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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2304649

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2304649

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2304649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHATEGEKIMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 4 avril 2023, le Président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. E A enregistrée le 29 mars 2023.

Par cette requête, M. A, représenté par Me Hategekimana, avocat désigné d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mars 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non-admission ;

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été signé par une autorité incompétente ;

- est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- a porté atteinte à ses droits de la défense ;

- est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- a porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Beaufaÿs, premier vice-président, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Beaufaÿs, magistrat désigné ;

- les observations de Me Hategekimana, avocat désigné d'office, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise en outre que l'erreur de droit et l'erreur manifeste d'appréciation commises par le préfet de police de Paris sont constituées par le fait qu'il n'apporte pas la preuve que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant ivoirien né le 29 septembre 1982, déclare être entré en France en 2017 au moyen d'un visa de type C. Le 20 mars 2023, il a fait l'objet d'un contrôle de police, au cours duquel il a été constaté qu'il ne bénéficiait ni d'un droit au séjour sur le sol français, ni de document de voyage en cours de validité. Par un arrêté du 20 mars 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté ne prescrit pas le signalement de M. A dans le fichier européen de non-admission. Dès lors, ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement n'ont pas d'objet. Elles sont par suite irrecevables.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D B, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, qui bénéficiait d'une délégation de signature du préfet de police en vertu d'un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris n° 75-2023-056 du 23 janvier 2023. Le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté contesté manque ainsi en fait et ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, l'arrêté contesté vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des autres éléments du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen circonstancié de la situation personnelle de M. A. Le moyen doit, par suite, être écarté.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. En l'espèce, il n'est pas établi que M. A aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prise la mesure d'éloignement attaquée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Paris a méconnu le principe du contradictoire ainsi que son droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué.

8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

9. Si M. A soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, en faisant valoir qu'il serait entré régulièrement en France en 2017 sous couvert d'un visa de court séjour, il n'en apporte pas la preuve. Dès lors, le présent moyen doit être écarté, de même, et pour les mêmes motifs, que celui tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

11. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, si M. A s'est pacsé avec une ressortissante française le 19 août 2022, il n'établit pas la réalité d'une communauté de vie effective avec sa partenaire. Par ailleurs, le requérant, qui déclare être entré sur le territoire français en 2017, est sans charge de famille en France et ne conteste pas qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

12. D'autre part, si M. A déclare que sa compagne est enceinte à la date de la décision attaquée, il n'en apporte pas la preuve et cette circonstance ne suffit pas à établir que le préfet de police aurait par la décision attaquée méconnu l'intérêt supérieur d'un enfant qui, en demeurant, n'est pas né.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non-admission sont irrecevables.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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