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AccueilDroit européen52014AE5003
Avis institutionnel52014AE5003

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Plan d’action vert pour les PME: Permettre aux PME de transformer les impératifs environnementaux en nouveaux créneaux d’activité économique» [COM(2014) 440 final], et la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Initiative pour l’emploi vert: Exploiter le potentiel de création d’emploi de l’économie verte» [COM(2014) 446 final]

CELEX52014AE5003
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 10 décembre 2014

Résumé IA

Cet avis du CESE approuve le Plan d'action vert pour les PME et l'Initiative pour l'emploi vert, soulignant le rôle clé des PME dans la transition écologique. Il recommande de renforcer l'accès des PME aux financements verts, de simplifier les démarches administratives et de mieux valoriser les compétences liées aux métiers verts pour créer des emplois durables.

Texte intégral

14.7.2015

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 230/99


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Plan d’action vert pour les PME: Permettre aux PME de transformer les impératifs environnementaux en nouveaux créneaux d’activité économique»

[COM(2014) 440 final],

et la «Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Initiative pour l’emploi vert: Exploiter le potentiel de création d’emploi de l’économie verte»

[COM(2014) 446 final]

(2015/C 230/15)

Rapporteur:

M. PEZZINI

Le 16 juillet 2014, la Commission européenne a décidé, conformément à l’article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, de consulter le Comité économique et social européen sur la:

«Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Plan d’action vert pour les PME: Permettre aux PME de transformer les impératifs environnementaux en nouveaux créneaux d’activité économique»

COM(2014) 440 final,

et la

«Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions — Initiative pour l’emploi vert: Exploiter le potentiel de création d’emploi de l’économie verte»

COM(2014) 446 final.

La section spécialisée «Agriculture, développement rural, environnement», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 12 novembre 2014.

Lors de sa 503e session plénière des 10 et 11 décembre 2014 (séance du 10 décembre), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 135 voix pour, 1 voix contre et 1 abstention.

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le Comité économique et social européen (CESE) estime que la perspective d’une économie circulaire européenne est importante pour la compétitivité systémique de l’Union européenne à condition qu’elle repose sur une vision stratégique européenne commune à laquelle participent activement le monde du travail, les gouvernements, les employeurs et les travailleurs, les consommateurs et les autorités législatives et réglementaires aux différents niveaux.

1.2.

Le CESE est convaincu que la transition vers une économie circulaire peut ouvrir des perspectives favorables pour la réalisation des objectifs de la stratégie Europe 2020: elle peut devenir un moteur de croissance, générateur d’emplois et de compétences vertes, tout en renforçant la capacité de gestion soutenable des ressources naturelles dans une économie durable et compétitive.

1.3.

Le Comité réclame le lancement d’un exercice d’analyse de prospective au niveau européen, qui soit participatif et vise à définir concrètement la vision commune de tous les acteurs publics et privés en vue de préparer des politiques et des instruments cohérents et efficaces au niveau européen, national et régional, afin d’assurer une transition consensuelle vers l’économie circulaire et d’imprimer un élan concret au programme pour l’innovation verte. Il conviendrait également de soutenir les réseaux d’acteurs de la société civile plaidant en faveur d’une transition vers l’économie circulaire. Le Comité pourrait promouvoir activement ces réseaux et étudier aussi la possibilité de création et de gestion d’une plateforme européenne pour l’économie circulaire.

1.4.

Parallèlement, le CESE juge essentiel d’engager un dialogue structuré concernant les différents secteurs dans lesquels lancer des projets pilotes d’aide à l’expérimentation qui jouent un rôle moteur et révèlent l’ensemble des possibilités que recèlent des pratiques plus durables, avec la pleine participation des organisations de consommateurs, des micro- et petites entreprises et de l’économie sociale.

1.5.

Le Comité estime indispensable qu’une analyse coûts-bénéfices soit réalisée afin de déterminer sur quels acteurs est susceptible de retomber le poids d’une reconversion systémique des secteurs manufacturier, commercial, de la distribution et de la consommation; le système de l’obsolescence programmée doit être abandonné au profit de nouveaux modes d’utilisation et de consommation afin que les produits et composants conservent leur valeur ajoutée et la possibilité d’être réutilisés le plus longtemps possible.

1.6.

