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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2403637

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2403637

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2403637
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationPole Social (JU)
Avocat requérantCABINET CALLON AVOCATS & CONSEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un arrêt n°475951 du 12 mars 2024, le conseil d'État statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par Mme A B, a annulé le jugement n°2206406 du tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 17 mai 2023 et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Par un mémoire enregistré le 22 avril 2024, Mme B, représentée par Me Callon, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'État à lui payer la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis du fait de son absence de relogement ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative..

Mme B soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'État est engagée, dès lors qu'elle n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable du département des Hauts-de-Seine ;

- elle subit en conséquence des troubles de toutes natures dans ses conditions d'existence, dès lors qu'elle est toujours dépourvue de tout logement social et que son logement, qui n'est pas desservi par un ascenseur, n'est pas adapté à ses besoins, dès lors qu'elle est contrainte de gravir des escaliers alors que son état de santé n'est pas compatible avec un tel effort.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à ce que la période de responsabilité de l'État soit cantonnée à la date du 16 janvier 2019. Il fait valoir que la requérante a refusé à cette date de manière injustifiée la proposition ferme d'un un logement social correspondant à ses besoins.

Des pièces complémentaires produites par le préfet des Hauts-de-Seine ont été enregistrées le 11 octobre 2024 mais non pas été communiquées.

Vu :

- l'arrêt n°475951 du conseil d'État en date du 12 mars 2024 ;

- le jugement du 6 juillet 2018, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de reloger Mme B sous astreinte ;

- la décision, par laquelle le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative ;

- la décision, par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a, par une décision du 12 juillet 2017, désigné Mme B comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 6 juillet 2018, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son logement sous astreinte de 200 euros par mois de retard à compter du 1er septembre 2018. N'ayant pas reçu de proposition de logement, la requérante a saisi le préfet des Hauts-de-Seine d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 29 décembre 2021 réceptionné le 3 janvier 2022. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme B a demandé au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 20 000 euros en réparation des préjudices subis. Par un jugement n°2206406 du 17 mai 2023, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B. Par un arrêt n°475951 du 12 mars 2024, le conseil d'État statuant au contentieux, saisi d'un pourvoi présenté par Mme B, a annulé ce jugement et a renvoyé l'affaire devant le même tribunal.

Sur les conclusions indemnitaires :

1. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'État à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'État, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'État, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

En ce qui concerne la faute :

3. La commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu, le 12 juillet 2017, le caractère urgent et prioritaire de la demande de Mme B, au motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine ne lui a fait aucune offre de logement dans le délai de six mois qui a suivi cette décision, soit avant le 12 janvier 2018. D'autre part, le jugement du 6 juillet 2018, par lequel le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'assurer son logement avant le 1er septembre 2018 sous astreinte de 200 euros par mois de retard, n'a reçu aucune exécution.

4. Il résulte toutefois de l'instruction que Mme B a refusé le 30 janvier 2019 la proposition ferme d'attribution d'un logement social émanant du bailleur Hauts de Seine Habitat, alors que le loyer de ce logement de 87 m², desservi par un ascenseur et adaptable aux besoins d'une personne handicapée, représentait un taux d'effort soutenable au regard de ses ressources. Un tel refus d'un logement social adapté à la composition de sa famille et à son handicap, au surplus situé dans la seule commune souhaitée par la requérante, doit être regardé comme ayant fait obstruction à l'exécution par le préfet des Hauts-de-Seine de son obligation d'exécuter la décision de la commission de médiation, de nature à exonérer intégralement l'État de sa responsabilité. Par suite, il y a lieu de limiter à la période du 12 janvier 2018 au 30 janvier 2019 la responsabilité de l'État à raison de la carence du préfet des Hauts-de-Seine à exécuter la décision de la commission de médiation.

5. Il résulte de ce qui précède que les carences fautives, dont l'État a fait preuve dans la mise en œuvre de son obligation de relogement à l'égard de Mme B, sont établies. Il y a toutefois lieu, pour les motifs exposés au point précédent, de limiter cette responsabilité à la période du 12 janvier 2018 au 30 janvier 2019.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. Pour établir l'existence de préjudices ayant résulté des carences fautives de l'État, alors que la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a reconnu le caractère urgent et prioritaire de sa demande, au seul motif qu'elle n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé, en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation, Mme B fait valoir que cette situation l'a contrainte à occuper avec ses trois enfants majeurs un logement inadapté à ses besoins et notamment à son état de santé. Il résulte de l'instruction, et notamment des pièces photographiques versées au dossier, qui corroborent les allégations précises et circonstanciées des écritures de la requérante et dont l'État ne soutient pas qu'elles ne concerneraient pas le logement de la requérante, que celle-ci occupe depuis mars 2009 un logement au 6ème étage d'un immeuble, non desservi par l'ascenseur de celui-ci. Cette situation lui impose ainsi de gravir 17 marches pour accéder aux pièces de son logement, alors qu'elle souffre d'une pathologie lui rendant difficile la montée et la descente des escaliers, ainsi qu'il ressort des nombreux certificats médicaux produits par Mme B, par ailleurs titulaire, depuis septembre 2016, d'une carte mobilité inclusion en raison de sa situation de personne handicapée.

7. Mme B est ainsi fondée à soutenir que l'absence d'exécution de la décision de la commission de médiation du département des Hauts-de-Seine a entraîné des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation. Il en sera fait une juste appréciation en lui versant la somme de 700 euros pour la période du 12 janvier 2018 au 30 janvier 2019, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement à Mme B de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser à Mme A B la somme de 700 (sept cents) euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : L'État versera la somme de 800 euros à Mme B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. BaudeLa greffière,

Signé

C. Mas

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2403637

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