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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2311564

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2311564

mercredi 13 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2311564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHANGOU DONGMEZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er septembre 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 août 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois ;

3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer son droit au séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

Sur l'arrêté du 31 août 2023 :

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 63-3-1 du code de procédure pénale puisqu'il a été privé de son droit à l'assistance d'un avocat et d'un interprète pendant sa garde à vue ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bocquet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 septembre 2023 :

- le rapport de Mme Bocquet ;

- les observations de Me Changou Dongmeza, avocat désigné d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et conclut en outre à l'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 pris par le préfet du Val-de-Marne, soutenant que la durée de l'interdiction de retour de trois ans est disproportionnée, qu'il méconnait les dispositions de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il est insuffisamment motivé.

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant camerounais né le 1er janvier 1972, M. B déclare être entré en France en mars 2019. Il a fait l'objet d'un premier arrêté du 20 octobre 2020 par le préfet de police de Paris portant obligation de quitter le territoire français, puis d'un second le 29 janvier 2021 par le préfet de l'Essonne, d'un troisième le 15 février 2022 par le préfet du Val-d'Oise puis d'un quatrième le 1er février 2023 par le préfet du Val-de-Marne. Ce dernier arrêté lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai et prononce une interdiction de retour d'un an. A la suite de son interpellation pour ivresse sur la voie publique, en l'absence de titre de séjour et sur le fondement de l'arrêté du 1er février 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable une fois, par arrêté du 31 août 2023. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de l'arrêté du 31 août 2023 ainsi que de l'arrêté du 1er février 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 1er février 2023 :

3. Les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 1er février 2023 du préfet du Val-de-Marne portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour de trois ans et notifié au requérant le jour-même sont irrecevables, le délai de recours étant de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision au regard des dispositions de l'article R. 776-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.

En ce qui concerne l'arrêté du 31 août 2023 :

4. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B avant de prendre sa décision. La circonstance que le préfet n'a pas mentionné ses problèmes de santé ne constitue pas un défaut d'examen particulier de sa situation. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

6. Le requérant soutient que l'arrêté portant assignation à résidence serait entaché d'illégalité en raison des conditions dans lesquelles se sont déroulées sa garde à vue. La procédure de garde à vue est indépendante de la procédure administrative ayant conduit à la prise à son encontre d'un arrêté portant assignation à résidence. Dès lors, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

7. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".

8. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour prendre l'assignation à résidence en litige, le préfet s'est fondé, en application des dispositions précitées, d'une part sur le fait que l'intéressé ne pouvait quitter immédiatement le territoire français, mais que son éloignement demeurait une perspective raisonnable, et d'autre part sur le fait que M. B avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour sur le territoire par le préfet du Val-de-Marne le 1er février 2023, éléments qui ne sont pas contestés. M. B soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, dès lors qu'il a un projet de formation en mécanique, qu'il est engagé dans un projet d'intégration auprès de l'association Aurore et qu'il fait l'objet d'un suivi médical en raison de son alcoolisme et doit être pris en charge à ce titre. Toutefois, l'intéressé est célibataire, sans enfant, sans domicile fixe et sans emploi et il ne produit aucune pièce relative à son suivi médical. Il ne conteste pas ne détenir aucun document d'identité et de voyage. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée, y compris dans ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2023.

La magistrate désignée,

signé

P.BocquetLe greffier,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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