| CELEX | 52014AE1506 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 10 septembre 2014 |
| 19.12.2014 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 458/1 |
Avis du Comité économique et social européen sur la structure et l’organisation du dialogue social dans le contexte d'une véritable union économique et monétaire (UEM)
(avis exploratoire)
(2014/C 458/01)
| Rapporteur: | M. DASSIS |
Le 5 février 2014, le Parlement européen a décidé, conformément à l'article 304 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, de consulter le Comité économique et social européen sur la:
«Structure et organisation du dialogue social dans le contexte d'une véritable union économique et monétaire (UEM)»
Avis exploratoire.
La section spécialisée «Emploi, affaires sociales, citoyenneté», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 27 août 2014.
Lors de sa 501e session plénière des 10 et 11 septembre 2014 (séance du 10 septembre), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 169 voix pour, 1 voix contre et 9 abstentions.
1. Recommandations et conclusions
| 1.1 | Le dialogue social communautaire est un élément inhérent à la construction européenne et aux politiques et actions de sortie de crise pour la croissance et l’emploi, lesquelles doivent nécessairement s’appuyer sur la richesse du dialogue social à tous les niveaux: national, sectoriel, territorial et d’entreprise. |
| 1.2 | Le dialogue social est bipartite, entre partenaires sociaux, complété par la concertation tripartite avec les institutions et instances politiques européennes et par diverses formes de consultation aux niveaux européen et national. |
| 1.3 | Il convient de distinguer clairement le dialogue social, qui fait l'objet du présent avis, et le dialogue civil: l'un et l'autre existent. Ils ne sauraient être amalgamés, étant entendu qu'au niveau européen, le traité définit les participants, les compétences et les procédures du dialogue social en conférant aux partenaires sociaux un rôle de quasi-législateurs dans le domaine des conditions de travail au sens large du terme, mais ils ne doivent pas non plus être hermétiques l’un à l’autre. Les partenaires sociaux européens eux-mêmes ont déjà élargi leurs champs d'intervention, dans une approche ouverte, et ils mènent de manière spécifique des actions avec certaines associations et ONG européennes. |
| 1.4 | Les partenaires sociaux doivent continuer à renforcer leur autonomie et leur capacité de négociation collective. Leur déclaration conjointe sur la gouvernance d'octobre 2013 (1) doit être prise en compte par les institutions européennes. Il incombe à ces dernières, et en particulier à la Commission, de faciliter le dialogue social européen et de soutenir la mise en œuvre concrète de ses acquis, tant au niveau interprofessionnel qu'au niveau sectoriel. |
| 1.5 | Les partenaires sociaux doivent également renforcer l’efficacité d’application de leurs accords autonomes, afin de couvrir tous les pays et de garantir à tous les travailleurs et à toutes les entreprises du territoire de l'Union européenne une application correcte, selon les législations et pratiques nationales, des droits définis dans ces accords. |
| 1.6 | La complexité et l'ampleur des défis engendrés par la crise et par les mutations économiques et sociales impliquent ponctuellement une coopération avec d’autres acteurs représentatifs de la société civile, dans le respect des responsabilités et des compétences de chacun. |
2. De la CECA à l'UEM: l'importance des partenaires sociaux et du dialogue social dans la construction européenne
