| CELEX | 52014AE1800 |
| Type | Avis institutionnel |
| Date | mercredi 9 juillet 2014 |
| 16.12.2014 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 451/96 |
Avis du Comité économique et social européen sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — «Faire de l'Europe ouverte et sûre une réalité»
[COM(2014) 154 final]
(2014/C 451/16)
| Rapporteur: | M. José Isaías RODRIGUEZ GARCÍA CARO |
Le 14 mars 2014, la Commission européenne a décidé, conformément à l'article 304 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, de consulter le Comité économique et social européen sur la:
«Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Faire de l'Europe ouverte et sûre une réalité»
COM(2014) 154 final.
La section spécialisée «Emploi, affaires sociales, citoyenneté», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 20 juin 2014.
Lors de sa 500e session plénière des 9 et 10 juillet 2014 (séance du 9 juillet 2014), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 85 voix pour, 1 voix contre et 7 abstentions.
1. Conclusions
| 1.1 | Fidèle à la position qu'il a défendue au fil du temps et réaffirmée dans ses avis sur les communications de la Commission concernant le programme de La Haye (1) et, ultérieurement; sur le programme de Stockholm (2), le Comité économique et social européen estime que la protection des droits fondamentaux garantis par la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne constitue la base et le point de départ des politiques de liberté, de sécurité et de justice. Le CESE estime que les politiques préconisées par les institutions européennes doivent garantir un équilibre entre droits fondamentaux et sécurité. L'arrêt de la Cour de justice de l'UE concernant la directive 2006/24/CE sur la conservation des données relatives aux communications électroniques et téléphoniques des citoyens pendant une période minimale de six mois dispose que la directive est invalide du fait qu'elle enfreint le principe de proportionnalité. La CJUE estime toutefois que la conservation de données est un objectif légitime qui répond à l'intérêt général. |
| 1.2 | Le Comité constate avec préoccupation la montée de l'intolérance, du racisme et de la xénophobie à l'encontre des immigrants en Europe; il constate également la détérioration, dans certains États membres, de la protection des droits fondamentaux. L'égalité de traitement et les politiques de lutte contre la discrimination sont les piliers des politiques d'intégration. Le CESE propose que la Commission mette en place un commissariat unique afin de visualiser, de renforcer et d'adopter des mesures en faveur de la protection des droits fondamentaux. |
| 1.3 | De même, le Comité considère que l'Union européenne doit mettre l'accent sur la consolidation d'un système international qui facilite et qui réglemente l'immigration et la mobilité, en se basant sur les conventions des Nations unies sur les droits de l'homme, la convention relative aux droits de l'enfant, la convention sur les droits des travailleurs migrants et les conventions de l'Organisation internationale du travail. |
| 1.4 | Le CESE, en tant que représentant de la société civile organisée, est un interlocuteur dont il y a lieu de tenir compte et qui doit être présent tout au long du processus des débats engagés par la Commission européenne, le Parlement européen et le Conseil sur une Europe ouverte et sûre. |
| 1.5 | Le CESE considère que la communication de la Commission aurait dû être un document plus concret. Nous estimons qu'il s'agit là d'un ensemble d'idées qui devraient être présentées de manière plus concrète et plus structurée. De même, nous considérons que la communication aurait dû mettre particulièrement l'accent sur les principaux problèmes qui empêchent, à l'heure actuelle, l'Europe d'être plus ouverte et plus sûre. |
| 1.6 | Les immigrants apportent une contribution positive au développement économique et social de l'Europe, laquelle doit relever l'important défi démographique du vieillissement de sa population. L'UE traverse une grave crise économique et affiche des taux de chômage élevés. Or, malgré cette situation, les marchés de l'emploi de plusieurs États membres demandent l'arrivée de nouveaux immigrants. Sans une politique sérieuse en matière d'immigration et en l'absence de mesures adéquates, lorsque la crise aura été surmontée et que le cycle économique changera, les problèmes structurels découlant de la situation démographique s'aggraveront. |
