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Avis institutionnel52014AE5569

Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission relative à des systèmes de santé efficaces, accessibles et capables de s’adapter» [COM(2014) 215 final]

CELEX52014AE5569
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 21 janvier 2015

Résumé IA

Le Comité économique et social européen (CESE) approuve l'objectif de la Commission visant à renforcer l'efficacité, l'accessibilité et la résilience des systèmes de santé nationaux, tout en soulignant la nécessité de préserver leur financement public et leur caractère non lucratif. L'avis met en garde contre une approche purement budgétaire et insiste sur l'importance de l'investissement dans la prévention, les soins de santé primaires et les ressources humaines. Il appelle également à une meilleure coordination entre les États membres pour garantir l'égalité d'accès aux soins et la viabilité à long terme des systèmes face aux défis démographiques et technologiques.

Texte intégral

23.7.2015

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 242/48


Avis du Comité économique et social européen sur la «Communication de la Commission relative à des systèmes de santé efficaces, accessibles et capables de s’adapter»

[COM(2014) 215 final]

(2015/C 242/09)

Rapporteur:

M. José Isaías RODRIGUEZ GARCÍA CARO

Le 4 avril 2014, la Commission a décidé, conformément à l’article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne, de consulter le Comité économique et social européen sur la

«Communication de la Commission relative à des systèmes de santé efficaces, accessibles et capables de s’adapter»

COM(2014) 215 final.

La section spécialisée «Emploi, affaires sociales, citoyenneté», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 18 décembre 2014.

Lors de sa 504e session plénière des 21 et 22 janvier 2015 (séance du 21 janvier 2015), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 206 voix pour et 10 abstentions.

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE accueille favorablement la communication à l’examen, sous réserve des observations formulées dans le présent document, et invite la Commission ainsi que les États membres à travailler de manière coordonnée, dans les meilleurs délais possibles, sur les orientations stratégiques exposées dans la communication objet du présent avis.

1.2.

Le Comité estime que, dans l’intérêt d’un bien-être optimal des citoyens, les systèmes de santé des États membres de l’Union européenne doivent se fonder sur des principes et des valeurs tels que l’universalité, l’accessibilité, l’équité et la solidarité. Sans ces principes essentiels, nous ne pourrons pas faire progresser la dimension sociale de l’Europe; aussi convient-il qu’ils soient préservés et protégés dans toutes les politiques de l’Union européenne en rapport avec la santé des citoyens.

1.3.

Le Comité a la ferme conviction que la crise économique qui frappe l’Union en général et plus particulièrement certains États membres ne peut se résoudre avec des mesures qui finissent par affaiblir le droit des citoyens européens à la protection de la santé. La santé, n’étant pas une marchandise, ne saurait en aucune manière être fonction du pouvoir d’achat des citoyens, et ce quels que soient les coûts et les prix des prestations de santé.

1.4.

Pour renforcer l’efficacité des systèmes de santé, il faut garantir la valorisation des ressources en les utilisant de la manière la plus efficiente et la plus efficace possible ainsi qu’en articulant le concept de qualité scientifique et technique avec celui d’efficience et de durabilité, en tant que perspective essentielle qui doit présider à l’organisation des systèmes de santé et à la pratique des professionnels de santé, et ce toujours dans le respect maximal du patient.

1.5.

Le Comité considère qu’en ce début de XXIe siècle, il est inacceptable que nous soyons forcés d’admettre que nous manquons de données comparables. Or, sans données valables et pertinentes, il n’est pas possible de progresser et de disposer d’indicateurs homogènes qui offrent la possibilité d’étayer la prise de décision et l’analyse scientifique. Le Comité invite instamment la Commission et les États membres à accélérer l’adoption d’un système d’indicateurs fiables permettant d’analyser des mesures au niveau de l’Union européenne et de les adopter.

1.6.

Le CESE estime que la lutte contre les inégalités en matière de santé est une priorité. Les disparités qui existent dans les domaines social, économique et politique jouent un rôle déterminant dans la répartition des maladies. Il faut dès lors que les État membres s’engagent à garantir que les soins de santé soient dispensés sur une base égalitaire, indépendamment de la situation géographique, du sexe, du handicap, du niveau de revenus et de solvabilité financière, de l’âge, de la race ou de toute autre dimension, et à faire en sorte que cette prestation soit financée sur des fonds publics (fiscalité et assurance-maladie), à titre d’élément de solidarité dans la redistribution des ressources. Il nous apparaît nécessaire de maintenir une offre de services la plus large possible, à des coûts raisonnables, en évitant que le ticket modérateur soit un obstacle à l’accès des plus défavorisés.

1.7.

De l’avis du CESE, les professionnels de la santé sont un élément essentiel des systèmes de santé. Une formation technique et scientifique de qualité élevée est indispensable pour pouvoir disposer de personnels ayant un niveau de formation élevé et capables de répondre efficacement aux besoins des citoyens de l’Union en matière de soins de santé. Le CESE croit également qu’il convient aussi d’être attentif aux aspects éthiques de leur formation et de les promouvoir.

