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AccueilDroit européen52014AE4791
Avis institutionnel52014AE4791

Avis du Comité économique et social européen sur les politiques européennes d'immigration (avis exploratoire)

CELEX52014AE4791
TypeAvis institutionnel
Datejeudi 11 septembre 2014

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) émet un avis exploratoire sur les politiques européennes d'immigration, soulignant la nécessité d'une approche globale et cohérente qui concilie les besoins du marché du travail, l'intégration des migrants et le respect des droits fondamentaux. Il préconise une meilleure coordination entre les États membres, le développement de voies légales d'immigration et une politique d'intégration renforcée, tout en insistant sur l'importance de lutter contre l'immigration irrégulière et la traite des êtres humains. Cet avis, bien que non contraignant, offre une perspective institutionnelle sur les orientations souhaitables pour la future législation européenne en la matière.

Texte intégral

19.12.2014

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 458/7


Avis du Comité économique et social européen sur les politiques européennes d'immigration

(avis exploratoire)

(2014/C 458/02)

Rapporteur général:

Giuseppe IULIANO

Le 3 juin 2014, la présidence italienne de l'UE a décidé, conformément à l'article 304 du traité sur le fonctionnement l'Union européenne, d'inviter le Comité économique et social européen à élaborer un avis exploratoire sur le thème:

Les politiques européennes d'immigration

(avis exploratoire).

Le 8 juillet 2014, le Bureau du Comité économique et social européen a chargé la section spécialisée «Relations extérieures», de préparer ses travaux en la matière.

Compte tenu de l'urgence des travaux (art. 59 du règlement intérieur), le Comité économique et social européen a décidé, au cours de sa 501e session plénière des 10 et 11 septembre 2014 (séance du 11 septembre 2014), de nommer M. Giuseppe IULIANO rapporteur général, et a adopté le présent avis par 161 voix pour, 6 voix contre et 6 abstentions.

1. Conclusions et recommandations

1.1

La nouvelle phase de la politique européenne d'immigration doit proposer une vision stratégique à moyen et à long terme et veiller, d'une manière générale et globale, à prévoir des canaux d'entrée réguliers, ouverts et flexibles. Prenant appui sur les travaux du CESE et du Forum européen sur l'intégration, le présent avis exhorte les représentants des institutions européennes et des gouvernements nationaux à prendre en compte le rôle primordial que jouent les partenaires sociaux et la société civile organisée pour conférer une perspective sociale et une valeur ajoutée aux politiques européennes d'immigration, ainsi que l'incidence de celles-ci sur le marché du travail, les conditions de vie et d'emploi et les droits fondamentaux.

1.2

Le CESE considère que, quinze ans après la pose des premiers jalons d'une politique européenne d'immigration, le moment est venu de mettre en œuvre les valeurs et principes politiques prévus par le traité de Lisbonne grâce à des mesures politiques concrètes et précises, au-delà des débats sur les compétences relevant de l'UE et des autorités nationales. De l'avis du CESE, il est nécessaire d'atteindre des résultats concrets si l'on veut déployer une politique véritablement commune et conjointe en matière d'immigration, d'asile et de frontières extérieures.

1.3

L'UE peut apporter une valeur ajoutée non négligeable au travers d'une politique d'immigration commune. Le CESE souhaite que l'on aborde en priorité la question de la non-discrimination sur le marché du travail et les obstacles à l'entrée sur celui-ci. L'Union doit se doter d'un code européen commun en matière d'immigration et d'un manuel d'orientations européennes communes pour garantir sa mise en œuvre et son accessibilité. Ces mesures doivent aller de pair avec une stratégie européenne visant à rendre l'UE attrayante pour les talents et à lutter contre les obstacles qui se posent en matière de qualifications. L'UE devrait créer une plateforme européenne permanente pour les migrations de main-d'œuvre. Dans ce contexte, le CESE propose de jouer le rôle de forum au sein duquel les partenaires sociaux pourront débattre, analyser les politiques nationales en matière d'immigration de main-d'œuvre et échanger de bonnes pratiques.