Le Comité considère que la transition vers le nouveau modèle d’économie circulaire, comprenant notamment le processus de retransformation et de reconsommation, ne saurait être dissociée de la diffusion généralisée des méthodologies liées au «territoire socialement responsable» qui permettent de développer une culture partagée de l’innovation et de la participation.

1.7.

Le CESE demande que l’Union européenne prévoie la possibilité de définir, sur la base de critères préétablis, un nombre significatif de zones précises propices à l’innovation — villes intelligentes, zones franches portuaires, pôles localisés, pacte vert — où l’on pourrait expérimenter le processus de transition vers l’économie circulaire, notamment en se basant sur les expériences positives réalisées avec des instruments européens tels que le pacte des maires.

1.8.

Le CESE se félicite dès lors des propositions du Plan d’action vert pour les PME et de l’Initiative pour l’emploi vert, mais déplore l’absence de mesures concrètes et d’orientations pratiques pour aider les PME à devenir plus durables et plus vertes. Il demande en outre que, conformément au Small Business Act, le principe «Penser en priorité aux PME» soit placé au cœur même du plan d’action.

1.9.

En particulier, le CESE juge fondamental que les partenaires sociaux et la société civile jouent un rôle actif dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques nationales de développement durable et la transition vers une économie circulaire à durabilité environnementale élevée, à même de créer un nombre important d’entreprises et d’emplois verts.

1.10.

Le CESE est d’avis que les mesures proposées pour combler les lacunes en matière de compétences «vertes» doivent être renforcées grâce à une utilisation efficace et ciblée des Fonds structurels — en particulier le Fonds social européen, le Fonds européen de développement régional et les fonds pour l’agriculture et la pêche — et des instruments d’innovation tels que «Horizon 2020», COSME et LIFE, mais également grâce aux instruments de la BEI en faveur de la microfinance verte.

1.10.1.

Il convient également de:

—

procéder à une quantification réelle des gisements d’emplois durables et non délocalisables,

—

préserver l’équité et la durabilité du processus, en évitant les risques de pauvreté et de précarité énergétique grâce à un dialogue social structuré aux différents niveaux, s’inscrivant dans le cadre d’une vision stratégique commune,

—

mener une activité de sensibilisation et d’orientation développée conjointement par les partenaires sociaux,

—

veiller à une étroite interaction entre le monde du travail et celui de l’éducation et de la formation, en tirant parti des forces sociales.

1.11.

Le CESE est convaincu qu’une transition consensuelle et participative vers une économie européenne circulaire peut ouvrir de nombreuses perspectives aux micro-, petites et moyennes entreprises et à l’économie sociale, et devenir ainsi un important moteur pour la croissance, tant sur le marché intérieur qu’international. À cet égard, il y a lieu d’accorder la priorité:

—

au renforcement et à la généralisation du mécanisme volontaire d’audit environnemental de l’entreprise,

—

au développement de l’accès au crédit, notamment avec des systèmes de garantie,

—

au financement de l’éco-innovation des micro- et mini-entreprises, surtout dans le cadre de projets de démonstration de solutions éco-innovantes systémiques,

—

au renforcement de la formation entrepreneuriale et du mentorat en entreprise,

—

au soutien à un marché circulaire européen de matériaux, composants et produits intermédiaires, notamment grâce au lancement d’un eBay circulaire sur la base de normes techniques et réglementaires européennes et internationales, entres autres dans le but de stabiliser en Europe les ressources primaires et secondaires susceptibles d’être des éléments précieux pour la sécurité d’approvisionnement et les balances commerciales.

1.12.

Le Comité est convaincu que la transition vers une économie circulaire mérite un soutien ferme, en particulier en Europe. Il serait dès lors nécessaire:

—

de prendre en compte cette approche politique intégrée lors du réexamen à moyen terme de la stratégie Europe 2020 pour une croissance durable, intelligente et inclusive, afin d’en exploiter toutes les possibilités sur le plan économique et de l’emploi,

—

de mettre l’accent sur des idées nouvelles et/ou des secteurs hautement innovants et caractérisés par un niveau d’application technologique pratique élevé, y compris l’utilisation de technologies existantes et la prise en compte d’une innovation sociale durable,

—

de modifier l’approche politique et législative des différents niveaux (européen, national et territorial) qui de répressive doit devenir proactive, notamment au travers de l’élaboration, hautement souhaitable, d’un livre blanc sur l’économie circulaire, l’emploi et la croissance dans l’Union européenne, qui prenne en compte la grande variété des instruments et politiques concernés.

