outre ce refus ne résulte pas du non raccordement au réseau de l'appartement mais de l'arrêté de péril qui frappe l'immeuble ; la promesse de vente ne comporte aucune condition suspensive relative au raccordement du bien au réseau ; par ailleurs, Enedis a indiqué à la commune que la demande de raccordement avait été abandonnée ; la société n'établit pas la situation financière délicate qu'elle allègue ; enfin, la commune oppose aux intérêts de la société l'intérêt public tenant à la protection du patrimoine remarquable et à la sécurité publique ;
Elle fait également valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est en l'état de l'instruction de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige et demande une substitution de motif tiré de ce que la division pratiquée par la société requérante demeure irrégulière au regard des dispositions de l'article R. 421-12 du code de l'urbanisme dès lors qu'elle n'a pas déposé de déclaration préalable pour la modification de la clôture actuelle ; en outre, au regard de l'article UA11 du plan local d'urbanisme il sera impossible de prévoir un accès aux véhicules respectant cette disposition.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2213921, enregistrée le 27 septembre 2022, par laquelle la SCI Karistophe demande l'annulation des décisions attaquées.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 14 novembre 2022 à 9h30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Féral, juge des référés ;
- les observations de Me Monamy, représentant la SCI Karistophe qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'il précise ; il produit en outre des pièces complémentaires et fait valoir qu'il demande, au titre de l'injonction, qu'il soit enjoint au maire de la commune d'autoriser à titre provisoire un raccordement définitif ; il soutient également que la demande de substitution de motif présentée par la commune doit être rejetée ;
- les observations de Me Agostini, représentant la commune de Bessancourt qui reprend les écritures en défense et les précise.
Considérant ce qui suit :
1. La SCI Karistophe est propriétaire d'un immeuble à usage d'habitation de trois étages situé 1, impasse du couvent à Bessancourt (Val-d'Oise). L'immeuble, en cours de rénovation, comprend neuf lots répartis en quatre logements et cinq places de stationnements. Il est constant que la SCI Karistophe a déposé une demande de raccordement définitive au réseau public d'électricité dans le but de vendre un appartement situé au premier étage. Par une décision du 29 avril 2022, le maire de la commune de Bessancourt a refusé de faire droit à cette demande. Par la présente requête, la SCI Karistophe demande au juge des référés du tribunal administratif, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision ainsi que de la décision implicite du 1er août 2022 et celle du 11 août 2022 rejetant son recours gracieux.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Il résulte des dispositions citées au point précédent de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Pour justifier de l'urgence qu'il y a à suspendre la décision contestée, la SCI Karistophe soutient tout d'abord que la décision de refus de raccordement du bien dont elle est propriétaire au réseau public d'électricité fait obstacle à la signature d'une promesse unilatérale de vente et que les acquéreurs ne veulent pas attendre au-delà du 30 novembre 2022. Toutefois, dans l'extrait de promesse de vente produite à l'instance par la société requérante, au demeurant non datée ni signée, aucune durée de validité de cette promesse n'est mentionnée ni aucun terme précisé et aucune autre pièce au dossier ne permet d'établir que les acquéreurs refuseraient une éventuelle prorogation si un terme a été fixé ou qu'ils ne souhaiteraient plus s'engager au-delà du 30 novembre 2022. Au demeurant, aucune condition suspensive relative au raccordement au réseau électrique ne figure dans la promesse de vente et aucun élément ne permet d'établir que c'est en raison de l'absence de ce raccordement que les acquéreurs ne souhaiteraient plus s'engager alors que ce bien fait également l'objet d'un arrêté de péril ordinaire. En outre, si la SCI Karistophe fait valoir que les décisions attaquées compromettent sa situation financière, il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que le fait valoir la commune en défense, que la société requérante présentait déjà des difficultés financières antérieurement aux décisions attaquées puisqu'elle indiquait, dans un courriel du
7 décembre 2020, soit près de seize mois auparavant, avoir été obligée de demander des échelonnements de ses créances afin d'honorer des paiements en raison de cette situation financière. La société requérante ne démontre pas que cette situation financière se serait ensuite améliorée et que les décisions en litige seraient à l'origine d'une nouvelle dégradation. Par ailleurs si elle indique qu'elle ne pourrait pas procéder au remboursement de ses échéances de prêts bancaires et d'un prêt familial, elle n'établit pas qu'elle ne pourrait obtenir un nouveau report de crédit auprès de l'établissement bancaire ou qu'une ligne de trésorerie lui soit consentie par ce dernier ni que le prêt familial ne puisse faire l'objet d'un report d'échéance ou d'un échelonnement de remboursement. Enfin, il ressort des relevés bancaire des deux comptes professionnels de la SCI Karistophe qu'elle dispose au 30 septembre 2022 d'un solde créditeur total d'environ 13 700 euros, qu'elle perçoit des revenus locatifs mensuels de 1 417 euros (613 euros versés par la caisse d'allocation familiale et 141 euros pour le logement situé à Beauchamp et 660 euros pour le logement situé à Bessancourt) et doit faire face à des remboursements mensuels d'échéances de prêts bancaire d'un montant total de 2 563 euros. Au regard de ces éléments financiers, elle ne démontre pas la situation d'urgence invoquée à ce titre. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur l'intérêt public invoqué par la commune de Bessancourt, que la SCI Karistophe ne justifie pas de ce que la décision en litige aurait des conséquences graves et immédiates sur sa situation économique nécessitant de prononcer à bref délai une mesure provisoire sans attendre le jugement au fond. En conséquence, il résulte de ce qui précède que la condition tenant à l'urgence, qui, ainsi qu'il a été dit, doit être appréciée objectivement et globalement, ne peut, en l'espèce, être tenue pour remplie.
5. Par suite, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées, de rejeter les conclusions aux fins de suspension présentées par la SCI Karistophe.
Sur les frais liés au litige :
6. Les dispositions de l'articles L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de la commune de Bessancourt qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Karistophe la somme que demande la commune de Bessancourt sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la SCI Karistophe est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Bessancourt présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI Karistophe et à la commune de Bessancourt.
Fait à Cergy, le 8 décembre 2022.
Le juge des référés,
Signé
R. Féral
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026