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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2400982

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2400982

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2400982
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHATEGEKIMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2024, M. C, représenté par Me Hategekimana, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'intervalle.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Cuisinier-Heissler pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2024 :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler,

- les observations de Me Hategekimana, avocat désigné d'office représentant M. C, assisté de M. A, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant est marié avec une femme dont le recours devant la Cour nationale du droit d'asile est pendant, qu'il a des cousins sur le territoire français et qu'il travaille dans le bâtiment,

- les observations de M. C,

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 15 janvier 1990, est entré sur le territoire français le 29 juillet 2021, selon ses déclarations, et a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 15 octobre 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 14 novembre 2023. Par un arrêté du 20 décembre 2023, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 octobre 2023 publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, le préfet des Bouches-du-Rhône a donné délégation à M. B E, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, à l'effet de signer les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant les pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

4. M. C se prévaut de sa présence en France depuis le 29 juillet 2021 ainsi que de son insertion dans la société française et de son activité salariée dans le domaine du bâtiment, du recours pendant de sa femme devant la Cour nationale du droit d'asile et de la présence de cousins sur le territoire national. Toutefois, il n'apporte aucune pièce à l'appui de ses allégations. En outre, il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache personnelle et familiale dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente et un ans. Dans ces conditions, et eu égard à la faible durée de son séjour en France, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône, en lui faisant obligation de quitter le territoire, a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte excessive aux buts en vue desquels cette décision a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'ancien article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, nouvellement article L. 721-4 du même code applicable au présent litige : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

6. M. C soutient qu'il craint des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine ainsi que des discriminations et des maltraitances. Toutefois, l'intéressé ne verse aucun élément probant à l'appui de ses allégations. Au demeurant, tant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations précitées doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 décembre 2023 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Hategekimana et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 5 mars 2024

La magistrate désignée,

Signé

S. Cuisinier-Heissler La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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