jeudi 20 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2216375 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | PARASTATIS |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 23 décembre 2022 sous le n° 2216375, Mme C B épouse A, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre les décisions attaquées :
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
S'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision refusant son admission au séjour.
Par un mémoire en défense enregistré le 14 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.
II. Par une requête, enregistrée le 17 avril 2023 sous le n° 2305176, Mme C B épouse A, représentée par Me Parastatis, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de certificat de résidence et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soulève les mêmes moyens qu'à l'appui de la requête n° 2216375.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles, signé le 27 décembre 1968 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Sitbon ;
- et les observations de Me Gruet, substituant Me Parastatis, pour Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née le 10 février 1986, indique être entrée en France le 9 mars 2019 munie d'un visa Schengen pour l'Espagne valable du 4 mars au 6 avril 2019. Le 30 juin 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé. Par la requête n° 2216375, Mme A demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à cette demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la requête n° 2305176, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 avril 2023, remplaçant l'arrêté du 2 novembre 2022 qui a été abrogé le 11 avril 2023.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n°s 2216375 et 2305176 sont relatives au séjour et à l'éloignement de la même ressortissante étrangère, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul et même jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 11 avril 2023 :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
4. En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser d'admettre au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière et de procéder à son éloignement d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels ces décisions seraient prises. La circonstance que l'étranger relèverait, à la date de cet examen, des catégories ouvrant droit au regroupement familial ne saurait, par elle-même, intervenir dans l'appréciation portée par l'administration sur la gravité de l'atteinte à la situation de l'intéressé. Cette dernière peut en revanche tenir compte le cas échéant, au titre des buts poursuivis par ces mesures, de ce que le ressortissant étranger en cause ne pouvait légalement entrer en France pour y séjourner qu'au seul bénéfice du regroupement familial et qu'il n'a pas respecté cette procédure.
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, qui est entrée en France le 9 mars 2019, y réside depuis lors avec son époux titulaire d'un certificat de résidence dix ans en cours de validité et leurs deux enfants nés en France le 1er juillet 2020 et le 16 octobre 2021. Si, pour refuser de l'admettre au séjour et l'obliger à quitter le territoire français, le préfet a notamment retenu que Mme A pouvait bénéficier de la procédure de regroupement familial, cette circonstance, ainsi qu'il a été dit au point 3 ci-dessus, est sans incidence sur la gravité de l'atteinte portée à sa situation familiale. Dans ces conditions, eu égard à l'ancienneté du séjour de Mme A en France, de plus de trois ans et demi à la date des décisions attaquées, à la régularité du séjour de son époux et à sa cellule familiale qui ne peut, dès lors, se reconstituer, sans dommage, dans le pays d'origine, le préfet du Val-d'Oise, en prenant les décisions en litige, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, la requérante est fondée à soutenir que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à en demander, pour ce motif, l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
6. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A un certificat de résidence temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. A ce stade, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 :
7. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 11 avril 2023, qui a la même portée que celui du 2 novembre 2022 qu'il remplace, est annulé. Dans ces conditions, et alors même que le refus de titre de séjour du 2 novembre 2022 a reçu un commencement d'exécution, les conclusions dirigées contre l'arrêté initial doivent être regardées comme ayant perdu leur objet en cours d'instance. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le préfet en défense à l'encontre de la requête n° 2216375 doit être accueillie.
Sur les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, et pour tenir compte des deux recours de Mme A, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de certificat de résidence de Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Article 2 : L'arrêté du 11 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de certificat de résidence de Mme A et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de délivrer à Mme A un certificat de résidence temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à Mme A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2216375 et 2305176 est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B épouse A et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Oriol, présidente, et Mme D et M. Sitbon, conseillers.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. Sitbon
La présidente,
Signé
C. OriolLa greffière,
Signé
V. Ricaud
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation,
La greffière
N°s 2216375, 2305176
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026