2. Introduction

2.1.

Contrairement au modèle de l’économie linéaire, qui consiste à «extraire, fabriquer, utiliser et jeter», l’économie circulaire répond à la nécessité de créer une croissance durable afin que les produits conservent une valeur ajoutée le plus longtemps possible et que leurs composants puissent être réutilisés au maximum dans le cycle de production, ce qui permet de réduire de plus en plus la production et la mise en décharge des déchets ainsi que les pressions sur l’environnement.

2.2.

Selon une étude McKinsey, entre 60 et 80 % des ressources sont gaspillées au terme du cycle linéaire d’extraction, de fabrication, de consommation et de mise en décharge. Dans un monde où 3 milliards de consommateurs font partie de la classe moyenne, ce n’est plus viable.

2.3.

La transition vers une économie circulaire implique un changement radical de mentalité chez les producteurs, les travailleurs, les consommateurs et les citoyens concernant l’utilisation des ressources et des matières premières, la conception des produits, les modèles de marché et d’entreprise ainsi que la recherche de nouvelles méthodes de transformation des déchets en ressources.

2.4.

Les technologies requises pour assurer la traçabilité des matériaux tout au long de la chaîne de valeur existent. Par ailleurs, les ressources sont de plus en plus rares et les prix des biens proposés élevés. Pour les consommateurs, un service ponctuel peut s’avérer plus intéressant que le fait de posséder purement et simplement un produit.

2.5.

Un modèle de croissance verte implique une véritable révolution culturelle et doit s’accompagner d’une stimulation importante de la recherche et de l’innovation. Mais il exige aussi des investissements considérables en matière de technologie, d’éducation, d’organisation, de formation de nouveaux profils professionnels, de nouveaux modes de financement et de politiques adéquates.

2.6.

Il est essentiel d’adopter une approche politique intégrée afin de tirer pleinement parti des possibilités d’emploi sur la base d’un accès approprié aux nouveaux profils et de relever les défis liés au passage à une économie à cycle non linéaire, y compris en renforçant la communication afin de faire face à l’ensemble des grands défis en jeu, notamment grâce à de nouveaux modèles de formation, de travail et d’organisation.

2.7.

Si l’on veut garantir la compétitivité des industries européennes à l’avenir, il est essentiel de renforcer la capacité de fabriquer des biens durables en utilisant moins de matières premières, moins d’énergie et moins d’eau et en récupérant des ressources abandonnées sur le territoire. Il convient de concevoir et de fabriquer des biens susceptibles d’être réutilisés, réparés, régénérés et recyclés et d’organiser des services fonctionnels à cette fin.

2.8.

Les déchets générés à une étape donnée de la fabrication devraient pouvoir être transformés en ressources pour d’autres activités et, le cas échéant, en engrais pour les exploitations agricoles de la région. Au lieu de la gaspiller, il convient de récupérer la chaleur pour d’autres usages, par exemple pour chauffer des habitations ou des serres.

2.9.

Dans le cadre d’un modèle circulaire, chaque tonne de matériel, chaque joule d’énergie, chaque hectare de terre doit permettre de générer de la valeur ajoutée et des bénéfices accrus grâce à une utilisation parcimonieuse des matériaux, à leur réemploi et à leur recyclage.

2.10.

Pour tirer pleinement profit de la transition vers l’économie circulaire, il convient de prendre les mesures suivantes:

2.10.1.

éliminer les obstacles systémiques qui empêchent l’adoption, par les PME, de modèles d’entreprise circulaires ainsi que l’utilisation efficace des matériaux issus du flux des déchets et des réseaux d’information sectoriels et intersectoriels, notamment au niveau de l’Union européenne;

2.10.2.

former de nouveaux profils professionnels en matière de ressources humaines pour gérer ces processus, étant donné que l’éducation et la formation visant à rendre les emplois plus verts reposent sur une bonne formation de base assortie de mesures d’apprentissage tout au long de la vie active, y compris une formation axée sur l’écosensibilisation (1);

2.10.3.