| 1.7 | L'Union européenne devrait se doter d'un régime commun en matière d'asile et d'une législation harmonisée, fondée sur les bases établies par le Traité pour une politique commune en la matière. La convention de Dublin doit être remplacée par un système plus solidaire au sein de l'UE et qui tienne compte aussi de la volonté des demandeurs d'asile. |
| 1.8 | De l'avis du CESE, l'existence d'une approche crédible en matière d'immigration irrégulière et de retour suppose d'agir de manière résolue contre les mafias organisées de traite et de trafic des êtres humains, en utilisant tous les instruments disponibles. Nous croyons fermement qu'une plus grande coordination entre les États membres serait nécessaire et utile pour tirer parti des moyens et des instruments existants afin de lutter contre ceux qui favorisent et facilitent l'immigration irrégulière de manière délictuelle. |
| 1.9 | L'UE doit assumer la responsabilité du contrôle aux frontières extérieures, qui sont les frontières de toute l'Union européenne dans l'espace Schengen. Frontex doit devenir un service européen de garde-frontières et donner la priorité à la protection de la vie des personnes en danger et au respect de la législation en vigueur. |
| 1.10 | Le CESE propose qu'Europol devienne une agence européenne sous couvert d’une autorité politique ou judiciaire de niveau européen, dont le rôle dépasserait celui de coordinateur qu'elle joue actuellement, dotée le plus rapidement possible de sa propre capacité opérationnelle pour enquêter sur tout le territoire de l'UE en collaboration avec les autorités policières des États membres. |
2. Introduction
| 2.1 | Peu d'années se sont écoulées depuis le lancement du programme de Stockholm fondé sur «une Europe ouverte et sûre qui sert et protège les citoyens». Et pourtant, la mise en œuvre de certaines des mesures qui y sont proposées, a permis à l'Union européenne d'élaborer des politiques visant une société plus ouverte et sûre pour nous tous qui habitons dans ce vaste espace de liberté et d'entente qu'est l'Union européenne. Une Union européenne où toute manifestation de discrimination, de racisme et de xénophobie, si infime soit-elle, doit être bannie. |
| 2.2 | Le renforcement de l'espace Schengen, l'accord sur un système européen commun d'asile, l'amélioration de la politique commune en matière de visas, l'augmentation de la coopération européenne dans la lutte contre la criminalité organisée dans ses expressions les plus dangereuses pour l'être humain (le terrorisme, la traite d'êtres humains, la cyber-délinquance, etc.), ainsi que le renforcement de la coopération avec des pays tiers en matière de migration constituent dans l'ensemble des avancées importantes, mais elles sont néanmoins insuffisantes. |
| 2.3 | Dans un monde de plus en plus interconnecté et interdépendant, où le flux d'informations est constant et les défis se posent parfois avant même d'avoir pu être prévus, nous devons poursuivre et redoubler d'efforts pour atteindre des niveaux de liberté et de sécurité accrus, aussi bien pour tous les citoyens de l'Union que pour ceux provenant de pays tiers qui souhaitent immigrer dans l'UE et s'intégrer dans notre société en vue d'y contribuer par leurs efforts, d'enrichir nos valeurs et d'améliorer leurs propres conditions de vie. |
| 2.4 | Alors que la période correspondant au programme de Stockholm (3), sur lequel le CESE a émis un avis (4), touche à sa fin, il est nécessaire de répondre à la question posée dans la communication de la Commission: comment faire de l'Europe ouverte et sûre une réalité? |
| 2.5 | La Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) (5), en date du 8 avril 2014, a déclaré invalide la directive européenne no 2006/24/CE (6) qui faisait obligation aux États membres d'imposer aux fournisseurs de réseaux et de services de communication de conserver au moins six mois les données relatives aux communications électroniques et téléphoniques des citoyens. La CJUE a estimé que la directive, en imposant la conservation de ces données et en en permettant l'accès aux autorités nationales compétentes, représente une atteinte particulièrement grave aux droits fondamentaux, au respect de la vie privée et à la protection des données à caractère personnel. En outre, le fait que les données soient conservées et puissent être utilisées ultérieurement sans que l'abonné ou l'utilisateur enregistré en soit informé est de nature à donner aux personnes concernées le sentiment que leur vie privée est soumise à une surveillance constante. La Cour a précisé que la conservation des données relatives au trafic (et donc, implicitement, la directive) représente une grave ingérence dans le droit fondamental à la vie privée consacré par l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. L'arrêt de la CJUE du 8 avril 2014 confirme l'importance du respect des droits et libertés des citoyens pour la construction européenne. La CJUE a déclaré la directive invalide car enfreignant le principe de proportionnalité, tout en estimant que la conservation de données est un objectif légitime qui répond à l'intérêt général. |
