| CELEX | 52013AR6520 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | jeudi 30 janvier 2014 |
| 26.4.2014 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 126/37 |
Avis du Comité des régions — Création du Parquet européen
2014/C 126/10
I. RECOMMANDATIONS POLITIQUES
LE COMITÉ DES RÉGIONS,
| 1. | se félicite que la Commission présente, avec sa proposition portant création d'un Parquet européen, un ensemble global de règles visant à mettre en œuvre le traité de Lisbonne en matière de poursuite des infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l'Union européenne. La proposition à l'examen permet de mener une discussion ciblée sur le sujet; |
| 2. | se félicite que la proposition à l'examen ait pour objectif de poursuivre, au sein d'un organe propre, les infractions préjudiciables à l'Union européenne qui présentent un lien avec plusieurs États membres et touchent aux intérêts financiers de l'Union; en effet, en disposant d'une personnalité juridique et de ressources financières propres, l'Union européenne ne serait plus uniquement tributaire des instances nationales de poursuites, alors qu'elle ne dispose actuellement d'aucun mécanisme comparable lui permettant de protéger ses propres intérêts; |
| 3. | se félicite de cet objectif également en raison du fait que la poursuite cohérente de la fraude et des abus renforce le respect des obligations fiscales et garantit ainsi la capacité financière de l'Union européenne et des États membres; |
| 4. | souligne qu'en particulier du point de vue des collectivités territoriales, il est nécessaire de protéger de manière efficace les intérêts financiers de l'Union européenne, étant donné qu'une part considérable des infractions qui font l'objet de poursuites est liée à l'utilisation des Fonds structurels; or l'utilisation efficace et ciblée des aides européennes revêt une importance considérable dans les mesures de soutien des collectivités territoriales; |
| 5. | souligne l'importance de protéger les régions des désavantages (économiques) et de s'opposer résolument à l'utilisation abusive des aides européennes; |
| 6. | se félicite expressément du renforcement, annoncé par la Commission européenne, de la formation et de la formation continue des praticiens du droit dans le but de poursuivre efficacement les infractions dans ce domaine; |
| 7. | constate l'absence, au regard de la subsidiarité, de réserves décisives qui empêcheraient de remettre entre les mains d'un Parquet européen, conformément à l'article 86 du TFUE, la compétence en matière de poursuite des infractions portant atteinte aux intérêts de l'Union européenne et ce, en dépit des effets que cette remise aura sur la souveraineté nationale dans un domaine extrêmement sensible; |
| 8. | prend note, à cet égard, des réserves émises par les Parlements nationaux dans le cadre du contrôle de la subsidiarité et du «carton jaune» délivré par ceux-ci, qui oblige la Commission à réexaminer sa proposition et, le cas échéant, à la modifier; souligne que certaines des réserves formulées portent sur des questions liées à la subsidiarité et d'autres sur la proportionnalité des mesures proposées ou sur la procédure; |
| 9. | indique que les instances nationales et/ou régionales chargées de poursuivre ces infractions ont aujourd'hui déjà la responsabilité de la poursuite des infractions portant atteinte aux intérêts de l'Union européenne, et souligne donc son intérêt et sa disponibilité à participer activement au déroulement ultérieur de la procédure; |
| 10. | prend acte de la communication de la Commission répondant aux avis motivés des chambres et des parlements nationaux (1); rappelle à la Commission qu'elle a l'obligation fondamentale de motiver ses propositions d'actes législatifs au regard de la subsidiarité et de la proportionnalité; invite dès lors la Commission à fournir les éléments circonstanciés requis en temps utile et à veiller à ce que toutes les parties à la procédure y aient accès; signale que dans sa communication, la Commission n'accorde pas la considération nécessaire à la dimension infranationale lors de l'évaluation du caractère suffisant de l'action des États membres, alors que le principe de subsidiarité, tel qu'énoncé à l'article 5, paragraphe 3 du traité sur l’Union européenne, fait une distinction entre les niveaux central, régional et local; prie donc la Commission de prendre dûment en compte, à l'avenir, les dimensions régionale et locale de la subsidiarité; |
Procédure législative