| 2.1 | L’engagement des organisations syndicales et patronales pour la construction européenne ne s'est pas développé par nécessité mais, au-delà des divergences, par la conviction que la Communauté européenne était la seule voie pour réunir nos peuples dans la paix, la démocratie, la croissance économique et le progrès social. L’histoire de la participation des partenaires sociaux aux évolutions de la construction européenne, de la CECA à l’UEM, est donc marquée par cet engagement fondamental et elle démontre le rôle décisif que les organisations patronales et syndicales ont joué et doivent continuer à jouer dans la situation actuelle de l’UEM, afin de répondre aux défis conjoncturels de la crise et aux mutations structurelles de nos pays. Dans ce contexte, l'UEM doit assurer une relance économique et sociale de l’ensemble des pays de l'Union européenne, durable et créatrice d’emplois de qualité. Elle doit engager, dans leur champ de responsabilités, tous les acteurs. La dimension européenne du dialogue social doit également prendre en compte le contexte de la globalisation et permettre à l'UE d’être acteur d'une régulation mondiale nécessaire pour assurer, ainsi que le CESE l'a annoncé dans son avis de mai 2007 (2), une «dimension humaine de la mondialisation, comme de l'intégration européenne» pour en faire «l'affaire des citoyens et de la société civile organisée». |
| 2.2 | Le Comité consultatif de la CECA, dans son expérience spécifique, a prouvé son efficacité pour chacun des volets intéressant les industriels et les travailleurs, à savoir la politique industrielle, l’évolution du marché, les instruments d’intervention sociale ainsi que la recherche technique et sociale. Il convenait donc de maintenir dans les traités — et il faudrait encore y développer —, d'une part, des dispositions visant la politique industrielle et, d'autre part, des instruments de concertation sociale. Ainsi, un instrument tel que le CESE, dans ses responsabilités, peut jouer un rôle important d’accompagnement et d’anticipation, comme ce fut le cas avec son avis sur la «charte communautaire des droits sociaux des travailleurs» (1989) (3). |
| 2.3 | C'est en 1985, avec le lancement d'un dialogue social bipartite, promu par Jacques Delors, président de la Commission, que le dialogue social à l'échelon communautaire a évolué vers un véritable espace européen de négociation. |
| 2.4 | Les partenaires sociaux ont franchi une étape fondamentale par leur accord du 31 octobre 1991, qui allait être intégré dans le Protocole social du Traité de Maastricht (4). Ils affirmaient leur volonté de participer à la gouvernance sociale de l’UE en devenant eux-mêmes des régulateurs, par la négociation, en complément de la dimension législative. |
| 2.5 | De la subsidiarité: le principe de subsidiarité, au sens habituel du terme, consiste à réserver à l'échelon supérieur — l'Union européenne —ce que l'échelon inférieur — les États membres — ne pourrait effectuer que de manière moins efficace (art. 5 du TUE). En fait, la pratique qui consiste à reconnaître aux partenaires sociaux la capacité de résoudre eux-mêmes, dans le cadre du dialogue social, les problèmes sur lesquels ils sont compétents peut être considérée comme une autre application de ce même principe de subsidiarité (5). Cette capacité est expressément conférée aux partenaires sociaux européens par les articles 154 et 155 du TFUE. De telles dispositions rapprochant le centre de décision du citoyen, pour autant qu'elles soient effectivement et régulièrement suivies d'effet et pour autant qu'on en fasse une publicité adéquate, sont de nature à promouvoir plus généralement le rôle de la société civile organisée et à combattre la mauvaise image de «pouvoir lointain» que les citoyens ont de l'Union et de ses institutions. |
3. Une intégration monétaire de plus en plus forte mais une gouvernance économique et une intégration sociale encore faibles
| 3.1 | La crise économique et financière que traversent la plupart des pays de l'Union tend à centrer la recherche de la compétitivité sur les coûts immédiats de la production (coûts salariaux, coûts des matières premières etc.) alors que l'Europe devrait déployer des efforts intenses pour atteindre l'excellence dans la compétitivité «hors coûts immédiats»: qualité des produits et services, recherche et innovation, qualité du travail et des relations sociales, organisation du travail et responsabilité sociale, éducation et formation, etc. |