1.4

L'UE a entamé la deuxième phase du régime d'asile européen commun (RAEC). Les pratiques suivies et les niveaux de protection appliqués par les États membres continuent de diverger. Il est nécessaire de garantir la mise en œuvre du principe de solidarité et de responsabilité partagée en vue d'une répartition plus équitable des demandes d'asile entre les États membres. Il convient de remplacer la convention de Dublin par un régime plus solidaire qui tienne compte des souhaits des demandeurs d'asile et garantisse une répartition mieux proportionnée des responsabilités. Il importe également de renforcer les compétences du Bureau européen d'appui en matière d'asile (BEA), en accordant une attention particulière à ses activités opérationnelles d'appui et aux équipes de soutien commun en matière d'asile dans les États membres qui ont besoin d'un soutien spécifique ou d'urgence. Il est essentiel que l'Union veille à ce que les États membres utilisent les visas humanitaires de manière plus harmonisée, cohérente, indépendante et flexible, comme le prévoit le code commun des visas.

1.5

La politique européenne en matière de frontières doit s'inscrire dans le cadre d'une responsabilité mieux partagée concernant le contrôle et la surveillance des frontières ainsi qu'une gestion respectueuse des principes et des droits. Les États membres qui constituent la frontière extérieure commune sont confrontés à des situations difficiles s'agissant des flux migratoires et des demandes d'asile. L'Union européenne doit mette en œuvre des procédures de solidarité en matière financière, opérationnelle et d'accueil. Il convient de renforcer le rôle de l'agence Frontex, qui doit devenir un service européen commun de garde-frontières composé d'un contingent européen de gardes-frontières à l'appui des États membres. Ce renforcement doit aller de pair avec le développement d'un système de responsabilité (accountability) plus efficace et systématique concernant les activités de l'agence et la mise en œuvre des dispositions du règlement 656/2014 établissant des règles pour la surveillance des frontières maritimes extérieures dans le cadre de la coopération opérationnelle coordonnée par l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne.

1.6

L'Union européenne doit promouvoir un cadre réglementaire international pour les migrations et jouer un rôle actif à cet égard en encourageant la ratification et la mise en œuvre par les États membres des normes et instruments internationaux relatifs aux droits des migrants. L'UE doit conclure une alliance stratégique avec d'autres acteurs internationaux concernés par la mobilité des personnes et les droits de l'homme, comme les Nations unies ou le Conseil de l'Europe.

1.7

Les défis posés par la mobilité transfrontière des personnes ne peuvent être envisagés uniquement du point de vue de l'externalisation des contrôles et de la surveillance des frontières. L'approche globale de la migration et de la mobilité doit évoluer de ce point de vue. L'UE doit offrir à ces pays et à leurs ressortissants d'autres possibilités d'émigration aux fins d'emploi et d'éducation grâce à des procédures légales, flexibles et transparentes. Les partenariats pour la mobilité doivent être plus équilibrés et juridiquement contraignants pour les parties prenantes. Le service européen pour l'action extérieure doit dès lors assurer une meilleure coordination entre les priorités de la politique étrangère et celles de la politique d'immigration, en suivant une approche dont les droits de l'homme sont la pierre angulaire.

2. Introduction: vers une nouvelle politique d'immigration, d'asile et des frontières à l'horizon 2020

2.1

La présidence italienne a demandé au Comité économique et social européen (CESE) d'élaborer un avis exploratoire sur la future politique européenne en matière d'immigration, d'asile et des frontières. Le CESE entend apporter sa contribution sous forme de propositions stratégiques en se basant sur les avis qu'il a élaborés précédemment en matière d'immigration (1). Le rôle des partenaires sociaux et des représentants de la société civile organisée, ainsi que le dialogue social doivent être pris en compte tout au long du processus de discussion qui précédera la prochaine phase de la politique européenne d'immigration 2020. La «perspective sociale» est essentielle pour donner une valeur ajoutée à ces politiques et définir leur proportionnalité et leur incidence.

2.2

Le CESE a rappelé à plusieurs reprises que la politique européenne d'immigration devait être dotée d'une vision stratégique à moyen et à long terme et mettre l'accent sur la mise à disposition, d'une manière générale et globale, de canaux d'entrée légaux, ouverts et flexibles, garantir la protection des droits fondamentaux, offrir des solutions durables et solidaires concernant l'accès à la protection internationale, tenir compte de la situation sur les marchés du travail et aborder les défis inhérents aux politiques d'intégration et leurs incidences sur les groupes de population vulnérables, le racisme et la xénophobie.