| 11. | souligne que la protection des intérêts financiers de l'Union européenne doit être garantie dans tous les États membres sans exception, et qu'une règlementation ou une institution supranationale peut dès lors apporter une valeur ajoutée par rapport aux poursuites pénales d'un seul États membre; |
| 12. | indique en outre que la valeur ajoutée de la création d'un Parquet européen serait maximale si tous les États membres, et non quelques-uns seulement, y participaient, la protection des intérêts financiers de l'Union européenne devant être garantie dans tous les États membres sans exception; |
| 13. | regrette donc que la création du Parquet européen dans la perspective d'une coopération renforcée puisse engendrer des coûts sensiblement plus importants pour les États membres, en raison du fait que les structures déjà en place (l'Office européen de lutte antifraude (OLAF), l'Unité européenne de coopération judiciaire (Eurojust)) devraient perdurer et même être renforcées; |
| 14. | indique que certains parlements nationaux ont émis des réserves quant au respect du principe de subsidiarité, et souhaite que celles-ci puissent être levées au cours des prochaines étapes de l'examen de la proposition; |
Création et conception
| 15. | salue sur le principe l'approche de la proposition de la Commission qui prévoit de mettre en place le Parquet européen sous la forme d'une structure centrale confiant des missions aux procureurs dans les États membres, qui, en tant que procureurs délégués, rempliraient une double fonction en matière pénale, tant pour le compte de l'Union européenne, que pour celui de leur propre État; |
| 16. | propose toutefois de compléter la proposition à l'examen de manière à ce que chaque État membre dispose, au siège du Parquet européen, d'au moins un membre national ou régional afin que l'expertise linguistique et juridique nationale ou régionale puisse être exploitée dans le cadre des enquêtes et des mesures d'enquête; |
| 17. | se félicite du fait que les poursuites pénales relatives à des affaires complexes soient confiées à des procureurs européens délégués chevronnés issus des tribunaux nationaux ou régionaux qui, connaissant les circonstances et les données locales, pourront mener rapidement à bien les procédures engagées; |
| 18. | se félicite que, s'agissant des instructions du procureur européen aux procureurs européens délégués, la proposition tienne compte du fait que ces derniers sont également des procureurs nationaux, et qu'elle parte du principe que le procureur européen tient compte, dans ses instructions, des intérêts des autorités répressives nationales et/ou régionales; |
Collaboration entre le Parquet européen et les administrations judiciaires des États membres
| 19. | met l'accent sur la nécessité d'une collaboration étroite et basée sur la confiance entre les autorités répressives nationales et régionales d'une part et le Parquet européen d'autre part, afin que les enquêtes puissent être menées à bonne fin en connaissant les procédures et conditions régionales; |
| 20. | souligne qu'il convient de limiter la compétence du Parquet européen à des infractions précises qui portent atteinte aux intérêts de l'Union européenne ou qui y sont indissolublement liées, notamment afin de prendre en compte les préoccupations exprimées en matière de subsidiarité; |
| 21. | est favorable à ce que les infractions pénales relevant de la compétence du Parquet européen soient définies dans un document qui sera annexé au règlement proposé et ce, afin de garantir, de manière précise et sans équivoque, la nécessaire clarté des normes et des procédures; |
| 22. | juge important que les enquêtes soient menées rapidement et efficacement et considère qu'il est opportun d'exhorter les États membres à remédier aux carences qui subsistent en matière de mise en œuvre en redoublant d'efforts s'agissant de la lutte pénale contre la fraude et les abus; |
| 23. | considère que les compétences exclusives qu'il est prévu d'octroyer au Parquet européen concernant la poursuite d'infractions portant atteinte aux intérêts de l'Union européenne sont trop extensives et préconise une compétence partagée entre les États membres et le Parquet européen, assortie de la possibilité, pour ce dernier, d'exercer un droit d'évocation et de reprendre certaines affaires lorsque des procureurs nationaux mènent déjà l'enquête et que les intérêts financiers de l'Union européenne sont en jeu; |