se doter d’instruments financiers adéquats, en particulier pour la recherche et l’innovation, le développement des capacités et les analyses de marché, en recourant à des outils tels que le programme «Horizon 2020», les Fonds structurels, la BEI et les partenariats public-privé;

2.10.4.

simplifier et adapter, aux différents niveaux de gouvernance, les réglementations en passant d’un système d’interdictions à une approche proactive, afin de faciliter la création et le développement d’entreprises vertes génératrices d’emplois qualifiés et durables, en cohérence avec le Small Business Act;

2.10.5.

faire en sorte que les partenaires sociaux et la société civile jouent un rôle actif dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques nationales de développement durable, la transition vers une économie circulaire à durabilité environnementale élevée et génératrice de nombreux emplois verts;

2.10.6.

fournir des lignes directrices et apporter un soutien technique concret aux microentreprises ainsi qu’aux petites et moyennes entreprises et aux coopératives en leur expliquant, avec le concours des forces sociales, comment rendre leurs processus de production plus verts, dans le cadre de la mise à disposition d’une «boîte à outils» pour de nouveaux modèles d’entreprises et de l’échange des meilleures pratiques;

2.10.7.

favoriser une culture du dialogue et de la coopération sur le lieu de travail, afin d’utiliser les ressources de manière plus rationnelle, de réduire les déchets, de recourir à des technologies et méthodes de travail propres et sans danger et d’améliorer la qualité de l’emploi.

2.11.

Le verdissement des emplois et la promotion des emplois verts dans les secteurs traditionnels comme dans les secteurs innovants devraient favoriser une économie durable sur le plan environnemental, compétitive et à faible empreinte de carbone, ainsi que des modes de consommation et de production durables, et contribuer de ce fait à la lutte contre le changement climatique.

2.12.

Le CESE a eu l’occasion de se pencher à plusieurs reprises et dans différents avis (2) sur cette vaste thématique; il a notamment souligné les éléments suivants:

—

l’ensemble des acteurs doivent être pleinement conscients de se trouver face à une nouvelle révolution industrielle, qui place la qualité de la vie et de l’environnement au centre du développement et impose un nouveau mode, intégré, de planification, de production, de consommation, de conservation et de gestion des ressources naturelles,

—

l’urgence de passer d’un comportement défensif et réactif à une attitude convaincue et proactive,

—

le soutien d’initiatives visant à développer une politique communautaire de consommation et de production durables, pleinement intégrée dans les autres politiques de l’Union européenne, dans le but de transformer les défis potentiels en opportunités compétitives pour l’industrie de l’Union européenne,

—

la nécessité d’un dialogue sérieux entre les institutions de l’Union européenne, les autorités nationales et locales et tous les partenaires sociaux sur le potentiel de changement des modèles de consommation et du modèle économique et social global.

2.12.1.

Nombre des progrès industriels accomplis ces trente dernières années découlent de l’adoption de législations et de normes qui ont obligé les industries à réduire la pollution et à rechercher de nouvelles pistes pour transformer les déchets en bénéfices. Il convient d’établir de nouvelles règles fiscales qui créent un équilibre entre l’économie et l’utilisation d’énergie ainsi que des dispositions appropriées permettant aux industries d’assumer la responsabilité de l’ensemble du cycle de vie des produits.

2.13.

En outre, dans un récent avis, le CESE a souligné que «les changements profonds et nécessaires à introduire dans le mode de production et de consommation requièrent comme condition préalable essentielle d’associer la société civile à tout ce processus de transition vers une économie verte et inclusive — et ce à tous les niveaux, tout particulièrement aux niveaux sectoriel et territorial (européen, national, et régional)» (3).

2.14.

De son côté, le Parlement européen a adopté, le 12 décembre 2013, une résolution intitulée «L’éco-innovation — emplois et croissance induits par la politique environnementale» (4), dans laquelle:

—

il souligne notamment le double avantage, environnemental et économique, qu’offre une transition vers une économie verte et durable, en termes de création d’emplois durables,

—

il souligne que cette évolution devrait créer des emplois durables et de qualité pour les travailleurs qualifiés et non qualifiés,

—

il encourage les États membres à prévoir des mesures d’incitation à l’intention des entreprises, en particulier des PME, afin de stimuler les investissements privés dans la recherche et le développement.

2.15.