2.3

Le Comité a pris un engagement important afin que les politiques d'immigration soient mises en œuvre avec la participation des migrants, notamment dans le cadre du Forum européen sur l'intégration (2), que la Commission a décidé d'établir en 2009 et qui a son siège au CESE. Le Forum s'est affirmé comme une plateforme européenne facilitant le dialogue pluriel et la participation active des organisations de la société civile organisée et de migrants à des débats de fond sur les politiques européennes d'intégration. Le Forum est engagé dans un processus de transformation qui doit déboucher sur la gestion de l'ensemble des politiques d'immigration. Sur la base d'une analyse d'impact du fonctionnement et des résultats du Forum, le CESE souhaite renforcer son engagement avec celui-ci, en particulier ses liens avec les organisations de migrants, assurer le suivi des politiques et améliorer la collaboration avec le Parlement et le Comité des régions.

3. Une politique commune en matière d'immigration

3.1

Quinze ans se sont écoulés depuis que le traité d'Amsterdam a jeté, en 2009, les bases d'une politique commune en matière d'immigration, d'asile et de frontières. De l'avis du CESE, lors de l'élaboration de la future stratégie européenne en matière d'immigration, il convient de revenir aux principes fondateurs définis par le programme de Tampere en 1999 (3), en particulier les principes de traitement juste et équitable des ressortissants des pays tiers, le principe de solidarité et de responsabilité partagée, les droits fondamentaux prévus par la Charte européenne des droits fondamentaux et l'État de droit. Le traité de Lisbonne constitue le fil conducteur commun. Il y a lieu de mettre pleinement en œuvre les principes généraux énoncés dans les traités.

3.2

Le CESE fait observer que les ambitions et valeurs européennes se limitent très souvent à de beaux discours et sont contredites par les pratiques et les législations (4). Le CESE invite le Conseil et les représentants des États membres à franchir une étape décisive et à aller au-delà de la rhétorique et des déclarations de principe afin d'adopter des mesures concrètes qui, une fois mises en œuvre, produiront des résultats effectifs. Cette opération doit avoir lieu non seulement en étroite collaboration avec les institutions, à savoir la Commission européenne et le Parlement européen, mais également avec les partenaires sociaux et la société civile organisée qui sont également des alliés précieux dans ce domaine.

3.3

Les défis migratoires qui se posent en Méditerranée et aux frontières extérieures communes de l'UE sont bien documentés et font l'objet de débats médiatiques et politiques qui frisent bien souvent l'irrationnel et le populisme nationaliste. Le CESE appelle de ses vœux un débat rationnel, basé sur des données et des études objectives et indépendantes. Il convient clairement de donner la priorité aux mesures requises pour consolider et développer une politique en matière d'immigration, d'asile et de frontières extérieures qui soit véritablement commune et conjointe. Le CESE considère que le moment est venu de définir une nouvelle stratégie européenne en matière de politique d'immigration commune qui soit liée à la stratégie Europe 2020 et axée sur la mise en œuvre dans la pratique des principes.

3.4

Dans des domaines où les intérêts politiques des représentants des États membres revêtent une telle importance, il est essentiel que les droits fondamentaux de tous les ressortissants de pays tiers soumis à ces politiques (y compris les migrants sans papiers) deviennent la pierre angulaire de toute future politique (5). Il convient d'accorder la priorité aux défis liés à l'amélioration des conditions de vie et de travail des millions de migrants qui travaillent dans l'UE (6). Le CESE accorde une importance particulière aux questions relatives à l'incidence des politiques d'immigration sur les politiques sociales et de l'emploi, et a élaboré un avis qui analyse l'emploi et les conséquences des politiques migratoires sur l'exclusion ou l'intégration socio-économique des travailleurs et de leurs familles (7).

3.5

Les politiques relatives aux conditions d'entrée et de séjour des ressortissants de pays tiers relèvent de la compétence partagée entre les États membres et l'UE. Le traité de Lisbonne prévoit que l'Union doit déployer une politique d'immigration commune à tous les niveaux. Le CESE estime que l'UE peut apporter une valeur ajoutée importante si, en lieu et place des législations sectorielles, elle se dote d'une politique et d'une législation communes en matière d'emploi et d'éducation qui présentent un degré élevé d'harmonisation grâce à une approche horizontale (8). Le cadre législatif actuel est fragmenté, opaque et disparate. Cette situation crée une insécurité juridique et une incohérence politique auxquelles il convient de remédier dans les plus brefs délais.