| 3.2 | Afin de surmonter la crise et de retrouver la confiance des citoyens, il est temps de stimuler réellement l’économie au travers d'investissements publics, privés et sociaux (voir avis du CESE (6)), tant au niveau européen qu'au niveau des États membres, pour un développement durable, innovant, créateur d’emplois de qualité et de progrès social ainsi que pour garantir des conditions macroéconomiques saines et durables. |
| 3.3 | En octobre 2013, les partenaires sociaux européens ont adopté les dix principes qui sous-tendent leur participation à la gouvernance économique de l'UE (7). Le deuxième principe est le suivant: «Le dialogue social et des relations industrielles bien développées à tous les niveaux constituent un élément central du modèle social européen et du gouvernement démocratique. Une participation appropriée des partenaires sociaux aux politiques économiques et d'emploi est dès lors essentielle». |
| 3.4 | Pour le cinquième principe, les partenaires sociaux indiquent que «Le dialogue social peut constituer le moteur de réformes économiques et sociales réussies. Les partenaires sociaux peuvent contribuer à une meilleure sensibilisation aux conséquences des mutations économiques et sociales sur les systèmes sociaux et les marchés de l'emploi. Ils peuvent également jouer un rôle majeur dans la mise en place des conditions qui stimuleront la création d'emploi, notamment en facilitant la reprise économique, l'insertion professionnelle et l'intégration sociale.» |
| 3.5 | Le dialogue social doit donc être renforcé dans son autonomie et dans l’importance de ses contributions pour être en mesure de répondre aux défis actuels. |
| 3.6 | Le dialogue social européen doit s’appuyer sur la richesse du dialogue social national aux différents niveaux: interprofessionnel, sectoriel, territorial et d’entreprise. Or à ces niveaux, on assiste actuellement, dans un nombre significatif de pays, à un affaiblissement de la couverture par des conventions collectives — notamment en raison d'interventions européennes dans le cadre de la gouvernance —, ce qui précarise la situation des travailleurs et contribue au développement d'inégalités. |
| 3.7 | Il convient de mettre en place une nouvelle approche tenant mieux compte de la dimension territoriale, afin, notamment, de trouver des réponses appropriées aux conséquences des restructurations qui entraînent des licenciements et des fermetures de sites. Ces situations, en effet, ont souvent un impact local et régional dramatique, non seulement pour travailleurs et leurs familles, mais aussi pour les collectivités locales et pour les entreprises qui dépendent elles-mêmes, directement ou indirectement, du site affecté. |
| 3.8 | Dans cette période difficile de mutations et d’ajustements, on peut penser qu’une dynamique motrice pourrait être lancée à partir de la zone euro, dont la gouvernance est plus développée et où la cohérence des actions pourrait être plus forte. Cette dynamique doit tenir compte de la nécessité de maintenir la cohésion économique et sociale de l’ensemble de l’UE. Face aux risques de divergences sociales déjà existants, il conviendrait de mettre en place un mécanisme de suivi des disparités, afin de pouvoir les corriger. Ce suivi devrait s’appuyer sur une surveillance renforcée et tenir compte de l’interdépendance des systèmes d’emplois. Il pourrait être confié à la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail ou s'appuyer sur les travaux du Comité de l'emploi, qui a mis au point le «moniteur des chiffres de l'emploi». |
4. Les différentes formes de concertation, de consultation et de dialogue social: le défi d'une nouvelle gouvernance
| 4.1 | De la déclaration de Laeken sur le dialogue social (2001) à la déclaration conjointe des partenaires sociaux sur la gouvernance (2013), on assiste au développement d'une logique continue. |
| 4.1.1 | Adopter des définitions précises: il convient de rappeler ici la contribution des partenaires sociaux au sommet de Laeken (décembre 2001) (8): «L’UNICE/UEAPME, le CEEP et la CES insistent sur l’importance de distinguer trois types d’activités différentes qui impliquent les partenaires sociaux:
|