3. La communication de la Commission
| 3.1 | La communication est le fruit d'une réflexion à laquelle ont participé toutes les institutions et tous les organismes concernés par les politiques de l'Union européenne en la matière; les participants ont contribué au débat lors de la conférence sur le thème «Une Europe ouverte et sûre: et maintenant?» qui s'est tenue à Bruxelles en janvier 2014 et à laquelle le CESE a participé, ainsi qu'à travers une très large consultation publique. |
| 3.2 | La communication comporte une introduction dans laquelle sont résumés, de manière très synthétique, le cheminement et les progrès enregistrés sur la voie de la réalisation des objectifs ambitieux contenus dans le programme de Stockholm, et qui servent de réflexion d'introduction à la seconde partie du document, laquelle comporte une série de priorités politiques. |
| 3.3 | Ces priorités ont été regroupées sous les rubriques suivantes:
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4. Remarques
4.1 Une politique migratoire et de la mobilité efficace
| 4.1.1 | Au cours des années écoulées, le CESE s'est prononcé à plusieurs reprises sur les politiques d'immigration, de mobilité et d'intégration. Il souhaite par conséquent réitérer ses prises de position en la matière, et notamment les propositions qu'il a formulées et qui n'ont pas été prises en considération jusqu'à présent. À cet égard, le CESE ne peut qu'exprimer son accord avec la nécessité d'optimiser les bénéfices de la migration et de l'intégration, étant donné qu'ils ne peuvent que conduire à une croissance intelligente, durable et inclusive, comme le précise le document de la Commission. Nous ne devons toutefois pas oublier que dans une Europe où les idéologies racistes et xénophobes ont le vent en poupe, la tolérance vis-à-vis de ces mouvements doit être nulle et que la lutte contre la discrimination, le racisme et la xénophobie doit être une ligne d'action prioritaire de toutes les mesures envisagées pour parvenir à une Union plus ouverte et plus sûre. |
| 4.1.2 | Attirer des talents et des travailleurs hautement qualifiés, faire venir et retenir les étudiants de pays tiers pour qu'ils travaillent ensuite dans l'Union européenne, faciliter la reconnaissance des diplômes dans ces pays, assister et aider les candidats à l'émigration dans leur pays d'origine afin de simplifier leur entrée dans l'Union sont des mesures importantes et précieuses pour enrichir les États de l'Union sur les plans intellectuel et économique. Il convient dès lors que le CESE les soutienne. Toutefois, il est important de préciser à cet égard qu'attirer des talents et des personnes qualifiées de pays tiers ayant une grande capacité pour générer de la valeur intellectuelle et des richesses et faire venir des personnes originaires de pays luttant pour émerger et améliorer leur niveau de richesse et de prospérité sont deux choses différentes. Dans ce sens, cette stratégie est entièrement bénéfique pour les États de l'Union, alors que pour les pays tiers elle peut représenter la perte d'un important capital humain. Une collaboration entre l'UE et les pays tiers dans le cadre des partenariats de mobilité est nécessaire. |
| 4.1.3 | Le CESE se déclare préoccupé par les répercussions que peut avoir cette stratégie sur les pays tiers en voie de développement qui ont besoin de retenir le capital humain formé et qualifié pour sortir de la situation de besoin dans laquelle ils se trouvent. Retenir ce capital en instaurant des mesures compensatoires dans les pays d'origine afin que la croissance de ces derniers ne s'en trouve pas affectée doit être une priorité lors de la définition de politiques visant à attirer des talents externes à l'UE. Il ne faut pas oublier qu'à long terme, la solution pour que les citoyens originaires des pays sous-développés puissent bénéficier d'un avenir meilleur ne consiste pas à les attirer et à les intégrer à l'UE pour qu'ils y trouvent du travail et de meilleures conditions de vie, mais à œuvrer pour que leurs pays atteignent des niveaux de développement leur permettant de ne pas voir l'émigration comme unique possibilité de subsistance. |