En octobre 2011, le Comité des régions (CdR) a adopté un avis sur l’initiative phare «Une Europe efficace dans l’utilisation des ressources», dans lequel il s’est dit favorable à «la création d’une plate-forme de transition sur l’efficacité dans l’utilisation des ressources qui regrouperait différents acteurs et devrait également inclure les décideurs appartenant à différents niveaux administratifs, représentant notamment le niveau régional et local».

3. Observations générales

3.1.

Le Comité se félicite de la présentation du paquet «Économie circulaire» et plus particulièrement des deux initiatives relatives à l’emploi vert et au plan de développement des PME dans le cadre de la transition vers une économie circulaire, qui font l’objet du présent avis.

3.2.

Dans le même temps, il est cependant préoccupé par le fait que ces initiatives, en particulier le Plan d’action pour les PME, comportent certes une multitude d’informations, mais ne proposent pas aux PME et aux travailleurs concernés de mesures concrètes ni d’orientations pratiques pour rendre les processus de production et services plus verts de manière efficace, à moindres frais et en améliorant la qualité du travail sans perdre en compétitivité.

3.3.

Selon le CESE, la transition vers l’économie circulaire ne saurait avoir lieu sans la participation du secteur productif, des travailleurs et des consommateurs, mais aussi des autorités politiques et des administrations publiques aux différents niveaux, à commencer par l’échelon européen, qui devraient abandonner une approche fondée sur des interdictions au profit d’une approche proactive cohérente de soutien à la transition, notamment en introduisant des spécifications vertes pour l’ensemble des marchés publics.

3.4.

Il s’agit en effet de revoir la conception des processus de fabrication — ce qui impliquera que les entrepreneurs et les travailleurs acquièrent de nouvelles compétences —, de développer des systèmes organisationnels et de marché innovants, d’acquérir de nouveaux modes d’utilisation et de consommation, mais également, et peut-être surtout, de mettre en place une nouvelle culture industrielle et de services ainsi qu’une nouvelle culture législative et administrative.

3.5.

Le Comité réclame fermement le lancement, dans le cadre d’«Horizon 2020», d’un vaste exercice de prospective au niveau européen, qui soit participatif et vise à définir concrètement la vision commune de tous les acteurs publics et privés en vue de préparer des politiques et des instruments cohérents et efficaces au niveau européen, national et régional, pour une transition consensuelle et harmonieuse vers l’économie circulaire, au-delà des efforts positifs consentis par la plateforme européenne pour une utilisation efficace des ressources (EREP), et ce afin:

3.5.1.

d’associer les citoyens, travailleurs, consommateurs et entreprises au moyen d’incitants spécifiques innovants — y compris individuels — visant à récompenser un certain nombre de mesures et de comportements;

3.5.2.

de promouvoir la durabilité environnementale et sociale et de stimuler l’innovation et les investissements dans le capital humain, social et environnemental grâce à des cadres réglementaires et financiers européens;

3.5.3.

d’instaurer un cadre institutionnel cohérent et simplifié au sein duquel les entreprises, les travailleurs, les investisseurs et les consommateurs pourront participer activement au processus de transition;

3.5.4.

de garantir un soutien financier approprié de l’Union européenne, des États membres et des collectivités territoriales pour favoriser l’accès au crédit, en particulier pour les microentreprises;

3.5.5.

d’encourager les mesures d’incitation fiscale ciblées, les partenariats public-privé innovants et les politiques de marchés publics «verts», et de diffuser les meilleures pratiques visant à faciliter l’accès aux débouchés économiques et à rendre les marchés du travail plus inclusifs en préservant les ressources au niveau territorial;

3.5.6.

de créer une interaction durable entre le monde du travail et de l’entreprise et celui de l’éducation et de la formation en ce qui concerne la production, la consommation et les emplois verts (5);

3.5.7.

de fournir des services d’aide et de mentorat aux micro-, petites et moyennes entreprises grâce à des réseaux et centres d’excellence européens pour le développement des connaissances, des compétences et des marchés, mais surtout grâce à un soutien financier et à l’apport de formations.

3.6.

Parallèlement, le CESE juge essentiel d’engager un dialogue structuré concernant les différents secteurs dans lesquels initier des projets pilotes d’aide à l’expérimentation qui jouent un rôle moteur et révèlent l’ensemble des possibilités que recèlent des pratiques plus durables, avec la pleine participation des forces sociales, des organisations de consommateurs, des micro- et petites entreprises et de l’économie sociale.