| 4.1.2 | Renforcer la place des partenaires sociaux dans la gouvernance de l’UE: l'importante déclaration commune des partenaires sociaux du 24 octobre 2013 (9) sur l’implication des partenaires sociaux dans la gouvernance économique européenne destinée au sommet social tripartite met en valeur le rôle clé du dialogue social tant au niveau national qu’au niveau européen ainsi que le champ de consultation élargi qu'il y a lieu de renforcer (rapport annuel sur la croissance, programmes de réforme nationaux, recommandations spécifiques aux pays, procédure relative aux déséquilibres macroéconomiques, indicateurs du marché du travail). |
| 4.1.3 | Approfondir le dialogue social en particulier dans la dimension contractuelle: dans une période difficile, tous les instruments (accords transposés par des directives ou mis en œuvre par voie autonome, cadres d’actions, déclarations conjointes, etc.) devraient être utilisés pour apporter des solutions effectives, en particulier pour l’emploi et la qualité du travail. |
| 4.1.4 | Consolider les résultats du dialogue social: diverses évaluations effectuées tant par les partenaires sociaux eux-mêmes (voir rapports finals conjoints sur le télétravail en juin 2006 (10), sur le stress en juin 2008 (11), sur le harcèlement et la violence au travail en octobre 2011 (12) et sur les marchés du travail inclusifs en juin 2014) que par la Commission (voir rapport (13)) ont fait apparaitre une grande disparité de transposition des accords autonomes, ce qui en affaiblit l'efficacité et la portée par rapport à la législation et entraine une disparité de droits entre les travailleurs européens et entre les entreprises. Il semble évident que les accords autonomes doivent conduire à une obligation de mise en œuvre, quel que soit le mode de transposition législatif ou contractuel. Il appartient aux partenaires sociaux d'approfondir les modalités actuelles et de définir de nouvelles règles pour assurer une application effective, dans le délai qu'ils fixent, de leurs accords européens engageant non seulement les organisations européennes signataires mais aussi leurs membres statutaires à l'échelon national. Bien entendu, l'ensemble des accords conclus au titre de l'article 155 du TFUE doivent faire partie de l'acquis communautaire. |
| 4.1.5 | Renforcement de la capacité d'autonomie et synergie avec les politiques de l'UE: l'autonomie des partenaires sociaux doit être renforcée et développée (voir ci-dessous la référence à la déclaration conjointe des partenaires sociaux sur la gouvernance d'octobre 2013), mais cela n’exonère pas la Commission européenne d’initiatives sociales indispensables et urgentes, comme dans les domaines des restructurations, de la santé et de la sécurité, de la mobilité et des réformes structurelles, notamment du marché du travail, en vue de favoriser la création d'emplois. Le renforcement de la capacité d’autonomie des partenaires sociaux ne saurait affaiblir la capacité d’initiative et de stimulation de la Commission: elles doivent, au contraire, être en synergie et en complémentarité. Les partenaires sociaux ont déjà progressé dans la prise en charge de la gestion du dialogue social tant au niveau interprofessionnel qu'au niveau sectoriel, notamment par la négociation de programmes bisannuels. Dans leur déclaration d’octobre 2013 sur la gouvernance (14), ils franchissent une étape nouvelle. L’approfondissement de cette autonomisation pourrait conduire les partenaires sociaux, s’ils le souhaitent, à expérimenter la mise en place d’un secrétariat permanent du dialogue social, composé de manière bipartite. Dans ses avis du 24 novembre 1994 et du 29 janvier 1997 (15), le CESE avait déjà évoqué cette idée. |