| 4.1.4 | Le lien complémentaire et indissoluble existant entre l'intégration et l'immigration a déjà été reconnu par le conseil «Justice et Affaires intérieures» de juin 2007. Au fil du temps, le CESE s'est prononcé à plusieurs reprises sur cette question dans divers avis et a exposé son point de vue à cet égard. En ces temps de difficultés économiques, il est plus nécessaire que jamais d'affirmer et de rappeler que «l'égalité de traitement et les politiques de lutte contre la discrimination sont les piliers des politiques d'intégration.» Cette recommandation figure dans l'avis exploratoire du CESE sur «L'intégration des travailleurs immigrants» (7) élaboré en 2010. Cet avis conservant toute son actualité, son contenu est intégré au présent document. |
| 4.1.5 | Le Forum européen de l'intégration est une excellente plate-forme pour les organisations de la société civile et les immigrants. Le Comité réitère son engagement de continuer à collaborer avec la Commission aux activités du Forum et au développement de l'agenda européen de l'intégration. |
| 4.1.6 | De l'avis du CESE, l'existence d'une approche crédible en matière d'immigration irrégulière et de retour suppose d'agir de manière résolue, en utilisant tous les instruments disponibles, contre les mafias organisées qui se servent des personnes comme de marchandises génératrices de revenus en les faisant entrer sur le territoire de l'Union européenne de manière irrégulière et contre les trafiquants d'êtres humains qui se livrent à l'exploitation sexuelle des femmes et des mineurs et contre ceux qui ont recours à de la main-d'œuvre irrégulière dans des conditions proches de l'esclavage, en garantissant aux victimes la protection de la législation humanitaire internationale et des conventions européennes des droits de l'homme, s'agissant de groupes vulnérables qui nécessitent une protection spéciale. Nous croyons fermement qu'une plus grande coordination entre les États membres serait utile et même nécessaire pour tirer parti des moyens et des instruments existants afin de lutter contre ceux qui favorisent et facilitent l'immigration irrégulière de manière délictuelle. |
| 4.1.7 | De l'avis du Comité, la coopération avec des pays tiers est la clef pouvant conduire à une solution humanitaire et réglementée au retour dans leur pays d'origine de ceux qui ont opté pour une entrée irrégulière sur le territoire des États membres de l'Union. Le Comité soutient les recommandations de l'Organisation internationale des migrations (OIM) visant à promouvoir l'aide au retour volontaire. |
| 4.1.8 | À cet égard, il convient de souligner la nécessité d'une politique de coopération avec les pays d'Afrique subsaharienne, du sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient, au moins comparable à celle qui est menée avec des pays européens non membres de l'UE ou des pays asiatiques. L'Espagne, la Grèce, l'Italie, Chypre et Malte sont soumis à une forte pression migratoire irrégulière en provenance de cette région du monde qui, à travers la Méditerranée et les Balkans, provoque des situations dramatiques comme celles qui se produisent sur les côtes de Lampedusa et qu'il convient d'éviter par tous les moyens. Le Comité invite la Commission et le Conseil à faire en sorte que l'Union européenne s'implique davantage dans un problème qui relève de l'Union européenne tout entière et, par conséquent, de tous les États membres et non seulement des États frontaliers, qu'elle apporte des solutions et fasse moins de reproches aux États. |
| 4.1.9 | La task-force Méditerranée a été créée à la suite de la catastrophe de Lampedusa d'octobre 2013. Le groupe a publié une communication sur les travaux effectués (8), dans laquelle il propose un ensemble de mesures à court, moyen et long termes dans cinq domaines d'action principaux, dans la ligne des priorités de la communication de la Commission qui fait l'objet du présent avis. Le CESE considère qu'il est essentiel de compléter les actions à court terme par des mesures à long terme destinées à s'attaquer aux causes profondes de la migration non volontaire (pauvreté, violations des droits de l'homme, conflits, absence de possibilités économiques, mauvaises conditions de travail, chômage, etc.). |
| 4.1.10 | Il est certes plus efficace de combattre la migration irrégulière à la source plutôt que pendant le transit et/ou à l'arrivée au lieu de destination, une migration mettant gravement en danger la vie de ceux qui empruntent cette voie depuis les pays subsahariens. Le CESE appuiera toute mesure permettant d'agir dans les pays d'origine, que ce soit en intervenant de manière plus résolue dans les crises humanitaires, en améliorant les conditions de vie dans les pays d'origine et, en définitive, en faisant ce que l'on a si souvent dit sans pour autant le faire face à la migration désespérée de centaines de milliers, voire de millions de personnes. |