3.6

Le CESE considère qu'il est nécessaire de renforcer la législation existante en élaborant un code sur l'immigration. Ce code devrait apporter une plus grande transparence et une plus grande clarté juridique concernant les droits et libertés des ressortissants de pays tiers résidant dans l'UE, et consolider la législation actuelle au moyen d'un cadre uniforme et transparent de droits et normes communs, y compris ceux qui s'appliquent aux migrants sans papiers (9). Le code devrait également aborder la situation socio-économique des travailleurs de pays tiers se trouvant sur le territoire de l'UE (10). L'amélioration de l'accès aux normes et droits européens et la lutte contre la discrimination et le racisme sur le marché du travail grâce à un manuel d'orientations européennes communes devraient par ailleurs être considérées comme des priorités.

3.7

Il est en outre nécessaire de résoudre le problème de la reconnaissance des diplômes et des qualifications, qui est l'un des plus importants auxquels sont confrontés de nombreux migrants et de nombreuses entreprises en Europe (11). Le CESE plaide pour l'élaboration d'une stratégie européenne qui vise à rendre l'UE attrayante pour les talents au niveau international, et demande que l'on se concentre sur la suppression des barrières injustifiées en matière de qualifications professionnelles et universitaires. Cette stratégie devrait aller de pair avec l'adoption d'une législation horizontale (12).

3.8

Dans ce contexte, il convient de prendre dûment en compte la situation démographique ainsi que le vieillissement de la population et des marchés du travail dans les États membres. Dans son avis exploratoire de 2011 (13) sur le rôle de l'immigration dans le contexte démographique en Europe, le CESE soulignait qu'au cours des prochaines années, l'immigration de travailleurs et de familles en provenance des pays tiers allait augmenter. L'UE doit disposer d'une législation ouverte et flexible qui permette l'immigration à des fins professionnelles grâce à des canaux légaux et transparents, pour les travailleurs disposant de qualifications moyennes et élevées comme pour les travailleurs moins qualifiés, tant que les États membres restent libres de déterminer leurs volumes d'admission. Le CESE souhaite que l'on traite en priorité les obstacles et la question de la non-discrimination sur le marché du travail pour des groupes de travailleurs migrants vulnérables, par exemple les femmes. Dans le même temps, force est toutefois de reconnaître que l'immigration n'est pas la seule réponse aux pénuries de main-d'œuvre sur le marché du travail et que les États membres peuvent envisager des solutions complémentaires susceptibles d'être plus appropriées.

3.9

L'Union européenne devrait créer, au sein du CESE, une plateforme européenne permanente pour la migration de main-d'œuvre, au sein de laquelle les partenaires sociaux, les services publics de l'emploi des États membres, les agences de recrutement et les autres parties prenantes discuteraient et analyseraient les politiques nationales en matière de migration de main-d'œuvre et pourraient échanger des bonnes pratiques concernant l'identification des besoins du marché du travail et des obstacles à une intégration socio-économique égalitaire. Le CESE réitère son soutien à la Commission (14) et invite le Conseil à demander l'élaboration d'un avis exploratoire en vue de la création de cette plateforme.

4. Une politique d'asile commune: le système européen commun d'asile (SECA)

4.1

Le CESE salue l'adoption de la seconde phase du SECA. Toutefois, en dépit du niveau d'harmonisation législative élevé, la marge d'appréciation laissée aux législations nationales reste excessive, ce qui permet aux États membres d'adopter des politiques et des philosophies très divergentes (15). Les différentes traditions ont été maintenues, et les niveaux de protection divergent toujours d'un État membre à l'autre (16). L'UE devrait viser en priorité la réalisation d'un niveau de protection élevé qui réduise les marges d'appréciation actuelles, et l'accès des demandeurs d'asile à un recours effectif, de manière à ce que les droits et principes puissent être mis en œuvre dans la pratique.

4.2

Si la convention de Dublin détermine l'État membre responsable de l'examen individuel d'une demande d'asile, le CESE considère toutefois que ce système ne crée pas de solidarité entre les États membres de l'UE. Ce mécanisme a été établi en partant du principe que les systèmes d'asile des États membres étaient semblables, ce qui n'est toujours pas le cas. La convention de Dublin devrait être remplacée par un système qui assure davantage de solidarité au sein de l'UE, tienne compte des souhaits des demandeurs d'asile, et garantisse une répartition mieux proportionnée des responsabilités entre les États membres (17).