| 4.1.6 | Élargir la consultation: compte tenu de l'évolution de nos sociétés, de plus en plus complexes, il convient d’associer à la consultation sur les politiques et les projets communautaires tous les acteurs syndicaux, patronaux, associatifs, de l’économie sociale et d’intérêt public, dans leurs champs de responsabilités et de compétences respectives. Les partenaires sociaux participent déjà souvent aux consultations publiques européennes, ce qui contribue à améliorer les échanges avec les autres composantes de la société civile. Ces échanges ont également lieu au sein du Forum quadripartite sur la responsabilité sociale des entreprises (RSE). Il convient cependant de gérer les modalités pratiques des consultations avec soin, en particulier si l'on recourt à la consultation électronique, et de tenir compte des compétences et de la représentativité, selon la matière concernée, des divers intervenants: les partenaires sociaux, quant à eux, sont déjà régulièrement soumis à des études de représentativité. |
5. Les différentes dimensions du dialogue social:
| 5.1 | Interprofessionnel: le programme de travail 2012-2014 a notamment permis d’aboutir au cadre d’actions sur l’emploi des jeunes. Les partenaires sociaux se sont engagés à entamer la négociation d'un nouveau programme de travail commun 2015-2017, qui sera très important pour les 3 ans à venir. Il leur appartiendra d’utiliser tous les instruments à leur disposition pour établir des droits et engager des politiques concrètes répondant aux défis de la période actuelle. |
| 5.2 | Sectoriel: des potentialités considérables existent en particulier grâce au Comités de Dialogue Social Sectoriels (CDSS) pour anticiper et mieux gérer les mutations en cours. Dans le cadre de la politique industrielle et sectorielle notamment, les comités d’entreprise européens en liaison avec leurs Fédérations professionnelles, peuvent également être d’un apport précieux en utilisant leur expertise et leur expérience pour le développement de propositions et d’alternatives en matière de politique industrielle. |
| 5.3 | Comités d'entreprise européens (CEE): dans un contexte de mondialisation et d'innovation technologique permanente, les entreprises et les travailleurs de tous les pays européens sont confrontés à une transformation rapide et continue de l'organisation du travail et de la production. La pratique montre que les CEE peuvent aider la direction et les travailleurs à construire une culture d'entreprise et à s'adapter au changement dans des entreprises ou groupes transnationaux évoluant rapidement, lorsque les changements concernent la stratégie du groupe et ont une incidence sur plusieurs sites du groupe dans différents pays. Les Comités d’entreprises européens, dans le cas des entreprises d'envergure mondiale, jouent également un rôle essentiel pour développer une dimension humaine de la mondialisation à partir des valeurs démocratiques et sociales de notre Union et pour promouvoir les normes de l'OIT. Ils peuvent être associés à la mise en œuvre d'accords-cadres européens ou internationaux, ou encore d'accords sur la responsabilité sociale des entreprises (16). |
| 5.4 | PME: il faut reconstituer le tissu industriel en favorisant le développement des PME et en assurant leur prospérité et leur stabilité. À cette fin, le dialogue social devrait pouvoir s'appuyer sur une politique de mutualisation des moyens, particulièrement en matière de formation et de santé/sécurité au travail. |
| 5.5 | Coopératives, mutuelles et entreprises sociales: leurs spécificités et leur développement basé sur la solidarité, la coopération et la répartition des richesses produites par l'entreprise en font des acteurs important pour la croissance et la création d'emplois. Il est donc naturel que l'on tienne compte de leurs spécificités dans le cadre du dialogue social et que l'on soit attentif à ce qui peut favoriser leur développement. |
| 5.6 | Transfrontaliers: nos régions frontalières sont de nouvelles zones de mobilité et de développement économique. Pour ces espaces régionaux transfrontaliers, il conviendrait de mettre en place des modalités de dialogue social adaptées à la situation régionale, favorisant l’emploi, l'égalité de traitement et la sécurisation des conditions de mobilité transfrontalière. |
6. Sur les enjeux sociétaux, développer les synergies et les complémentarités entre dialogue social et dialogue civil (17)