Procédure pénale européenne — Respect des normes de l'État de droit et des droits fondamentaux
| 24. | souligne qu'il est nécessaire de veiller, dans le cadre de la procédure législative, à ce que les dispositions de procédure respectent les principes de l'État de droit, les garanties en matière de droits fondamentaux ainsi que les droits reconnus par les différentes législations nationales aux parties à la procédure; |
| 25. | souligne que les compétences et les actes du Parquet européen doivent respecter l'acquis européen en matière de droits fondamentaux consacrés par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, la Convention européenne des droits de l'homme et les Constitutions des États membres; |
| 26. | met l'accent sur le fait que dans le cadre de l'application du règlement et pour autant que leur droit national soit concerné, les États membres sont également tenus au respect des droits fondamentaux garantis sur leur territoire ainsi que de la Convention européenne des droits de l'homme; |
| 27. | juge plus particulièrement nécessaire, à cet égard, de régler de manière adéquate la transmission d'informations et de données à caractère personnel par le Parquet européen aux instances compétentes des États membres aux fins de la poursuite et de la prévention d'infractions ou de la prévention d'une menace grave et imminente pour la sécurité publique, de façon à ce que soient prises en compte les prescriptions en matière de protection des données au sens de la proposition de directive relative à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel par les autorités compétentes à des fins de prévention et de détection des infractions pénales, d'enquêtes et de poursuites en la matière ou d'exécution de sanctions pénales, et à la libre circulation de ces données (COM(2012) 10); |
| 28. | juge à cet égard appropriée la norme en matière de transmission et de traitement ultérieur des données à caractère personnel qui sont échangées entre le Parquet européen et les États membres, contenue dans la décision-cadre 2008/977/JI du Conseil du 27 novembre 2008 sur la protection des données à caractère personnel; considère néanmoins qu'il ne faut pas exclure d'autres mesures de protection; |
| 29. | juge en outre nécessaire de garantir, au moyen de dispositions adéquates, que les informations et données à caractère personnel issues de procédures pénales menées dans les États membres ne soient pas transmises à des pays tiers, organisations internationales ou autres instances sans l'accord explicite des autorités de transmission; |
| 30. | considère que certains pouvoirs d'enquête particulièrement intrusifs du Parquet européen d'une part, et les normes procédurales minimales à respecter d'autre part, doivent être réglés de toute urgence dans le règlement à l'examen; |
| 31. | estime à cet égard qu'il convient de soumettre toutes les mesures d'enquêtes intrusives à autorisation judiciaire et de limiter l'admissibilité des preuves aux procédures menées par le Parquet européen; |
| 32. | souligne que si la proposition de règlement prévoit que la compétence du Parquet européen prend fin à la date à laquelle le jugement devient définitif, elle ne comporte toutefois aucune disposition sur l'exécution de la peine, et est d'avis que cet aspect doit être réglé; |
| 33. | est favorable à ce que les coûts de procédure et de mise en œuvre soient réglementés; |
| 34. | estime que lorsque, pour des raisons d'opportunité, une procédure d'enquête est clôturée par voie de transaction, il est nécessaire, dans le cas des affaires mixtes dans lesquelles les intérêts financiers d'un État membre ou d'autres sujets de droit interne ont également été lésés, d'obtenir en plus de l'acceptation du suspect celle de l'État membre concerné; |
| 35. | préconise, lorsqu'une affaire se clôture par le paiement d'une amende, que le montant de celle-ci soit versé à l'État dans lequel se déroule la procédure; |
| 36. | juge important que les parties lésées par des poursuites pénales puissent faire valoir leurs droits à réparation en vertu du droit matériel et procédural de l'État membre d'appartenance, ainsi que dans cet État. |
II. RECOMMANDATIONS D’AMENDEMENTS
Amendement 1
Article 6, paragraphe 2, deuxième phrase et troisième phrase (nouvelle)
Exposé des motifs
Chaque État membre devrait disposer d'au moins un membre national ou régional au sein du Parquet européen afin que l'expertise linguistique et juridique nationale ou régionale puisse être exploitée dans le cadre des enquêtes et mesures d'enquêtes.