1.8.

Le CESE considère que la promotion des soins primaires, en tant qu’élément de base de l’assistance médicale qu’offrent les systèmes de santé, peut être un outil d’amélioration de leurs performances en la matière et une variable de correction des dépenses permettant un renforcement de leur viabilité financière sur la durée. La Commission doit jouer un rôle de coordination dans la transmission des expériences nationales entre les États membres.

1.9.

Le CESE juge qu’il est nécessaire d’accomplir un effort de maîtrise des dépenses pharmaceutiques et de développement des nouvelles technologies, s’agissant d’éléments qui ont une influence décisive sur la durabilité des systèmes de santé. Les agences des États membres et de l’Union européenne doivent jouer un rôle déterminant dans l’évaluation de l’efficacité et de la sécurité que peuvent apporter en matière de santé les médicaments et les technologies introduites sur le marché.

1.10.

Il convient de continuer à donner aux technologies de l’information et de la communication un rôle de plus en plus prépondérant dans les systèmes de santé des États membres, sans oublier que la dimension humaine doit rester au centre de la santé en ligne.

1.11.

Afin de promouvoir une bonne gouvernance des systèmes de soins de santé dans l’ensemble de l’Union européenne et de garantir que l’avis des patients soit dûment pris en considération, il convient, dans le cadre de la collecte de données, du suivi et de l’évaluation concernant l’accessibilité, les performances et la capacité d’adaptation des systèmes de santé, de tirer pleinement parti du retour d’information donné par les patients et d’associer au processus, dans une participation pleine et active, leurs associations, les organisations de la société civile et les partenaires sociaux.

2. Introduction

2.1.

L’article 168 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne prévoit que l’action de l’Union dans le domaine de la santé publique est menée dans le respect des responsabilités des États membres en ce qui concerne la définition de leur politique de santé, ainsi que l’organisation et la fourniture de services de santé et de soins médicaux. De même, le paragraphe 7 dudit article dispose que les responsabilités des États membres incluent la gestion de services de santé et de soins médicaux, ainsi que l’allocation des ressources qui leur sont affectées.

2.2.

La marge de manœuvre ainsi laissée à l’Union pour son action sur les systèmes de santé des États membres se limite aux questions de santé publique visées à cet article du traité. Toutefois, dans son rôle de soutien, de financement et de coordination des efforts, la Commission peut apporter une forte valeur ajoutée à d’autres aspects liés aux soins de santé, qui permettent aux États de progresser dans la consolidation et l’amélioration de leurs systèmes de santé nationaux, lesquels sont basés sur une ensemble de valeurs européennes communes, telles que l’universalité, l’accès à des soins de bonne qualité, l’équité, la solidarité, ainsi qu’elles ont été mentionnées par le Conseil de l’Union européenne de juin 2006 (1). Dans leur déclaration, les ministres de la santé des États membres ont conclu que les systèmes de santé constituaient une composante essentielle de l’infrastructure sociale européenne.

2.3.

La communication de la Commission relève une série de difficultés, accentuées par la crise économique, auxquelles les systèmes de santé européens ont dû faire face. Elles tiennent, en résumé, à une hausse des coûts de santé, à un vieillissement progressif de nos sociétés et au développement consécutif des pathologies chroniques, ainsi qu’à la hausse de la demande de services de santé, à une répartition inégale des professionnels de santé, voire à leur pénurie dans certains États membres, et à un accès inéquitable aux soins de santé.

2.4.

Dans cette perspective et sur la base des conclusions des Conseils de l’Union européenne de juin 2011 (2) et décembre 2013 (3), la Commission a élaboré la communication sur laquelle le CESE est saisi d’une demande d’avis et que le Conseil de l’Union européenne de juin 2014 a accueillie favorablement dans les conclusions qu’il a adoptées sur la crise économique et les soins de santé (4).

2.5.

La communication propose une stratégie de l’Union européenne pour des systèmes de santé efficaces, accessibles et capables de s’adapter, qui fournit à l’Union des lignes directrices et des outils de supervision et d’évaluation, dans le respect des compétences des États membres. La stratégie ainsi proposée comprend les éléments suivants:

2.5.1.

un soutien au renforcement de l’efficacité des systèmes de santé, à trois niveaux: l’évaluation de l’efficacité des systèmes, la qualité des soins de santé et la sécurité des patients et, enfin, l’intégration des soins; l’amélioration de l’accessibilité des systèmes de santé, au moyen d’actions relatives au personnel de santé, à une utilisation efficace des médicaments par rapport à leur coût et à une application optimale de la directive 2011/24/UE; une meilleure capacité d’adaptation des systèmes de santé, selon trois axes: l’évaluation des technologies de la santé, le système d’informations sur la santé et la santé en ligne.

3. Observations sur le contexte de la communication

3.1.

