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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2303132

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2303132

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2303132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAMBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 mars 2023, le président du tribunal administratif de Paris a transmis la requête de M. A B, enregistrée au tribunal de ce greffe le 28 février 2023, au tribunal administratif de Cergy-Pontoise.

Par cette requête, un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 11 avril 2023, M. B, représenté par Me Samba, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de saisir les services ayant procédé à son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen afin que ces services procèdent à la mise à jour du fichier en tenant compte de l'annulation prononcée par le présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

* elle est insuffisamment motivée en faits en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

* elle est entachée d'une erreur de fait ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

* elle est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet a considéré qu'il ne disposait pas de garanties de représentation suffisantes.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

* elle est insuffisamment motivée ;

* elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

* elle est insuffisamment motivée en faits ;

* elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision lui refusant un délai de départ volontaire ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que :

- il y a lieu de de procéder à une substitution de base légale, en substituant les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 1° de l'article L. 611-1 du même code, initialement retenues ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 12 avril 2023 :

- le rapport de M. Dussuet ;

- les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 12 juin 1988, est entré sur le territoire français le 17 septembre 2019, selon ses déclarations. Il a fait l'objet d'une vérification de son droit au séjour le 26 janvier 2023. Par un arrêté du même jour, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction. Par sa requête M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. (). ".

3. L'arrêté contesté comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de fait et de droit qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ne peut être qu'écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet de police de Paris a procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. B. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen particulier doit être écarté.

5. En troisième lieu, pour prendre sa décision, le préfet de police s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. B ne pouvait justifier être entré régulièrement sur le territoire français. Il ressort cependant des pièces du dossier que celui-ci disposait à la date de son entrée sur le territoire français d'un passeport comportant un visa du type C valable. Par suite, la décision attaquée ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'expiration de son visa sans effectuer les démarches nécessaires afin de régulariser sa situation, tel qu'une demande de titre de séjour. Dès lors, il est au nombre des étrangers visés par les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code précité, qui peuvent être substituées à celles du 1° du même l'article, dès lors que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'absence de base légale de la décision ne peut être accueilli.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En l'espèce, M. B soutient qu'il est entré régulièrement en France et travaille depuis plus de trois ans de manière ininterrompue en tant qu'ouvrier de la fibre optique. Toutefois, ce dernier est célibataire et sans enfants et n'allègue ni n'établit être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger. Il ne justifie par ailleurs d'aucune attache particulière en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police en lui faisant obligation de quitter le territoire français, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 6122 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

11. M. B soutient que la décision par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il justifie de garanties de représentation suffisantes. Toutefois, afin de prendre une telle décision, le préfet de police de Paris s'est fondé sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dans la mesure où il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Compte tenu de ces éléments, le préfet de police de Paris a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination:

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire que M. B soulève par la voie de l'exception à l'encontre de la légalité de la décision fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui la fondent. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire que M. B soulève par la voie de l'exception à l'encontre de la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui la fondent. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

17. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

18. Il ressort des termes de l'arrêté que pour prendre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet de police de Paris s'est fondé sur les circonstances que M. B est connu des forces de police pour avoir été arrêté le 26 février 2023 en train de conduire un véhicule sans permis de conduire et sans assurance, qu'il réside en France depuis septembre 2019 et ne justifie pas y disposer d'attaches familiales particulières. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de police de Paris a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans à l'encontre de M. B.

19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le président,

signé

J-P. DussuetLe greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

N°23031320

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