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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2401431

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2401431

mardi 5 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2401431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantHATEGEKIMANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2401334 du 30 janvier 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative la requête présentée par M. C A B.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil le 30 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Hategekimana, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 26 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît son droit d'être entendu garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête et communique les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme F - Heissler pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2024 :

- le rapport de Mme Cuisinier-Heissler, magistrate désignée ;

- les observations de Me Hategekimana, avocat désigné d'office représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il expose oralement, en insistant sur le fait, qu'en raison de la maladie de l'intéressé, l'arrêté méconnait l'article 3 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant bangladais né le 15 juin 1960, est entré sur le territoire français en 2015, selon ses déclarations et a bénéficié de titres de séjour pour raison médicales, dont le dernier, valable jusqu'au 25 janvier 2018, a fait l'objet d'une décision de refus de renouvellement le 13 juin 2019. A la suite de son interpellation par les services de gendarmerie, le préfet de la Seine-Saint-Denis, par un arrêté du 26 janvier 2024, dont M. A B demande l'annulation, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A B, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté n°2023-3625 du 27 novembre 2023 régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer les obligations de quitter le territoire français, les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de départ notamment, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E, directrice des étrangers et des naturalisations. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E n'était pas absente ou empêchée lorsque l'arrêté attaqué a été signé. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué présente l'énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé en toutes ses décisions.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas, avant de prendre l'arrêté contesté, procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. A B au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En quatrième lieu, si aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Il résulte toutefois également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition produit en défense par le préfet, qu'à la suite de son interpellation, M. A B a été auditionné le 26 janvier 2024 par les services de police et a ainsi été mis en mesure de faire valoir tous les éléments relatifs à sa situation personnelle. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été adopté en méconnaissance du droit d'être entendu. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En cinquième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré irrégulièrement en France en 2015. En outre, si l'intéressé déclare être marié et père de cinq enfants, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations. Il ne produit aucune pièce relative à son état de santé et à la maladie mise en avant à l'audience, alors même que, par une décision du 13 juin 2019, le préfet lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour pour soin. Eu égard à ces éléments, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si M. A B soutient qu'il serait exposé à un danger de mort en cas de retour dans son pays d'origine, il ne produit à l'appui de ses allégations aucune pièce susceptible d'établir qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques de mauvais traitements au Bangladesh. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 26 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 5 mars 2024.

La magistrate désignée,

Signé

S. Cuisinier-Heissler La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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