3.7.

De l’avis du Comité, avant de prendre des mesures visant à créer de nouveaux emplois verts décents et durables et à élaborer des plans d’action verts pour les PME, il serait opportun de lancer un plan de lutte contre l’obsolescence programmée des produits.

3.8.

Les coûts des filières industrielles de recyclage et de réutilisation, la qualité et la pérennité des nouveaux emplois qui seront ainsi créés ne sauraient être uniquement réduits à un aspect de la politique environnementale: ils requièrent des systèmes de gouvernance proactive complexes et des mesures intégrées dans de nombreux secteurs stratégiques, tels que les questions liées aux consommateurs, aux transports, à l’agriculture et à l’énergie (6).

3.9.

L’innovation dans les marchés des matériaux recyclés doit pouvoir s’appuyer sur un cadre normatif européen renouvelé et cohérent qui permette de conjuguer innovation et utilisation des produits, à l’opposé des processus actuels de reconditionnement des matériaux de rebut et d’élimination des composants dans des pays où les coûts salariaux sont peu élevés et qui sont peu soucieux de la sécurité et de la santé des travailleurs (7).

3.10.

Le Comité considère que la transition vers le nouveau modèle d’économie circulaire, comprenant notamment le processus de retransformation et de reconsommation, ne saurait être dissociée de la diffusion généralisée de la notion de «territoire socialement responsable» (TSR).

4. L’économie circulaire et la création d’emplois

4.1.

Le CESE juge insuffisantes les mesures proposées pour combler les lacunes en matière de compétences «vertes»: l’échange de bonnes pratiques au sein des réseaux existants n’apparaît pas suffisant pour garantir une meilleure évaluation des développements en matière de compétences et d’emploi. Selon le CESE, une meilleure définition européenne des compétences et emplois «verts» — notamment en vue d’améliorer les relevés statistiques — avec la participation active des partenaires sociaux, des PME et de l’économie sociale permettrait de réaliser des analyses plus claires et des exercices de prospective plus ciblés, non seulement pour les nouveaux profils professionnels mais aussi la reconversion des profils obsolètes — également en ce qui concerne la flexicurité et l’introduction du cadre de qualité de l’Union européenne (8).

4.2.

Le CESE estime qu’une utilisation efficace et ciblée des Fonds structurels — ainsi que des instruments d’innovation tels que «Horizon 2020», COSME et LIFE, mais également les instruments de la BEI en faveur de la microfinance verte — est essentielle pour promouvoir des emplois qualifiés, en particulier s’ils sont axés sur les plus petites entreprises et l’économie sociale et liés au processus consensuel de prospective soutenu par le Comité.

Il convient à cet égard:

4.2.1.

de procéder à une quantification réelle des gisements d’emplois durables et non délocalisables que pourrait générer au niveau local, sectoriel et intersectoriel la transition vers l’économie circulaire, compte tenu également de l’urgence, pour l’économie européenne, de renouer avec une croissance durable et génératrice d’emplois;

4.2.2.

de préserver l’équité et la durabilité du processus: le passage à l’économie circulaire ne doit pas poser de problèmes de justice sociale pour les travailleurs, les micro- et mini-entreprises et l’économie sociale;

4.2.3.

de mettre en place un dialogue structuré aux différents niveaux, pleinement incorporé dans la définition commune de la vision stratégique et des politiques intégrées, à mettre en place afin que l’économie circulaire dispose de manière synchrone des qualifications professionnelles et de la main-d’œuvre nécessaires à son développement;

4.2.4.

de veiller à une étroite interaction entre le monde du travail et celui de l’éducation et de la formation, en vue du développement favorable des compétences, avec de solides systèmes d’enseignement et de formation techniques et professionnels associant directement les forces sociales (9).

5. Le plan d’action vert pour les PME

5.1.

Le CESE est convaincu que la transition vers une économie européenne circulaire peut ouvrir de nombreuses perspectives aux micro-, petites et moyennes entreprises et à l’économie sociale, et devenir ainsi un important moteur pour la croissance, tant sur le marché intérieur qu’international, ainsi que pour le renforcement de leurs capacités de gestion durable des ressources naturelles et pour la création de nouveaux emplois qualifiés.

