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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2519486

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2519486

vendredi 14 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2519486
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTOUJAS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a examiné la demande de suspension de la décision implicite de rejet du renouvellement du titre de séjour de M. B..., ressortissant afghan bénéficiaire de la protection subsidiaire. Le juge a constaté que le requérant justifiait d'une situation d'urgence, caractérisée par l'impossibilité de justifier de la régularité de son séjour et la suspension de son contrat de travail. Il a également estimé que le moyen tiré de l'erreur de droit au regard des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. En conséquence, le tribunal a ordonné la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet et enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de huit jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2025, M. A... B..., représenté par Me Toujas demande au juge des référés :


1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision de rejet de sa demande de titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident à titre provisoire, et dans cette attente, de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans un délai d’un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de trois jours à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient :

- qu’il justifie d’une situation d’urgence dès lors qu’il ne peut établir la régularité de son séjour, que son employeur a suspendu son contrat de travail et qu’il ne perçoit pas de prestations sociales ;
- que les moyens suivants sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

elle est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 424-9 et L. 424-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Vu :
- la requête enregistrée le 22 octobre 2025 sous le n° 2519487 par laquelle M. B... demande l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mettetal-Maxant, première conseillère, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience du 10 novembre 2025 à 10h00.

Le rapport de Mme Mettetal-Maxant, juge des référés, a été entendu au cours de l’audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d’audience.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant afghan né le 5 mars 1997, s’est vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 septembre 2020. Le 10 août 2021 il a été muni d’une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 9 août 2025. Le 13 avril 2025, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et a reçu une attestation de prolongation d’instruction valable jusqu’au 12 octobre 2025. Le silence gardé par le préfet pendant quatre mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour en qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire.

Sur la demande d’admission, à titre provisoire, à l’aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ».

3. Eu égard aux circonstances de l’espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées aux fins de suspension :

4. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ».

5. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d’un acte administratif, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’affaire.

6. Pour justifier de l’existence d’une urgence particulière caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai de la mesure de suspension qu’il demande, M. B... fait valoir qu’il est en situation irrégulière malgré le bénéfice de la protection subsidiaire, que son contrat de travail a été suspendu et qu’il ne peut percevoir de prestations sociales. Toutefois, le préfet des Hauts-de-Seine verse à l’instance l’attestation de prolongation d'instruction qu’il a délivrée à M. B..., valable du 4 novembre 2025 au 3 mai 2026. Dans ces conditions, la condition d’urgence exigée par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, qui doit s’apprécier objectivement et globalement, ne peut en l’espèce être considérée comme remplie.

7. Par suite, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence de moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, la requête de M. B... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celle présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire, à l’aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B... est rejetée.


Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B... et au ministre de l’intérieur.


Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.


Fait, à Cergy, le 14 novembre 2025.

La juge des référés,

signé

A. Mettetal-Maxant

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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