4.2 Schengen, visas et frontières extérieures
| 4.2.1 | S'il y a bien quelque chose que les citoyens associent au nom de Schengen, c'est la libre circulation des personnes dans les États signataires. La liberté de circulation et de résidence des citoyens de l'Union est un droit protégé et réglementé par les traités. Parachever la politique commune en matière de visas et la rendre plus flexible, évaluer individuellement chaque demande sans préjugés quant à certaines nationalités, mettre en place des centres consulaires de visas Schengen, revoir la liste des pays dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa, sont autant d'aspects importants qui méritent une action conjointe pour améliorer leur degré d'acceptation et de mise en œuvre. |
| 4.2.2 | Compte tenu des mesures adoptées par certains États membres, le Comité craint qu'il ne faille pas s'attendre à ce que l'on permette aux ressortissants des pays tiers l'accès aux États membres de l'Union, si dans le même temps, certains États membres menacent des ressortissants d'autres pays membres de l'Union de les expulser vers leur pays d'origine parce qu'ils sont au chômage ou que nous leur en avons tout simplement interdit l'entrée. Le CESE estime, à son grand regret, qu'en l'absence de liberté totale de circulation pour les citoyens de l'Union, il n'est pas crédible d'envisager de l'appliquer aux ressortissants de pays tiers. |
| 4.2.3 | En ce qui concerne les frontières extérieures de l'Union européenne, le CESE se demande si la participation de cette dernière à la protection de ses frontières méridionale et orientale est bien adaptée à la réalité d'aujourd'hui. En dépit du renforcement du rôle de Frontex, rendu possible par la modification du règlement (CE) no 2007/2004 du Conseil, il convient de se demander si la gestion intégrée des frontières extérieures au sein de l'Union est possible aujourd'hui. Le CESE rappelle et réitère les recommandations formulées dans son avis (9) sur la proposition de modification de ce règlement et estime que Frontex doit devenir un service européen de garde-frontières composé d'un contingent européen de garde-frontières. |
| 4.2.4 | La mise en œuvre du paquet «Frontières intelligentes», sur lequel le CESE a émis en son temps un avis (10), fondé sur un programme d'enregistrement des voyageurs (RTP) qui permet aux voyageurs fréquents originaires de pays tiers d'entrer sur le territoire de l'UE, grâce à des contrôles frontaliers simplifiés, moyennant un examen et un passage au crible préalables, et sur l'utilisation d'un système d'entrées/sorties (SEE) qui enregistre le moment et le lieu d'entrée et de sortie des ressortissants de pays tiers qui se rendent dans l'UE, permettra d'accélérer, de faciliter et de renforcer tant les procédures de contrôle aux frontières que le passage des frontières pour les ressortissants des pays tiers qui se rendent dans l'UE. Le CESE, convaincu que l'introduction de nouvelles technologies facilitera une gestion plus moderne des frontières de l'Union, marque son soutien à la mise en œuvre de ce paquet de mesures. Il invite dès lors les institutions européennes à mettre en œuvre les instruments juridiques propres à faciliter une introduction plus rapide de ces technologies. |
4.3 Un système commun d'asile européen
| 4.3.1 | Nous estimons que des progrès importants ont été accomplis afin de doter l'Union d'un cadre législatif qui améliore l'accès au droit d'asile pour les personnes ayant besoin de protection en accélérant et en rendant plus fiables les décisions relatives à l'octroi de l'asile. Malgré cela, au moment de transposer la législation européenne au niveau national et de procéder à son application, le CESE rappelle et réitère l'observation qu'il a formulée dans son avis (11) sur la communication de la Commission intitulée «Plan d'action en matière d'asile. Une approche intégrée de la protection au niveau de l’Union» (12) qui, en matière d'application de la législation en matière d'asile dans les États membres, recommande ce qui suit: «L'UE doit élaborer une législation commune n'impliquant aucune diminution des normes de protection et ce sera donc aux États membres ayant des niveaux de protection insuffisants de modifier leur législation. Les États membres disposeront toujours d'une certaine marge de manœuvre pour l'application de la législation européenne sur l'asile, mais le CESE soutiendra seulement la législation communautaire garantissant un niveau de protection élevé et réduisant les marges d'appréciation actuelles qui empêchent de l'appliquer correctement.» |
