Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoire enregistrés les 27 janvier, 18 avril et 21 août 2025, M. A... B..., représenté par Me Petit Laura, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l’arrêté du 24 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a refusé a refusé de renouveler son titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;
2°) d’enjoindre audit préfet de lui délivrer une carte de séjour « vie privée et familiale », ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, dans l’attente, de lui délivrer une autorisation de séjour dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de diligenter une mesure d’instruction aux fins de déterminer les suites judiciaires des procédures le concernant, et, dans cette attente, de surseoir à statuer ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre et obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions sont insuffisamment motivées et entachées d’un défaut d’examen sérieux de sa situation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de titre :
- cette décision est entachée d’un vice de procédure dès lors qu’elle n’a pas été précédée par la saisine des services du procureur de la République pour information quant aux suites judiciaires liées aux signalements mentionnés en méconnaissance de l’article R. 40-29 du code de procédure pénale ;
- elle est entachée d’un vice de procédure tiré de la saisine irrégulière de la commission du titre de séjour dès lors qu’il n’a pas été convoqué à s’y présenter et que l’avis définitif de celle-ci ne lui a pas été communiqué ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 432-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire du 5 août 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive,
- les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Froc, conseillère ;
- et les observations de Me Petit, représentant M. B....
Considérant ce qui suit :
1. M. B..., ressortissant marocain né le 6 janvier 1993, a sollicité, le 3 octobre 2022, le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 avril 2024, le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de titre de séjour pour motif d’ordre public, l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B... demande l’annulation de cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Val-d’Oise :
2. Aux termes de l’article R. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français qui n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, ainsi que les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation qui l'assortissent le cas échéant, sont notifiées par la voie administrative. Il en est de même de la décision d'interruption du délai de départ volontaire prévue à l'article L. 612-5. ». La notification par voie postale d’une obligation de quitter sans délai le territoire français, et non par voie administrative, comme le prévoient les dispositions précitées de l’article R. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait obstacle à ce que le délai de recours contentieux de quarante-huit heures que ces dispositions instituent soit opposable au destinataire.
3. Aux termes de l’article R. 421-5 du code de justice administrative : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ».
4. Enfin, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l’effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d’une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l’obligation d’informer l’intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l’absence de preuve qu’une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d’un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l’exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu’il en a eu connaissance.
5. En l’espèce, il est constant que l’arrêté du 24 avril 2024 a été notifié à M. B... par voie postale et non par voie administrative comme le prévoient les dispositions rappelées au point 2. Aussi le délai de recours contentieux de quarante-huit heures que celles-ci instituent n’était-il pas opposable à l’intéressé. Il ressort des pièces du dossier que M. B... a été informé de la mesure d’éloignement prise à son encontre lors de son audition par les services de police le 17 juillet 2024. Par ailleurs, la demande de l’intéressé tendant à l’annulation de cet arrêté a été enregistré au greffe du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 27 janvier 2025, soit antérieurement à l’expiration du délai d’un an mentionné au point 4. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée par le préfet des Hauts-de-Seine ne peut qu’être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
6. D’une part, aux termes de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative (…) ». Aux termes de l’article L. 432-15 de ce code : « L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète (…) ». Aux termes de l’article L. 432-14 du même code : « Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ». Il résulte de ces dispositions que la consultation de la commission du titre de séjour, à laquelle est attachée la possibilité pour l’étranger de présenter ses observations, revêt ainsi pour ce dernier le caractère d’une garantie.
7. D’autre part, si un administré conteste qu'une décision lui a bien été notifiée, il incombe à l’administration d'établir qu'une telle notification lui a été régulièrement adressée et, lorsque le pli contenant cette notification a été renvoyé par le service postal au service expéditeur, de justifier de la régularité des opérations de présentation à l'adresse du destinataire. La preuve qui lui incombe ainsi peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes figurant sur les documents, le cas échéant électroniques, remis à l'expéditeur conformément à la règlementation postale soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal d'un avis de passage prévenant le destinataire de ce que le pli est à sa disposition au bureau de poste.
8. Il ressort des pièces du dossier que le préfet du Val-d’Oise a saisi la commission du titre de séjour du cas de M. B..., dont il est constant qu’il relève des dispositions de l’article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle a, le 15 mars 2024, émis un avis défavorable en l’absence de l’intéressé. Toutefois, alors que M. B..., qui soutient ne pas avoir reçu de convocation à la commission, produit le contrat conclu avec la Poste le 31 janvier 2024 duquel il ressort que l’ordre de réexpédition de son courrier depuis son ancienne adresse 9 rue Maître Renault à Fontenay-en-Parisis à sa nouvelle adresse 29 rue Albert Galle dans la même commune était en cours de validité le 1er mars 2024, date de présentation du pli contenant la convocation, il n’est pas établi, par les mentions de l’avis de passage correspondant, que le pli aurait été présenté à cette nouvelle adresse. Dans ces conditions, à défaut de convocation régulière, M. B... a été privé de la garantie tenant à la possibilité d’être entendu par cette commission avant que ne soit pris à son encontre la décision de refus de séjour. Par suite, il y a lieu d’annuler, pour ce motif, la décision de refus de titre de séjour contestée.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête ni de surseoir à statuer, que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 24 avril 2024 par laquelle le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, l’annulation des décisions l’obligeant à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
10. L’exécution du présent jugement implique que la demande de M. B... soit réexaminée. Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent de procéder, après saisine de la commission du titre de séjour, à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat au profit de M. B... une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E
Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-d’Oise du 24 avril 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d’Oise, ou au préfet territorialement compétent, de procéder, après saisine de la commission du titre de séjour, au réexamen de la demande de titre de séjour de M. B..., dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B... est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-d’Oise.
Délibéré après l’audience du 2 septembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président ;
M. Viain, premier conseiller ;
Mme Froc, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2025.
Le rapporteur,
signé
E. FROC
Le président,
signé
C. HUON La greffière,
signé
TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.