4.3

Le Bureau européen d'appui en matière d'asile (BEAA) à Malte devra être davantage en mesure d'identifier et d'évaluer clairement l'état de la situation en matière d'asile dans l'UE (18) et les divergences entre les pratiques des États membres ainsi que les différences législatives, et de proposer les modifications spécifiques nécessaires dans le cadre du SECA. Le BEAA devrait se développer plutôt comme un centre de suivi et d'analyse des résultats de la seconde phase du SECA, en étroite collaboration avec l'Agence des droits fondamentaux (FRA). Le CESE recommande de renforcer les compétences du BEAA en matière de soutien technique et opérationnel permanent aux autorités des États membres qui ont besoin d'un soutien spécifique ou d'urgence concernant leurs régimes d'asile et d'accueil, au moyen d'équipes communes d'appui «asile» (asylum support teams).

4.4

Le Comité a demandé à plusieurs reprises que l'Union européenne mette en place, avec les pays voisins et en étroite collaboration avec des organisations de la société civile organisée (19), des programmes régionaux de protection et d'accueil financés par l'UE et fondés sur le modèle du HCR (20). Avant de continuer à soutenir cette politique, il conviendrait de procéder à une évaluation indépendante de l'ensemble des programmes et du financement qui a été prévu pour leur mise en œuvre et d'ensuite seulement les élargir et en faire un nouveau mécanisme d'engagement de l'UE. Les programmes existants semblent davantage avoir pour but d'empêcher les demandeurs d'asile d'accéder au territoire de l'Union et à la protection internationale que d'améliorer la protection des réfugiés (21).

4.5

Ces programmes régionaux pourraient être renforcés par des programmes de réinstallation qui mettent en place un système d'accueil pour les personnes ayant obtenu le statut de réfugié dans des pays tiers en vue de résider de façon permanente dans un État de l'UE. Dans ce cas aussi le déploiement de ces programmes doit impérativement être précédé d'une analyse des expériences acquises en la matière par la société civile organisée et les organismes internationaux. Le CESE propose d'améliorer la solidarité et la responsabilité au sein de l'UE grâce à un partage adéquat des obligations et à la mise en œuvre de programmes de relocalisation. Cela devrait aller de pair avec une analyse portant sur la mise en place d'un système de traitement commun des demandes d'asile dans l'UE et la possibilité d'établir le principe de reconnaissance mutuelle des demandes d'asile qui ont été acceptées et la libre circulation des bénéficiaires de protection.

4.6

Le CESE considère qu'il est également nécessaire de faciliter l'entrée dans l'UE des personnes qui ont besoin d'une protection; il recommande que les États membres utilisent les visas humanitaires de manière plus harmonisée, cohérente, indépendante et flexible, comme le prévoit le code commun des visas, que l'on crée un mécanisme de suivi pour la mise en œuvre pratique de cet instrument et que les demandeurs aient accès à une protection juridique efficace ainsi qu'à un droit de recours si leur demande est rejetée (22). Le CESE souscrit à la nouvelle proposition de la Commission modifiant le code des visas (23) et demande que les négociations garantissent l'utilisation de visas humanitaires.

5. Une politique commune des frontières

5.1

La création de l'espace Schengen est l'une des avancées les plus remarquables du projet d'intégration européenne. Les frontières extérieures de l'UE sont des frontières communes à l'ensemble des États membres de Schengen et la responsabilité partagée de leur contrôle et de leur surveillance ainsi que la sauvegarde des principes et des droits liés à leur gestion doivent être communes elles aussi. Les États membres qui, compte tenu de leur situation géographique, forment la frontière extérieure commune sont confrontés à des situations difficiles s'agissant des flux migratoires et des demandeurs d'asile. Le CESE souligne à cet égard l'importance du principe de solidarité et de partage équitable des responsabilités prévu à l'article 80 du TFUE. L'Union européenne doit mettre en place des procédures de solidarité en matière financière, opérationnelle et d'accueil, en prenant en compte la situation économique et sociale des différents États membres et le soutien à ceux dont le régime d'asile est soumis à de plus fortes pressions.

5.2

Le code frontières Schengen réglemente le franchissement et le contrôle des frontières, en prenant en compte les conditions d'entrée et de séjour que les ressortissants de pays tiers doivent remplir. L'UE élabore des listes de pays dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa et applique une politique commune en matière de visas de court séjour prévue par le code des visas. Le CESE recommande de donner la priorité à une application cohérente, flexible et effective des deux codes, et à veiller à ce que les droits et garanties prévus pour les ressortissants des pays tiers puissent être exercés.

