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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2301500

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2301500

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2301500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHAGEGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 février 2023, Mme B A, représenté par Me. Hagege, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2023, notifié le 3 février 2023, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence.

Elle doit être regardée comme soutenant que les arrêtés en litige méconnaissent son droit au respect de sa vie privée garanti par ls stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine, conclut au renvoi devant la formation collégiale des conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dupin, président du tribunal ;

- les observations de Me Loehr substituant Me. Hagege, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et ajoute que, d'une part la notification concomitante des deux arrêtés en litige portant des délais de recours différents n'est pas de nature à garantir le droit au recours effectif, que l'arrêté portant assignation à résidence voit son effet différé à l'expiration du délai de départ volontaire accordé par la mesure d'éloignement en litige et est donc entaché d'une erreur de droit, enfin que la décision portant interdiction de retour sur le territoire est disproportionnée et ne prend pas en compte sa situation personnelle ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibérée enregistrée le 11 février 2023 a été produite par Me. Hagege dans l'intérêt de Mme. A et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne, née le 12 février 1989, est entrée en France le 10 février 2021 sous couvert d'un visa long séjour expirant le 11 janvier 2023. Elle a par la suite sollicité du préfet des Hauts-de-Seine le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 23 janvier 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé à de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du 2 février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine a assigné Mme A à résidence. Mme A demande l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour :

Aux termes de l'article L. 732-8 : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée devant le président du tribunal administratif dans le délai de quarante-huit heures suivant sa notification. Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Le délai de quarante-huit heures prévu au premier alinéa est également applicable à la contestation de la décision d'assignation à résidence notifiée postérieurement à la décision d'éloignement, alors même que la légalité de cette dernière a été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. Les dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 sont applicables au jugement de la décision d'assignation à résidence contestée en application du présent article. "

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au président du tribunal administratif, ou au magistrat désigné par lui, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision d'assignation à résidence ainsi que sur celles tendant à l'annulation de la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Dès lors, il y a lieu de statuer, dans la présente instance, sur les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés du 21 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire français et assignation à résidence. En revanche, aucune disposition légale ou règlementaire ne donne compétence à ce magistrat pour se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision de refus de délivrance d'un titre de séjour. Par suite, les conclusions du requérant dirigées contre la décision lui refusant un titre de séjour ne relèvent pas de la compétence du magistrat statuant en application des dispositions de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces conclusions, ainsi que les conclusions accessoires qui s'y rapportent, doivent donc être réservées jusqu'en fin d'instance, pour être jugées devant une formation collégiale du tribunal compétent.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Pour contester la décision en litige, Mme A fait valoir qu'elle est mère d'un jeune enfant né sur le territoire français et qu'elle a des perspectives d'insertion professionnelle suite à l'obtention d'un CAP pâtisserie et à la formation qu'elle suit dans le cadre d'un CAP petite enfance. Ces circonstances, au reste non établies, apparaissent insuffisante pour contester utilement l'appréciation du préfet, qui souligne, en l'espèce, que Mme. A ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Par suitele moyen tiré des stipulations précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme. A est entrée régulièrement sur le territoire français, n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement tandis que la présente obligation de quitter le territoire français comporte un délai de départ volontaire. En outre, l'intéressée ne constitue pas une menace à l'ordre public. Dès lors, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme ayant commis une erreur manifeste d'appréciation en édictant à l'encontre de Mme. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Le moyen qui en est tiré doit être accueilli.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; 3° L'étranger doit être éloigné pour la mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, en application de l'article L. 615-1 ; 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; 5° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de circulation sur le territoire français prise en application de l'article L. 622-1 ; 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion ; 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; 8° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction administrative du territoire français. L'étranger qui, ayant été assigné à résidence en application du présent article, ou placé en rétention administrative en application des articles L. 741-1 ou L. 741-2, n'a pas déféré à la décision dont il fait l'objet ou, y ayant déféré, est revenu en France alors que cette décision est toujours exécutoire, peut être assigné à résidence sur le fondement du présent article. ".

10. Il est constant que Mme. A s'est vue accorder, par décision notifiée le 3 février 2023, un délai de départ volontaire d'un mois pour déférer à l'obligation qui lui a été faite de quitter le territoire français. Ce délai de départ volontaire n'étant pas encore expiré, le requérant n'entre pas dans le cas prévu par les dispositions du 1°) de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni même du 2°) puisqu'il résulte du point 8 que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale. Il n'est par ailleurs pas établi, ni même allégué, que l'intéressée entrerait dans l'un des autres cas, prévus par les mêmes dispositions, dans lesquels le préfet peut assigner un étranger à résidence. Dans ces conditions, Mme. A est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme. A est seulement fondée à demander dans l'arrêté du 23 janvier 2023 l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Elle est également fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2023 l'assignant à résidence.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme. A dirigées contre la décision lui refusant un titre de séjour sont renvoyées devant une formation collégiale.

Article 2 : L'arrêté du 23 janvier 2023 est annulé en ce qu'il prononce à l'encontre de Mme A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Article 3 : L'arrêté du 2 février 2023 est annulé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Dupin La greffière,

signé

S. Hervé-Agbodjan

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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