| 6.1 | Notre société est devenue plus complexe et les problèmes sociaux et environnementaux plus interdépendants. Il y a, pour l'entreprise, un lien entre ce qui est «interne» et ce qui est «externe»: intégration de la dimension territoriale dans son développement, transition vers une économie «bas carbone», politique de développement durable impliquant les acteurs publics et associatifs, insertion des chômeurs, en particulier par la mise en place de tutorats impliquant les travailleurs de l’entreprise et les associations qui luttent pour l’insertion par la voie économique, responsabilité sociale des entreprises, en particulier vis-à-vis des entreprises sous-traitantes dans les pays en voie de développement, etc. |
| 6.2 | Les deux dialogues, social et civil, existent. Ils ne peuvent être amalgamés mais ils ne peuvent pas non plus être hermétiques l’un à l’autre. Le dialogue social bipartite est concentré sur les salaires, l’emploi, l’organisation du travail, la santé/sécurité etc., au travers de la négociation collective à tous les niveaux. Le dialogue civil, dans la multiplicité des thèmes liés à l’environnement, à la consommation, aux politiques familiales, aux discriminations, à la lutte contre la pauvreté, aux droits de l’homme, intervient dans la résolution de problèmes sociétaux. Les partenaires sociaux ont déjà élargi leurs champs d'intervention dans une approche plus ouverte et plus citoyenne, comme l'a montré leur accord sur «Des marchés du travail inclusifs» de mars 2010 (18) et les actions qu'ils mènent de manière spécifique avec les associations et ONG européennes de défense de l'environnement, de défense des consommateurs, de défense des personnes handicapées, de défense des droits des femmes et de l'égalité entre les sexes, de lutte contre la pauvreté, d'inclusion sociale, etc. Face à cette complexité et à la diversité des acteurs, les liens qui existent entre dialogue social et dialogue civil devraient se renforcer, afin d'assurer les synergies et la complémentarité des actions, dans le respect des compétences et des responsabilités de chacun. |
Bruxelles, le 10 septembre 2014.
Le Président du Comité économique et social européen
Henri MALOSSE
(1) http://ec.europa.eu/europe2020/pdf/2014/socjointcontrib_ags2014.pdf
(2) JO C 175 du 27.07.2007, p. 57.
(3) http://europa.eu/legislation_summaries/human_rights/fundamental_rights_within_european_union/c10107_fr.htm
(4) JO C 191 du 29.07.1992, p. 90.
(5) Parfois appelée subsidiarité «horizontale».
(6) Avis d'initiative du CESE sur «L'impact de l'investissement social sur l'emploi et les budgets publics», JO C 226 du 16.07.2014, p. 21.
(7) http://www.etuc.org/sites/www.etuc.org/files/other/files/layout_declaration_governance_21_10_13_clean_3.pdf
(8) Contribution commune des partenaires sociaux au Conseil européen de Laeken. Depuis lors, l'UNICE est devenue BUSINESSEUROPE et les articles 137 et 138 TCE ont été remplacés par les articles 153 et 154 TFUE.
(9) Voir note 7
(10) http://www.ueapme.com/docs/joint_position/061010_telework_implementation_report_final.pdf
(11) http://www.ueapme.com/IMG/pdf/Stress_Final_Implementation_report_231108.pdf
(12) http://www.etuc.org/sites/www.etuc.org/files/BROCHURE_harassment7_2_.pdf
(13) Framework Agreement on Telework (SEC(2008) 2178; Framework Agreement on Work-related Stress (SEC2011) 0241
(14) Voir note 7.
(15) JO C 89 du 19.03.1997, p.27; JO C 397 du 31.12.1994, p. 40.
(16) Cf. avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — responsabilité sociale des entreprises: une nouvelle stratégie de l'UE pour la période 2011-2014» COM(2011) 681 final, JO C 229 du 31.7.2012, p. 77.
(17) Un séminaire important s'est tenu au CESE en juin 2003, en partenariat avec l'association «Notre Europe» et avec la participation de Jacques Delors, sur le thème «dialogue social européen et dialogue civil: différence et complémentarité» (http://www.notre-europe.eu/media/semi19-fr.pdf)
(18) Cet accord reconnaît la nécessité pour les partenaires sociaux de «collaborer avec le “troisième secteur” pour soutenir ceux qui rencontrent des difficultés particulières en rapport avec le marché du travail» http://www.etuc.org/fr/accord-cadre-sur-des-marchés-du-travail-inclusifs