| 4.3.2 | Il est nécessaire de consolider le régime d'asile européen commun de manière à être certain que tous les États appliquent les mêmes critères et que la sécurité juridique des demandeurs d'asile soit garantie. Le CESE comprend que la solidarité entre États est peut-être l'un des aspects qui requièrent le plus d'efforts. Effectivement, il peut y avoir des situations de plus grande pression sur un État, et cela peut être dû à une multiplicité de facteurs. Dans ce contexte, et comme pour la défense des frontières extérieures, il est nécessaire de renforcer l'Union. |
| 4.3.3 | Toutefois, à la lumière de l'expérience acquise en matière d'immigration irrégulière, il convient de se demander si, dans les circonstances actuelles, il est possible de parvenir à une plus grande solidarité et à un meilleur partage des responsabilités dans ce domaine. Dès lors, pour répondre à la question de savoir comment l'on peut encourager la solidarité et la responsabilité entre les États membres, nous estimons avec la Commission qu'il convient de favoriser la relocalisation dans d'autres pays où la pression est moindre, ainsi que la création commune de centres d'accueil. Comme le faisait remarquer le CESE dans son avis d'initiative sur le thème de l'immigration irrégulière par voie maritime dans la région euro-méditerranéenne (13): «Il ne s'agit pas seulement là d'un impératif de solidarité mais de responsabilités que les États membres doivent assumer, par des mécanismes de partage des contraintes dues à l'immigration irrégulière». |
| 4.3.4 | Concernant la manière de répondre à l'afflux massif de personnes en situation de crise, comme dans le cas de la Syrie, et dans le domaine des demandes d'asile, à travers des instruments plus souples, comme le précise la Commission dans sa communication, il ne faut pas oublier que le CESE, en son temps, a déjà soutenu la création d'une procédure commune d'asile unique pour éviter la prolifération de demandes multiples dans les États membres (14). La souplesse dont fait preuve la Commission doit se limiter aux domaines de la protection temporaire et nécessite un plus grand effort de la part des autorités afin d'évaluer les demandes des personnes ayant réellement besoin d'asile et d'identifier celles qui tentent de contourner la loi. |
4.4 Le renforcement de l’approche globale de la question des migrations et de la mobilité
| 4.4.1 | Il est un fait avéré que la mobilité et les migrations des personnes ne sont pas seulement motivées par le désir d'un avenir meilleur. L'instabilité, les chocs politiques, le changement climatique ainsi que de nombreux autres facteurs ont été, au fil des siècles et encore aujourd'hui, à l'origine d'importants mouvements de personnes. Ce qui différencie ces mouvements de ceux qui se produisent aujourd'hui, c'est la garantie et le respect des droits fondamentaux de l'être humain. C'est la raison pour laquelle l'Union européenne, qui représente le plus grand espace de liberté et de sécurité de la planète, doit collaborer avec les pays d'origine pour favoriser une mobilité ordonnée qui garantisse le respect des droits des citoyens de ces pays et les éloigne des réseaux criminels organisés de traite des êtres humains. |
| 4.4.2 | Le CESE, dans son avis (15) sur l'approche globale de la question des migrations et de la mobilité (16), écrivait noir sur blanc qu'il partageait «l'approche globale de la migration et de la mobilité (AGMM), qui lie étroitement les politiques en matière d'immigration et d'asile avec la politique extérieure de l'UE». À cet égard, le CESE a réaffirmé sa position à plusieurs reprises dans de nombreux avis; nous maintenons notre appui au développement d'un lien de plus en plus fort entre les dimensions interne et externe de la politique d'immigration et de mobilité et au renforcement de la cohérence entre les politiques d'immigration et d'asile de l'Union et les politiques de coopération au développement. |
4.5 Une Europe protectrice
| 4.5.1 | La stratégie de sécurité intérieure en vigueur adoptée en 2010 propose une action commune pour contrer les principales menaces qui pèsent sur la sécurité. Elle se fonde sur cinq objectifs stratégiques, toujours d'actualité, qu'il conviendrait néanmoins de réexaminer afin de produire une version actualisée de la stratégie reflétant les défis du prochain quinquennat, encourageant les synergies avec d’autres domaines importants dont le soutien et le développement dépendent essentiellement de la sécurité. |
