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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2516120

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2516120

vendredi 28 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2516120
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDE GRESSOT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B..., ressortissant turc, contestant un arrêté préfectoral du Rhône lui faisant obligation de quitter le territoire français. La juridiction a estimé que les moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation et la violation du principe du contradictoire, étaient soit manifestement infondés, soit inopérants. La solution retenue est un rejet de la requête par ordonnance, sur le fondement de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, permettant de trancher les litiges ne présentant pas de questions sérieuses. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention européenne des droits de l'homme, et le code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me de Gressot, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 23 août 2025 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de douze mois ;

2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié », ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle a été notifiée dans une langue qu’il ne comprend pas ;
- elle est entachée d’un défaut de motivation et d’un défaut d’examen sérieux ;
- elle est entachée d’une méconnaissance du principe du contradictoire ;
- elle est entachée d’une erreur de fait ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire ;


- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen sérieux ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision d’obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, pour signer les ordonnances visées à l’article R. 222-1 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant turc né le 1er février 2004, est entré sur le territoire français en février 2022. Par un arrêté du 23 août 2025, dont il demande l’annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

2. Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (...) les présidents de formation de jugement des tribunaux (...) peuvent, par ordonnance : (…) 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. (…) ».

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire du 23 août 2025 a été signée par M. C..., sous-préfet, en vertu de la délégation que la préfète du Rhône lui a donnée par un arrêté du 6 novembre 2024 publié le surlendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur de cette décision est


manifestement infondé. Pour les mêmes motifs, le même moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est manifestement infondé.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification d’une décision administrative sont sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait illégale du fait de la notification de l’arrêté en langue française ne peut qu’être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, la décision attaquée, qui n’avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation de l’intéressé, comporte précisément les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle répond ainsi aux exigences posées par l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration, lesquelles s’apprécient indépendamment du bien-fondé des motifs retenus. Par suite, le moyen tiré de ce qu’elle serait insuffisamment motivée est manifestement infondé. Eu égard au caractère circonstancié de sa motivation, le moyen tiré de ce que la décision en cause serait entachée d’un défaut d’examen particulier de la situation personnelle du requérant est également manifestement infondé. Pour les mêmes motifs, le même moyen dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est manifestement infondé.

6. En quatrième lieu, si M. B... se prévaut de la méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l’article L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration et l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, ce moyen n’est pas assorti des précisions permettant d’en apprécier le bien-fondé.

7. En cinquième lieu, si M. B... soutient que l’arrêté est entaché d’une erreur de fait, en ce qu’il indique qu’il est né le 1er février 2000 et non le 1er février 2004, il ne démontre aucunement en quoi cette erreur de plume aurait eu une influence sur l’appréciation de l’administration sur sa situation. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté.

8. En sixième lieu, si M. B... soutient que la décision méconnait l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait déposé une demande de titre de séjour. En outre, l’arrêté contesté ne portant pas sur un refus de titre de séjour, le moyen ne peut être qu’écarté comme inopérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

10. M. B... se prévaut de son entrée en France en 2022, de la présence en France de nombreux membres de sa famille, et de son insertion professionnelle. Toutefois, célibataire et sans enfant à charge, il ne démontre travailler que depuis le mois d’octobre 2024, et ne produit aucune preuve de l’intensité de sa vie privée et familiale en France. Ces éléments, au regard notamment de l’entrée récente de M. B... en France, sont insuffisants pour démontrer une intégration particulière sur le territoire. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des



stipulations précitées n’est manifestement pas assorti des précisions permettant d’en apprécier son bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il suit de ce qui vient d’être dit que M. B... n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en raison de l’illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droits d’asile : « Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ». Aux termes de l’article L. 612-10 de ce code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (…) ».

13. Pour les mêmes motifs que ceux cités au point 10 de la présente ordonnance, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il suit de ce qui vient d’être dit que M. B... ne démontre pas que la décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l’illégalité affectant la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales n’est pas davantage assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

16. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées du 7° de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.






O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.




Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et à la préfète du Rhône.

Fait à Cergy-Pontoise, le 28 novembre 2025.

La présidente de la 2ème chambre,

signé

E. ROLIN



La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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