5.3

L'UE doit assumer une plus grande responsabilité concernant le contrôle des frontières extérieures. Il convient de renforcer le rôle de Frontex (agence pour la gestion des frontières extérieures), non seulement d'un point de vue strictement financier, mais aussi sur le plan opérationnel et des compétences. Le CESE réitère sa recommandation selon laquelle Frontex (24) devrait devenir un service européen commun de garde-frontières (25) composé d'un contingent européen de gardes-frontières à l'appui des États membres (26). Cela doit aller de pair avec le développement d'un système plus efficace et systématique de responsabilité (accountability) concernant les activités de l'agence et ses opérations conjointes et de l'échange d'informations, y compris dans le cadre d'Eurosur (système de surveillance des frontières extérieures). Il convient de renforcer le rôle du forum consultatif des droits fondamentaux (27), et d'élaborer un mécanisme de recours (complaint mechanism) (28).

5.4

Le CESE a apporté son soutien à l'établissement de frontières plus intelligentes, notamment le système d'entrée/sortie (EES) et le programme d'enregistrement des voyageurs (RTP) (29). Avant d'élaborer d'autres systèmes d'information à grande échelle, il faudrait procéder à une évaluation indépendante du système d'information sur les visas (VIS) et du système d'information Schengen (SIS) II (30). Les liens entre ces systèmes et le paquet «frontières intelligentes» ne sont pas clairs et il est impératif de ne pas développer davantage de systèmes dont la nécessité, la proportionnalité et la compatibilité avec les droits fondamentaux ne sont pas démontrées (31).

5.5

Les règles applicables à des situations de recherche et de sauvetage susceptibles de se produire au cours d'une opération de surveillance maritime des frontières constituent un défi commun essentiel. Les États membres ont des obligations au titre du droit international qui imposent le respect des droits des demandeurs d'asile et des migrants sans papiers. Le CESE se félicite de l'adoption et de l'entrée en vigueur du règlement établissant des règles pour la surveillance des frontières maritimes extérieures dans le cadre de la coopération opérationnelle coordonnée par Frontex (32). Le CESE considère qu'il faut donner la priorité à l'application effective de ces règles de sauvetage.

5.6

La lutte contre le trafic illicite et la traite des êtres humains doit toujours être réalisée en garantissant aux victimes la protection que leur confèrent le droit humanitaire international et les conventions européennes des droits de l'homme. Le Comité considère qu'un «sans-papiers» n'est pas une personne dépourvue de droits ou un criminel. L'UE et les États membres doivent protéger ses droits fondamentaux. Il convient de ne pas utiliser l'expression «immigration illégale» lorsque l'on se réfère à des personnes qui émigrent et se trouvent en situation administrative irrégulière. Le lien établi entre immigration irrégulière et délinquance favorise des comportements dictés par la peur et xénophobes dans les pays d'accueil.

6. Les dimensions extérieures des politiques d'immigration

6.1

Le CESE a proposé (33) que l'UE promeuve un cadre législatif international pour les migrations, sur la base de la Déclaration universelle des droits de l'homme, du Pacte relatif aux droits civils et politiques et du Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels. Ce cadre législatif international doit inclure les principales conventions de l'OIT ainsi que la Convention internationale des Nations unies sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, qui n'a pas encore été ratifiée par les États membres de l'UE (34).

6.2

Le CESE exhorte les institutions européennes à conclure une alliance stratégique avec d'autres acteurs internationaux concernés par les questions relatives à la mobilité des personnes et les droits de l'homme, comme les Nations unies ou le Conseil de l'Europe. L'UE doit jouer le rôle de promoteur des normes internationales adoptées au sein d'organisations internationales telles que l'ONU, le Conseil de l'Europe et l'OIT et qui couvrent les droits et libertés des migrants, des demandeurs d'asile et des réfugiés.