Amendement 2
Article 9, paragraphe 3
| Texte proposé par la Commission | Amendement du CdR |
| La sélection est effectuée à partir d’un appel à candidatures ouvert, à publier au Journal officiel de l’Union européenne, à la suite de quoi la Commission européenne établit et présente, en accord avec le procureur européen, une liste restreinte de candidats au Parlement européen et au Conseil, laquelle reflète l’équilibre démographique et l’éventail géographique des États membres. | La sélection est effectuée à partir d’un appel à candidatures ouvert, à publier au Journal officiel de l’Union européenne, à la suite de quoi la Commission européenne établit et présente, en accord avec le procureur européen, une liste restreinte de candidats pour chaque État membre au Parlement européen et au Conseil, laquelle reflète l’équilibre démographique et l’éventail géographique des États membres. |
Exposé des motifs
La procédure de sélection des procureurs européens délégués doit être adaptée à la proposition consistant à désigner au moins un procureur européen délégué par État membre (voir amendement 1).
Amendement 3
Article 29, paragraphe 1, deuxième phrase et troisième phrase (nouvelle)
| Texte proposé par la Commission | Amendement du CdR |
| Si le suspect accepte, il paie l’amende forfaitaire à l’Union. | Si le suspect accepte, il paie l’amende forfaitaire à l’Union. Dans la mesure où les infractions faisant l'objet de la procédure lèsent également les intérêts financiers d'un État membre ou d'autres sujets de droit interne, outre l'accord du suspect, celui de l'État membre concerné est requis. L'Union européenne transfère à l'État membre ou aux États membres le montant qui lui/leur revient dans la mesure où ses/leurs autorités répressives et judiciaires participent ou ont participé à la procédure. Lorsque plusieurs États membres sont concernés, le montant est réparti entre eux au prorata de la participation des autorités répressives et judiciaires. |
Exposé des motifs
Si une enquête est clôturée par voie de transaction pour des raisons d'opportunité, il se peut que, dans les affaires dites «mixtes», les intérêts financiers d'un État membre ou d'autres sujets de droit interne soient également lésés. Dans ce cas, les États membres qui ont été lésés, ou sur le territoire desquels se trouvent les autres sujets de droit interne lésés, devraient avoir leur mot à dire dans la clôture de l'affaire.
Étant donné qu'en règle générale les autorités judiciaires et répressives des États membres participent de manière déterminante à la procédure pénale, il convient en outre de les faire bénéficier des recettes éventuelles de la procédure.
Amendement 4
Article 69, paragraphes 3bis (nouveau) et 4
| Texte proposé par la Commission | Amendement du CdR |
| — | 3.a) Les parties lésées par des poursuites pénales peuvent faire valoir leurs droits à réparation en vertu du droit matériel et procédural de l'État membre d'appartenance, ainsi que dans ledit État membre. |
| 4. Le paragraphe 3 s’applique aussi aux dommages causés du fait d’un procureur européen délégué dans l’exercice de ses fonctions. | 4. Le paragraphe 3 et le paragraphe 3 bis s’appliquent aussi aux dommages causés du fait d’un procureur européen délégué dans l’exercice de ses fonctions. |
Exposé des motifs
En dépit de la différence de terminologie, l'article 69, paragraphes 3 et 4, de la proposition de règlement pourrait être interprété en ce sens que des actions en réparation peuvent être introduites qu'il y ait faute ou non. Il n'est pas raisonnable de renvoyer les parties lésées du fait de poursuites menées par le Parquet européen à une législation qu'elles ne connaissent pas et à la Cour de justice de l'Union européenne. Aussi les parties lésées par des poursuites pénales doivent-elles pouvoir faire valoir leurs droits à réparation en vertu du droit matériel et procédural de l'État membre d'appartenance, ainsi que dans cet État membre.
Bruxelles, le 30 janvier 2014.
Le Président du Comité des régions
Ramón Luis VALCÁRCEL SISO
(1) Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil et aux parlements nationaux relative au réexamen de la proposition de règlement du Conseil portant création du Parquet européen au regard du principe de subsidiarité, conformément au protocole no 2, COM (2013) 851.