mardi 26 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2401897 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOUCHOT |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2400926 du 8 février 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B, enregistrée le 1er février 2024 au greffe de ce tribunal.
Par cette requête ainsi que par des pièces complémentaires enregistrées le 1er février 2024 et le 18 mars 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. A B, représenté par Me Touchot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réduire la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle dès lors que le préfet ne pouvait uniquement se fonder sur une précédente condamnation pour prononcer la décision contestée ;
- elle a été prise en méconnaissance de la mesure judiciaire dont il fait l'objet.
En ce qui concerne la décision lui refusant un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur le risque de fuite et la menace à l'ordre public.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retourner sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public invoquée ;
- elle est disproportionnée dans sa durée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête et produit les pièces utiles au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Bocquet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique du 21 mars 2024, le rapport de Mme Bocquet, magistrate désignée. Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant pakistanais né le 25 novembre 1971, déclare être entré en France en 2004. Depuis 2014, il a bénéficié à plusieurs reprises de titres de séjour " vie privée et familiale ", le dernier expirant le 13 mai 2020. Par un arrêté du 31 janvier 2024, dont M. A B demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, M. B soutient que l'obligation de quitter le territoire français est illégale en ce qu'elle contrevient à la mesure judiciaire édictée à son encontre. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, présent à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis depuis le 27 octobre 2022, a été libéré le 31 janvier 2024 et qu'il fait l'objet d'une mesure judiciaire jusqu'au 30 avril 2025, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de cette décision, dès lors qu'une telle mesure judiciaire ne fait pas obstacle à l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français mais impose seulement à l'autorité de police de s'abstenir de l'exécuter jusqu'à la levée du contrôle par le juge judiciaire. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de la mesure judiciaire doit être écarté comme inopérant.
3. En deuxième lieu, l'intéressé soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il s'est abstenu de prendre en compte sa situation particulière eu égard notamment à sa durée de présence en France et à son intégration professionnelle. Toutefois, si l'intéressé allègue résider en France depuis 2004, il ne justifie pas de sa présence continue depuis cette date. En outre, si l'intéressé énonce qu'il travaillait avant son incarcération, il n'en justifie pas davantage, se bornant à produire un contrat de travail indéterminée en tant qu'agent polyvalent à compter du 1er février 2024. Enfin, l'intéressé ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine dès lors que son épouse ainsi que sa fille y résident comme il ressort du procès-verbal du 8 novembre 2023, produit en défense par le préfet. Dans ces conditions, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.
En ce qui concerne la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " L'article L. 612-3 de ce code précise : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et
L. 751-5".
5. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté que, pour refuser à M. B un délai de départ volontaire, le préfet de l'Essonne s'est fondé sur les circonstances respectives que celui-ci constitue une menace à l'ordre public et sur le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, dans la mesure où, il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes en ce qu'il se maintient sur le territoire en situation irrégulière, qu'il n'a pas présenté de passeport valide et qu'il a dissimulé des éléments de son identité en utilisant des alias. M. B fait valoir que, d'une part, le risque de fuite n'est pas établi et que, d'autre part, une condamnation à elle seule ne serait justifier le refus d'octroi de délai de départ volontaire. Toutefois, il est constant que l'intéressé a fait l'objet d'une condamnation récente, le 1er mars 2023, par la Cour d'appel de Paris pour des faits d'exécution de travail dissimulé et blanchiment aggravé, concours en bande organisée à une opération de placement, dissimulation ou conversion d'un produit d'un délit. Il est en outre connu des services de police pour des faits commis entre 2011 et 2021 de conduite sans permis, utilisation de faux documents d'identité, blanchiment et violence aggravée par deux circonstances suivies d'incapacité supérieure à 8 jours. Si seuls les faits de travail dissimulé et blanchiment aggravé ont donné lieu à une condamnation pénale, l'ensemble de ces faits constituent un faisceau d'indice ne permettant pas d'infirmer l'appréciation porté par le préfet sur la nature du comportement de l'intéressé. Enfin, il ressort du fichier automatisé des empreintes digitales, produit en défense par le préfet, que l'intéressé est connu sous cinq identités différentes, de sorte que le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé ne présentait pas de garanties de représentation suffisante. Par suite, le préfet de l'Essonne ne peut être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public ou le risque de fuite.
6. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 3 du présent jugement, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".
8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. En revanche, si, après prise en compte de chacun de ces critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 5 du présent jugement, l'intéressé, dont la présence constitue une menace à l'ordre public, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine ou réside notamment son épouse et son enfant. Par suite, le préfet, en édictant une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, n'a pas commis d'erreur d'appréciation. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de la menace à l'ordre public que représente l'intéressé ainsi que le moyen tiré de la disproportion de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français doivent être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 31 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 mars 2024.
La magistrate désignée,
Signé
P. Bocquet La greffière,
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026