6.3

Le CESE a soutenu à plusieurs reprises l'approche globale de la question des migrations et de la mobilité (AGMM) (35) et la signature de différents partenariats pour la mobilité (PM). Les défis que pose la mobilité transfrontière des personnes ne peuvent être envisagés du seul point de vue des contrôles frontaliers ou de «l'externalisation» de ceux-ci dans les pays tiers. Le CESE a soutenu à plusieurs reprises l'AGMM comme étant le cadre le plus approprié. La politique commune en matière d'immigration doit adopter une «approche générale», au-delà d'une approche sécuritaire ou policière qui criminalise la mobilité des personnes en la liant artificiellement à d'autres menaces auxquelles l'UE est confrontée.

6.4

Les partenariats pour la mobilité doivent inclure de manière plus complète et équilibrée les aspects relatifs à la mobilité et à la migration régulière, dont il convient de faire des thématiques prioritaires. Le CESE soutient les partenariats pour la mobilité qui ont été conclus avec certains pays d'origine (36), mais propose que ces accords soient plus équilibrés et juridiquement contraignants pour les parties prenantes. Jusqu'à présent, les priorités se sont centrées sur la sécurité, le retour, la réadmission des migrants en situation irrégulière et la surveillance des frontières. L'UE doit aussi offrir à ces pays et à leurs ressortissants des possibilités d'émigration à des fins professionnelles et d'éducation grâce à des procédures légales, flexibles et transparentes.

6.5

Plus particulièrement, le CESE recommande que l'UE propose également aux pays partenaires d'ouvrir des voies pour faciliter la mobilité des personnes, l'obtention de visas et l'admission de nouveaux migrants. Le CESE est favorable à ce que les nouveaux partenariats prennent également en considération les questions suivantes,

—

un accès renforcé aux informations concernant les emplois vacants dans l'UE,

—

une amélioration des capacités à faire concorder l'offre et la demande de main-d'œuvre,

—

la reconnaissance des compétences et qualifications professionnelles et universitaires,

—

l'élaboration et la mise en œuvre de cadres juridiques en vue de possibilités accrues de transferts des droits de pension;

—

des mesures visant à améliorer la coopération sur des questions liées aux compétences et sur la meilleure manière de faire concorder l'offre et la demande de main-d'œuvre,

—

l'assouplissement des législations en matière d'admission et de statut de résident de longue durée, afin de favoriser le retour volontaire sans que les migrants perdent leur droit de séjour.

6.6

La politique en matière d'immigration et d'asile doit donc assurer une meilleure coordination entre les priorités de la politique étrangère et celles de la politique d'immigration de l'UE. Le service européen pour l'action extérieure (SEAE) devrait exercer le rôle qui est le sien et intégrer les politiques relatives à l'immigration, à l'asile et à la gestion des frontières, afin de renforcer leur cohérence au-delà de la seule approche qu'en ont les ministères de l'Intérieur des États membres. Il convient également de renforcer le rôle du Parlement dans ces matières pour un meilleur contrôle démocratique (37).

Bruxelles, le 11 septembre 2014.

Le Président du Comité économique et social européen

Henri MALOSSE


(1) CESE, Immigration: Intégration et droits fondamentaux, 2012, http://www.eesc.europa.eu/resources/docs/qe-30-12-822-fr-c.pdf

(2) http://ec.europa.eu/ewsi/fr/policy/legal.cfm

(3) Conclusions du Conseil européen, Programme de Tampere, 15-16 octobre 1999, SN 200/99.

(4) CESE 343/2009 — SOC/320 (JO C 218 du 11.9.2009, p. 78).

(5) JO C 128 du 18.5.2010, p. 29.

(6) Confédération européenne des syndicats, Plan d'action sur la migration, adopté par le comité exécutif CES les 5-6 mars 2013, http://www.etuc.org/documents/action-plan-migration#.U_MOE-JU3To

(7) Avis du CESE du 17.3.2010, CESE 450/2010 (JO C 354 du 28.12.2010, p. 16).

(8) JO C 286 du 17.11.2005, p. 20.

(9) Avis du CESE du 15.9.2010, SOC/373 (JO C 48 du 15.2.2011, p. 6). Le CESE a appuyé la nécessité d'harmoniser les droits des migrants en situation irrégulière dans l'UE. Voir paragraphe 11.2 de l'avis.

(10) Confédération européenne des syndicats, Plan d'action sur la migration, adopté par le comité exécutif CES les 5-6 mars 2013, p. 15, http://www.etuc.org/documents/action-plan-migration#.U_MOE-JU3To

(11) Avis du CESE du 15.9.2010, SOC/373 (JO C 48 de 15.2.2011, p. 6).