| 4.5.2 | Le Comité estime avec la Commission que le démantèlement des réseaux criminels internationaux qui opèrent sur le territoire de l'Union doit être l'une des priorités des États membres dans leur ensemble et que la coordination des efforts pour y parvenir doit être un objectif de l'Union européenne. La délinquance organisée a toujours une longueur d'avance sur les mesures juridiques et policières adoptées. Pour faire face à l'internationalisation de la criminalité organisée, les États doivent fournir un effort soutenu de coopération et de collaboration, et cela requiert une importante coordination orchestrée par l'Union. |
| 4.5.3 | Nous ne pouvons pas accepter que des législations divergentes, des compétences de police, des recours répétés devant les tribunaux, ainsi qu'un arsenal juridique enchevêtré permettent d'éviter ou de retarder le démantèlement des réseaux criminels. Puisqu'il existe une délinquance sans frontières, nous devons progresser plus vite dans une justice sans frontières au sein de l'Union. De l'avis du CESE, nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à retarder l'adoption de solutions globales à la délinquance organisée. |
| 4.5.4 | Le Comité estime que la formation et l'information ne sont pas en soi suffisantes pour parvenir au démantèlement des réseaux criminels; nous plaidons dès lors pour que, sans abandonner le développement du programme européen de formation de fonctionnaires disposant de fonctions coercitives, l'on envisage la possibilité de transformer Europol en une police d'investigation opérationnelle disposant de compétences sur l'ensemble du territoire de l'Union afin de poursuivre la criminalité organisée transfrontalière, en particulier en ce qui concerne la traite des êtres humains, et de transformer leurs fonctions de coordination en actions pleinement opérationnelles. À cet égard, nous reproduisons textuellement dans le présent document la recommandation contenue dans l'avis exploratoire sur la «Participation de la société civile à la lutte contre le crime organisé et le terrorisme» (17): «Le CESE propose qu'Europol devienne une agence européenne sous couvert d’une autorité politique ou judiciaire de niveau européen, dont le rôle dépasserait le simple rôle de coordinateur qu'elle joue actuellement, dotée le plus rapidement possible de sa propre capacité opérationnelle pour enquêter sur tout le territoire de l'UE en collaboration avec les autorités policières des États membres». |
| 4.5.5 | La conception permanente d'horizons, de buts et d'objectifs à long terme peut finir par lasser les citoyens, qui n'attendent quant à eux que des solutions. Sur ces aspects aussi, qui revêtent une telle importance pour la vie quotidienne des personnes, il est nécessaire d'introduire plus de flexibilité et d'éliminer les procédures bureaucratiques si nous ne voulons pas voir grossir le nombre des eurosceptiques. |
| 4.5.6 | La Commission, dans son dernier rapport au Conseil et au Parlement européen sur la lutte contre la corruption dans l'Union européenne, relève que la corruption demeure un problème au niveau européen. L'abus de pouvoir à des fins d'enrichissement personnel doit être poursuivi et puni, d'autant plus s'il conduit à favoriser la criminalité organisée. Le CESE appuie pleinement la coopération interinstitutionnelle et la coopération avec les États membres afin de lutter contre cette tare qui mine la crédibilité de notre système politique. |
| 4.5.7 | Le CESE exprime son appui et son accord aux initiatives destinées à la prévention du terrorisme et à la lutte contre la radicalisation et le recrutement, dès lors qu'elles sont légitimes et démocratiques. Il ne fait aucun doute qu'il importe d'encourager au sein de l'UE et hors de ses frontières toute action légitime et démocratique visant à empêcher que les jeunes puissent adhérer à des mouvements ou partis extrémistes les conduisant et les incitant directement à des pratiques terroristes. Il est prioritaire de déceler les éléments de risque et les foyers de recrutement d'adeptes aux idées extrémistes pour garantir notre sécurité individuelle et collective. Dans ce domaine, l'information doit être fluide pour que des mesures sévères puissent être prises dès les premiers signes d'activités de radicalisation et de recrutement afin de les étouffer dans l'œuf. À cet égard, le Comité rappelle et réaffirme les recommandations contenues dans son avis sur la communication de la Commission intitulée «Politique antiterroriste de l'UE: principales réalisations et défis à venir». |
