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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2216735

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2216735

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2216735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2022, Mme C E, représentée par Me de Sèze, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler " la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui refusant les conditions matérielles d'accueil " ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros, en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, qui sera payée à Me de Sèze, qui pourra en poursuivre directement le recouvrement.

Mme E soutient que la décision contestée :

- n'est pas suffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- a été prise sur une procédure irrégulière, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu de l'absence de prise en compte de sa vulnérabilité ;

- a été prise sur une procédure irrégulière, l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne justifiant pas que l'entretien de vulnérabilité a été réalisé par un agent ayant bénéficié d'une formation spécifique ;

- est illégale du fait de l'illégalité du contenu du questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 ;

- est intervenue en méconnaissance de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que les moyens invoqués par Mme E ne sont pas fondés.

Par une décision en date du 3 avril 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le Tribunal judiciaire de Pontoise a accordé à Mme E le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kelfani, président, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision en date du 28 novembre 2022, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge a refusé d'accorder à Mme E, qui est de nationalité afghane, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que l'intéressée n'avait pas demandé l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Mme E a formé, notamment par un message électronique du 9 décembre 2022, le recours administratif préalable obligatoire, prévu à l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requête de Mme E doit, dès lors, être regardée comme dirigée contre la décision implicite de rejet de ce recours, née du silence gardé sur celui-ci par l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

3. Il est constant que la requérante est entrée sur le territoire français le 15 juin 2022 en compagnie de ses deux enfants prénommés B et A, nés les 13 novembre 2012 et 19 septembre 2020, et de son époux et compatriote, M. D. L'époux de la requérante, titulaire de la protection internationale, s'était rendu en Iran où résidaient alors son épouse et ses enfants, afin d'organiser l'installation de sa famille en France. Mme E soutient qu'elle est arrivée en France - le 15 juin 2022 - enceinte, avec de graves problèmes de santé, qu'elle a été hospitalisée le 28 juillet 2022 et qu'il a été mis fin à sa grossesse en août. La requérante soutient également que suite à cet événement traumatisant elle est restée alitée pendant plus d'un mois et que ce n'est qu'en octobre qu'elle a pu entamer les démarches visant à obtenir un rendez-vous et déposer sa demande d'asile, qui a été enregistrée le 28 novembre 2022. La matérialité des faits exposés par la requérante peut être tenue pour établie par les comptes rendus de consultation des 28 juillet et 2 août 2022 du site de Poissy des urgences gynécologiques et obstétricales du centre hospitalier intercommunal de Poissy-Saint-Germain-en-Laye. Dans ces conditions, et alors même que la requérante et ses deux jeunes enfants n'étaient pas isolés sur le sol français puisqu'ils vivaient avec M. D, Mme E doit être regardée comme établissant se trouver, à la date à laquelle elle a présenté sa demande tendant à obtenir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au nombre des personnes visées aux articles L. 522-1 et L. 522-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et donc dans une situation de particulière vulnérabilité. Il suit de là que la requérante est fondée à soutenir que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, commis une erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme E le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 28 novembre 2022. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.

** Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :

** Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me de Sèze, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de la somme de 1 000 (mille) euros, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé par Mme E à l'encontre de la décision de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à Montrouge en date du 28 novembre 2022 portant refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur ce recours formé en date du 9 décembre 2022, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'accorder à Mme E le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 28 novembre 2022, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Sous la réserve mentionnée au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me de Sèze, avocat de Mme E, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.

Le rapporteur,

signé

K. KELFANI

La conseillère,

signé

M. LOUAZELLe greffier,

signé

D. HAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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