(12) JO C 80 du 3.4.2002, p. 37. Avis du CESE du 15.9.2010, SOC/373 (JO C 48 du 15.2.2011, p. 6).

(13) JO C 48 du 15.2.2011, p. 6.

(14) Avis du CESE du 4.11.2009, SOC/352, paragraphe 4.4.14 (JO C 128 du 18.5.2010, p. 80). Dans sa communication du 11 mars 2014 (COM(2014)154 final), la Commission a présenté à nouveau l'initiative relative à la plateforme qui avait été rejetée par le Conseil dans le programme de Stockholm.

(15) http://www.unhcr.org/pages/49c3646c4d6.html

(16) Voir l'avis du CESE du 12.3.2008 sur le thème «Le livre vert sur le futur régime d'asile européen commun» (rapporteure: Mme Le Nouail-Marlière), JO C 204 du 9.8.2008, p. 77, paragraphe 1.1.

(17) Voir l'avis du CESE du 12.3.2008 sur le thème «Le livre vert sur le futur régime d'asile européen commun» (rapporteure: Mme Le Nouail-Marlière), JO C 204 du 9.8.2008, p. 77.

(18) http://easo.europa.eu/wp-content/uploads/EASO-AR-final1.pdf

(19) Voir avis du CESE du 25.2.2008, SOC/320, JO C 218 du 11.9.2009, p. 78.

(20) Manuel de réinstallation du HCR, juillet 2011 (révisé en 2013 et 2014), disponible à l'adresse suivante: http://www.unhcr.org/4a2ccf4c6.html (version française: http://www.unhcr.fr/5162d20b6.html#_ga=1.230257052.1879429185.1408460173)

(21) Ibid. paragraphe 7.2.2.

(22) Articles 19, paragraphe 4 et 25, paragraphe 1 du code des visas. Règlement (CE) no 810/2009 du 13 juillet 2009 établissant un code communautaire des visas (code des visas), JO L 243 du 15.9.2009, p. 1.

(23) Commission européenne, Proposition de règlement relatif au code des visas de l'Union (code des visas) (refonte) {SWD(2014) 67 final} {SWD(2014) 68 final}, COM(2014) 164 final, 1er avril 2014, Bruxelles.

(24) JO C 44 du 11.2.2011, p. 162.

(25) S. Carrera (2010), Towards a Common European Border Service, Documents de travail du CEPS, Centre d'études politiques européennes, Bruxelles.

(26) Les conclusions du Conseil européen des 26 et 27 juin ont défini l'examen de la possibilité et de la faisabilité de sa mise en œuvre comme l'un des objectifs politiques prioritaires dans le cadre de l'agenda relatif à l'espace de liberté, de sécurité et de justice (ELSJ) d'ici à 2020. Conclusions du Conseil européen, 26 et 27 juin 2014, EUCO 79/14, Bruxelles, 27 juin 2014.

(27) http://frontex.europa.eu/news/first-annual-report-of-the-frontex-consultative-forum-on-fundamental-rights-published-WDPSJn

(28) http://www.ombudsman.europa.eu/fr/cases/specialreport.faces/fr/52465/html.bookmark

(29) JO C 271 du 19.9.2013, p. 97.

(30) Voir l'avis du CESE du 11.7.2012, SOC/456, paragraphe 16.2, JO C 299 du 4.10.2012, p. 108.

(31) http://ec.europa.eu/bepa/european-group-ethics/docs/publications/ege_opinion_28_ethics_security_surveillance_technologies.pdf Voir le rapport de la Cour des comptes européenne http://www.eca.europa.eu/lists/ecadocuments/sr14_03/sr14_03_fr.pdf

(32) règlement no 656/2014 du 15 mai 2014 établissant des règles pour la surveillance des frontières maritimes extérieures dans le cadre de la coopération opérationnelle coordonnée par l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne, 27.6.2014, JO L 189 du 27.6.2014, p. 93.

(33) Avis du CESE, JO C 44 du 16.2.2008, p. 91.

(34) Avis du CESE, JO C 302 du 7.12.2004, p. 49.

(35) REX/351, JO C 191 du 29.6.2012, p. 134.

(36) Avis du CESE sur le thème «Politique européenne d'immigration et relations avec les pays tiers» (non encore publié au JO).

(37) Avis du CESE sur le thème «Politique européenne d'immigration et relations avec les pays tiers» (non encore publié au JO).


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