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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403442

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403442

mardi 2 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHANGOU DONGMEZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 mars 2024, Mme C, représentée par Me Changou Dongmeza, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 février 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui remettre un récépissé de demandeur d'asile en procédure normale dans le délai de quinze jours courant à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- elle a quitté le Sri-Lanka, avec sa fille, pour rejoindre son mari qui vit en France depuis 13 ans ;

- elle n'a pas déposé de demande d'asile en Italie ;

- son époux a subi des persécutions au Sri-Lanka pendant les années 1986, 1995 et 2000 et est venu se réfugier en France ;

- elle ne souhaite pas retourner en Italie et souhaite bénéficier d'un titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et se borne à communiquer les pièces constitutives du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n°603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Charlery conformément à l'article L. 572-5 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux des décisions de transfert.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 octobre 2022 :

- le rapport de Mme Charlery, magistrate désignée ;

- les observations de Me Changou Dongmeza, avocate désignée d'office, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et ajoute le moyen nouveau tiré de la méconnaissance de l'article 17 du règlement n°604/2013 susvisé ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante sri-lankaise née le 12 décembre 1977, a introduit une demande d'asile en France le 21 décembre 2023. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation du fichier " Eurodac " a révélé que l'intéressée avait sollicité l'asile auprès des autorités italiennes le 24 novembre 2023. Ces autorités, saisies le 27 décembre 2023 d'une demande de reprise en charge, sur le fondement de l'article 18, paragraphe 1 point b du règlement du 26 juin 2013, ont été informées, par message du 28 février 2024, de leur accord implicite, faute de réponse à la demande de reprise en charge. Par un arrêté en date du 29 février 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de transférer Mme C aux autorités italiennes. La requérante demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en soutenant qu'elle est venue en France avec sa fille pour rejoindre son mari, présent sur le territoire depuis 13 ans, et qu'elle ne souhaite pas retourner en Italie, Mme C doit être regardée comme invoquant la méconnaissance par l'arrêté en litige de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 9 du règlement 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Par ailleurs, il ressort des débats à l'audience que la requérante entend invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 du même règlement.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () "

4. Mme C allègue que son époux est présent en France depuis 13 ans, mais ne l'établit par aucune pièce. Pour ce qui la concerne, il ressort des mentions de l'arrêté en litige qu'elle est entrée en France avec sa fille majeure et qu'elle a déposé une demande d'asile le 21 décembre 2013, soit depuis moins de deux mois avant l'édiction de l'arrêté attaqué. En outre, elle n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 46 ans. Dans ces conditions, Mme C ne peut soutenir avoir installé en France le centre de ses intérêts personnels et familiaux de manière suffisamment intense, durable et ancienne. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit". Et, aux termes de l'article 10 du même règlement : " Si le demandeur a, dans un État membre, un membre de sa famille dont la demande de protection internationale présentée dans cet État membre n'a pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. "

6. Le bénéfice de la clause attribuant à un État membre la responsabilité de l'examen de la demande d'asile d'un demandeur qui se prévaut de l'existence de liens familiaux sur son territoire, prévue par l'article 9 du règlement n°604/2013 cité au point précédent, est réservé aux demandeurs qui justifient, d'une part, que les membres de familles dont il est fait état séjournent régulièrement dans l'État membre concerné en tant que bénéficiaires d'une protection internationale, et d'autre part, sauf dans le cas où le demandeur est mineur, qu'il s'agit de leur conjoint ou de leurs enfants mineurs, ainsi que le prévoit le paragraphe g) "membres de la famille" de l'article 2 du règlement (UE) n°604/2013.

7. Mme C sollicite que sa demande d'asile soit examinée en France, dès lors que son époux est venu se réfugier dans ce pays il y a 13 ans, après avoir quitté le Sri-Lanka pour avoir été inquiété " durant les combats dans les années 1986, 1995 et 2000 ". Cependant, la requérante n'allègue, ni, a fortiori, n'établit, que son époux se serait vu accorder le bénéfice du statut de réfugié, et, en tout état de cause, n'allègue pas qu'elle aurait exprimé par écrit le souhait que la France soit regardé comme l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande d'asile pour ce motif. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement n° 604/2013 susvisé : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants ".

9. Mme C fait valoir qu'elle n'a présenté aucune demande d'asile en Italie où elle n'a jamais eu l'intention de s'installer, et que sa famille s'est installée en France, de sorte que le préfet aurait dû faire application de la clause discrétionnaire mise en œuvre par les dispositions précitées pour déroger aux critères de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et regarder la France comme l'Etat responsable de sa demande. Toutefois, de telles circonstances sont insusceptibles de justifier que le préfet dérogeât aux règles de transfert, dès lors que le règlement du 26 juin 2013, qui a pour objet de garantir aux ressortissants étrangers un examen circonstancié de leur demande d'asile, ne leur permet toutefois pas de choisir, parmi les États membres, celui qui sera responsable de cet examen, au regard d'éléments relatifs à leur parcours personnel. Au demeurant, elle n'assortit l'ensemble de ses allégations quant à la présence en France des membres de sa famille nucléaire d'aucune pièce justificative. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Il en est de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et de celles relatives aux frais de procédure.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Changou Dongmeza et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Charlery La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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