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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2217309

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2217309

mercredi 20 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2217309
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantMASILU LOKUBIKE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 20 décembre 2022 et le 6 avril 2023, M. B A, représenté par Me Masilu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la lecture du jugement à intervenir et de retirer le signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au même préfet de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans l'intervalle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait dès lors que le contrat de travail à durée indéterminée a été établi le 10 juin 2019 et non le 30 avril 2021, qu'il est titulaire d'un permis de conduire marocain et que sa mère réside en France et non au Maroc ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens de légalité externe invoqués dans le mémoire complémentaire du 6 avril 2023, postérieurement à l'expiration du délai de recours contentieux, sont irrecevables dès lors que seul un moyen de légalité interne avait été soulevé dans la requête du 20 décembre 2022 ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 27 novembre 1987, est entré en France le 8 février 2014 muni d'un visa Schengen. Le 5 mai 2021, il a demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 30 novembre 2022 dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. La requête présenté par M. A ne contenait que des moyens relatifs à la légalité interne des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Si, dans son mémoire complémentaire enregistré le 6 avril 2023, M. A a soulevé un moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions, ce moyen, relatif à la légalité externe des décisions contestées et énoncé dans un mémoire enregistré après l'expiration du délai du recours contentieux, est irrecevable.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". L'article 9 du même accord stipule : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

4. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

5. D'une part, si M. A soutient qu'il réside habituellement sur le territoire français depuis l'année 2014, les documents qu'il produit à l'appui de cette assertion, notamment pour les années 2014 à 2019, ne permettent pas d'établir l'ancienneté et le caractère habituel de sa résidence en France. En particulier, la production de deux ordonnances médicales pour l'année 2014, d'un remboursement de la sécurité sociale pour l'année 2015, de deux remboursements de sécurité sociale et de deux ordonnances pour l'année 2016 et d'un remboursement de sécurité sociale et d'une ordonnance pour l'année 2017 ne permettent pas d'établir une présence continue au titre de ces années. Les avis d'imposition sur les revenus 2016, 2017 et 2018 qui ne mentionnent aucun revenu, ne peuvent davantage attester d'une présence continue au titre de ces années. Pour l'année 2018, la seule attestation du remboursement de la sécurité sociale pour les journées des 27 juillet et 20 août 2018, un devis et une ordonnance du 4 août, une ordonnance du 9 mai, le relevé mensuel du livret A de juin et des courriers de l'administration fiscale du 28 décembre 2018, de la RATP des 8 et 28 novembre et de la poste du 7 juillet 2018 ne permettent pas d'établir la continuité de sa résidence sur le territoire français pour cette année. En tout état de cause, la circonstance qu'il justifierait d'une résidence habituelle sur le territoire français depuis 2019, soit depuis trois ans à la date de la décision attaquée, ne constitue pas, à elle-seule, un motif d'admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, si le requérant fait également valoir qu'il vit avec un de ses frères ressortissant français et sa mère en situation régulière, il n'apporte aucun élément justifiant des liens qu'il entretient avec eux. Ainsi, l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales au Maroc où résident ses sœurs et où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. En outre, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale particulière en France.

6. D'autre part, si M. A soutient qu'il détient 42 fiches de paie dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps plein en tant que préparateur automobile et une attestation de son employeur soulignant son investissement dans son travail, il ne se prévaut que de trois ans et demi d'activité salariée. Ainsi, son activité est récente et insuffisante à la date de la décision attaquée et ne permet pas de justifier d'une insertion professionnelle ancienne, stable et durable en France. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à la régularisation de la situation de M. A dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, par la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " salarié ", ou au titre de la vie privée et familiale. Ces moyens seront écartés.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni de ce qui précède ni des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine n'aurait pas, avant de prendre la décision de refus de séjour contestée, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doit être écarté.

8. En troisième lieu, si le préfet cite dans la décision en litige une date de début de contrat erronée, il mentionne que l'intéressé exerce une activité de préparateur automobile depuis juin 2019, de sorte que l'erreur de plume n'a pas d'incidence sur la décision en litige. De même, s'il mentionne de manière erronée que la mère de l'intéressé réside au Maroc et que le requérant ne présente pas de permis de conduire, ces erreurs n'ont pas d'incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, les moyens doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, il n'est pas établi que M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet des Hauts-de-Seine ne s'est pas fondé, pour rejeter sa demande de titre de séjour, sur ces dispositions. Par suite, le requérant ne saurait utilement les invoquer à l'encontre de la décision en litige.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. A.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 11 du présent jugement qu'en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et invoqué, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

15. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

16. Il ressort des pièces du dossier que M. A n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même soutenu, que sa présence sur le territoire français représenterait une menace pour l'ordre public. Il séjourne irrégulièrement en France depuis près de trois ans à la date de la décision litigieuse et est logé chez son frère ressortissant français où vit également sa mère en situation régulière. Dans ces conditions, il est fondé à soutenir que l'interdiction de retour litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés à son encontre, à en obtenir l'annulation.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français qu'il conteste.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

18. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction du requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La décision du préfet des Hauts-de-Seine du 30 novembre 2022 portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 6 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouillon, président,

Mme Charlery, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2024.

La rapporteure,

signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

signé

S. OuillonLa greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2217309

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