| 4.5.8 | N'oublions pas que le terrorisme peut aussi bien venir de l'extérieur de nos frontières que se générer à l'intérieur de celles-ci, comme le prouve l'histoire récente de l'Europe. Il y a lieu dès lors de prévenir que la radicalisation et le recours à l'extrême violence, lors d'affrontements de rue dans les villes européennes, soit un foyer de recrutement en vue d'actions futures de groupes ouvertement terroristes. La violence de rue ignore les frontières; souvent, les éléments violents peuvent passer d'un État membre à un autre en profitant des événements qui se produisent dans les différents pays. C'est la raison pour laquelle le Comité estime nécessaire de renforcer la coordination entre les polices des différents États afin de détecter, de prévenir et de réprimer ces groupes violents qui peuvent, ultérieurement, se muer en groupes terroristes. |
| 4.5.9 | Le CESE exprime son soutien aux mesures ayant pour but d'accroître le niveau de sécurité pour les citoyens et les entreprises dans le cyberespace. Face à l'augmentation prévisible de la délinquance sur Internet, les actions de l'Union européenne contre la cybercriminalité méritent de faire l'objet de tout le soutien possible. De même, la coopération avec les pays tiers doit permettre d'apporter une réponse globale à un problème de délinquance d'envergure mondiale, qui dépasse les frontières. Dans ce domaine, la prévention est essentielle si l'on veut éviter que les cyberdélinquants ne disposent d'une avance dans l'application des nouvelles technologies. Le Centre européen de lutte contre la cybercriminalité, malgré son jeune âge et son peu d'expérience, doit être renforcé tant sur le plan des moyens que sur celui du financement. |
| 4.5.10 | Le CESE, en tant que représentant de la société civile organisée de l'UE, ne peut comprendre que certains États membres de l'Union n'aient pas encore ratifié la Convention du Conseil de l'Europe contre la cybercriminalité. |
| 4.5.11 | Dans une Europe fondée sur les libertés, notamment la libre circulation des personnes et des marchandises, le renforcement de la sécurité grâce à la gestion des frontières doit devenir une action politique commune garantissant la sécurité à tous les citoyens de l'Union. Pour gérer efficacement les frontières extérieures, dans un contexte où les marchandises peuvent transiter par n'importe quelle douane et circuler librement à travers l'Union, il est nécessaire de disposer d'instruments communs solides et partagés qui ne permettent pas que certaines frontières soient étanches et que d'autres soient de véritables passoires. |
| 4.5.12 | La réponse commune à des situations graves doit pouvoir intervenir sans qu'il soit nécessaire de réglementer en la matière, grâce à une action spontanée des citoyens et sans demande préalable d'une autorité quelconque. Toutefois, l'action coordonnée et la réponse conjointe à des situations de crise et de catastrophes apportent une valeur ajoutée permettant d'accroître l'efficacité et l'efficience des réactions à ces situations. |
| 4.5.13 | Le CESE estime avec la Commission que la construction de la sécurité intérieure doit également pouvoir agir en dehors de nos frontières, c'est-à-dire dans un contexte mondial. Dans tous les domaines liés à la liberté et à la sécurité, la coopération entre États membres et avec les pays tiers est devenue indispensable pour pouvoir continuer à avancer dans un monde meilleur et plus juste, dans lequel le crime organisé et le terrorisme ne mettent pas en péril le niveau de liberté que nous avons réussi à atteindre tous ensemble au prix d'efforts considérables. |
Bruxelles, le 9 juillet 2014.
Le Président du Comité économique et social européen
Henri MALOSSE
(1) JO C 65 du 17.3.2006, pp. 120-130.
(2) JO C 128 du 18.5.2010, pp. 80-88.
(4) JO C 128 du 18.5.2010, pp. 80-88.
(5) http://curia.europa.eu/jcms/upload/docs/application/pdf/2014-04/cp140054fr.pdf
(6) Directive 2006/24/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 sur la conservation de données générées ou traitées dans le cadre de la fourniture de services de communications électroniques accessibles au public ou de réseaux publics de communications, et modifiant la directive 2002/58/CE (JO L 105 du 13.4.2006, p. 54).
(7) JO C 354 du 28.12.2010 pp. 16-22.
(8) COM(2013) 869.
(9) JO C 44 du 11.2.2011, pp. 162-166.
(10) JO C 271 du 19.9.2013, p. 97.
(11) JO C 218/78 du 11.9.2009.
(12) COM(2008) 360 final.
(13) JO C 67 du 6.3.2014, p. 32.
(14) JO C 218/78 du 11.9.2009.
(15) JO C 191 du 29.6.2012, p. 134.
(16) COM(2011) 743 final.
(17) JO C 318 du 23.12.2006, p. 147.