5.2.

Le CESE demande que tout au long du processus législatif et de mise en œuvre, le Plan d’action suive et promeuve le principe «Priorité aux PME» et qu’une attention particulière soit accordée à la législation sur l’efficacité des ressources, conformément au Small Business Act, en appliquant le «test PME» en tant que facteur clé du processus de transition vers une économie circulaire.

5.3.

Selon le CESE, il y a lieu de remodeler en conséquence les instruments de soutien aux entreprises de plus petite taille et à l’économie sociale, étant donné que les instruments précédents, comme le plan d’action pour l’éco-innovation, n’ont produit que des résultats limités.

5.4.

Parmi les 34 actions décrites dans le document de travail de la Commission (10) annexé à la proposition, le Comité estime que la priorité devrait être accordée aux suivantes:

5.4.1.

renforcement et généralisation du mécanisme volontaire expérimental d’audit environnemental pour les PME en vue d’une vérification étendue, au moyen de subventions européennes, des technologies environnementales (ETV — Environmental technologies verification) liées à l’écoconception et aux processus, avec apposition éventuelle de la marque communautaire «verte» (de type Écolabel II);

5.4.2.

amélioration de l’accès au crédit: renforcer le rôle de la BEI pour permettre aux entreprises d’accéder au crédit dans le cadre de la transition vers l’économie circulaire, en consolidant le mécanisme de financement du capital naturel (Natural Capital Financing Facility — NCFF); créer des systèmes de garantie spécifiques pour les micro- et petites entreprises pour un accès aisé et rapide aux crédits, au microcrédit, au capital-risque et à l’instrument de financement privé pour l’efficacité énergétique (Private Finance for Energy Efficiency — PF4EE), à mettre en œuvre dans toute l’Union européenne;

5.4.3.

financement de l’éco-innovation pour les micro- et mini-entreprises: recours plus aisé aux instruments d’«Horizon 2020» en faveur des PME, au FEDER, au FEAMP, aux fonds LIFE et au Feader pour les projets de démonstration innovants dans l’Union européenne avec guichet unique interprogramme dans des secteurs bien définis et délimités, comme les projets de démonstration de l’éco-innovation systémique — par exemple dans des domaines tels que les villes intelligentes, les pôles territoriaux, les zones franches — sur lesquels il convient de concentrer les interventions, les mesures d’incitation et les exemptions, avec des objectifs intermédiaires quantifiables et bien visibles;

5.4.4.

renforcement des mesures en faveur de la formation entrepreneuriale et du mentorat en entreprise: privilégier la formation en entreprise grâce aux supports numériques — avec le soutien du réseau Entreprise Europe (EEN) et du futur Centre d’excellence en ressources — et le mentorat d’experts spécialisés en accordant des financements européens aux organisations professionnelles de micro- et mini-entreprises de proximité territoriale, et en recourant aux programmes Erasmus + et COSME pour une sélection de projets;

5.4.5.

création d’un marché circulaire de matériaux, composants et produits intermédiaires: lancement d’un eBay circulaire avec accès aisé et sécurisé pour les micro- et petites entreprises vertes et l’économie sociale, sur la base d’échanges reposant sur des normes technico-réglementaires renforcées (CEN-Cenelec-ETSI et ISO).

Bruxelles, le 10 décembre 2014.

Le Président du Comité économique et social européen

Henri MALOSSE


(1) JO C 318 du 29.10.2011, p. 142-149.

(2) JO C 224 du 30.8.2008, p. 1-7; JO C 226 du 16.7.2014, p. 1-9; JO C 67 du 6.3.2014, p. 23-26; JO C 44 du 11.2.2011, p. 110-117.

(3) JO C 271 du 19.9.2013, p. 18-22.

(4) http://www.europarl.europa.eu/sides/getDoc.do?pubRef=-//EP//TEXT+TA+P7-TA-2013-0584+0+DOC+XML+V0//FR

(5) JO C 311 du 12.9.2014, p. 7-14.

(6) JO C 24 du 28.1.2012, p. 11-17.

(7) JO C 107 du 6.4.2011, p. 1-6.

(8) JO C 451 du 16.12.2014, p. 116.

(9) JO C 311 du 12.9.2014, p. 7-14.

(10) SWD(2014) 213 final.


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