L’augmentation des coûts de la santé, le vieillissement de plus en plus marqué de la population et l’évolution de certaines maladies en pathologies chroniques, qui touchent essentiellement les personnes âgées, ne sont pas des problèmes qui se sont développés durant la dernière décennie. Il s’agit au contraire de situations qui datent de plusieurs dizaines d’années et ont été aggravées par la crise actuelle, du fait qu’elle a conduit à une réduction des ressources affectées à ce type de politiques. Aussi l’approche stratégique doit-elle être axée sur la question de savoir comment répondre avec l’efficacité et l’efficience requises aux besoins constants en ressources que les systèmes de santé présenteront ces prochaines années pour pouvoir prendre en charge une population de plus en plus âgée et qui aura de plus en plus besoin d’assistance, en raison de l’augmentation de l’espérance de vie.

3.1.1.

La promotion de la santé et la prévention des maladies, en tant que mesures essentielles de protection de la santé, doivent jouer un rôle majeur dans nos systèmes de santé nationaux. Les coûts des soins de santé peuvent être réduits de manière significative grâce à des investissements dans l’éducation à la santé et la promotion d’un mode de vie plus actif et plus sain qui réduise l’obésité, le tabagisme et la consommation d’alcool. Un dépistage du cancer et des bilans de santé réguliers peuvent donner à davantage de personnes âgées la possibilité de profiter de leur retraite longtemps et dans un bon état de santé.

3.2.

Le Comité estime lui aussi que les systèmes de santé des États membres de l’Union européenne doivent se fonder sur des principes et des valeurs tels que l’universalité, l’accessibilité pour tous, l’équité et la solidarité, lesquels garantissent que tous les citoyens de l’Union européenne ont droit à la protection de leur santé et aux soins de santé, que l’on veille à utiliser les services de santé de manière appropriée et en temps voulu pour obtenir les meilleurs résultats, qu’ils soient dispensés de manière égalitaire, indépendamment de la situation géographique, du sexe, du handicap, du niveau de revenus, de l’âge, de la race ou de toute autre dimension, et que l’on fasse en sorte que cette prestation soit financée sur des fonds publics (fiscalité ou assurance-maladie), à titre d’élément de solidarité dans la redistribution des ressources.

3.3.

Nous estimons que la situation de crise économique qui touche l’Union européenne en général et certains États membres en particulier ne doit pas servir de prétexte pour creuser un fossé entre des citoyens de «première» et de «seconde classe», s’agissant du droit que nous avons tous à la protection de notre santé. À cet égard, le Comité doit également veiller à ce que, malgré les différences de capacité et de qualité de prestations de santé qui existent entre les États membres, celles-ci puissent couvrir les citoyens de l’Union européenne qui ne travaillent pas dans leur pays d’origine mais à titre transitoire à l’étranger. On ne peut parvenir à des systèmes de santé efficaces et viables si l’on omet de tenir compte de leurs destinataires. La santé, n’étant pas une marchandise, ne saurait en aucune manière être fonction du pouvoir d’achat des citoyens, quels que soient les coûts et les prix des prestations de santé.

3.4.

Dans son avis (5) sur la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions «Solidarité en matière de santé: réduction des inégalités de santé dans l’Union européenne» (6), le CESE a fait valoir que «la Commission devait faire le meilleur usage des outils disponibles (par exemple méthode ouverte de coordination, analyses d’impact, programmes de recherche, indicateurs, coopération avec des organisations internationales) et doit envisager avec les États membres de nouvelles méthodes pour veiller à ce que les différentes politiques et actions de l’Union européenne tiennent compte des facteurs qui sont à l’origine ou en partie responsables des inégalités de santé parmi la population européenne». Nous reprenons à notre compte le contenu de cet avis et soutenons toutes les recommandations que le Comité y a formulées en vue de réduire les inégalités en matière de santé.

3.5.

Dans son avis (7) sur la proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil établissant le troisième programme d’action pluriannuel de l’Union dans le domaine de la santé pour la période 2014-2020 (8), le CESE a eu l’occasion de se prononcer sur certains aspects de la communication. Nous réitérons à cet égard les observations formulées à propos de l’évaluation des technologies de la santé, de la formation des professionnels de santé et de la mise en place d’une médecine basée sur des données probantes et l’échange de bonnes pratiques.

3.6.

Le Comité juge très important que le secteur de la santé soit inclus dans le semestre européen. La part qu’il représente dans le produit intérieur brut des États membres, le volume important de main-d’œuvre qu’il occupe et la capacité d’innovation qu’il développe sont des raisons suffisantes pour justifier cette inclusion. Toutefois, les recommandations qui résultent des évaluations du semestre européen doivent être effectuées sur la base du préalable qu’il ne faut pas sous-estimer les principes et valeurs qui sous-tendent le système de santé des États membres de l’Union européenne.

3.7.

Renforcer l’efficacité du système de santé dans la seule perspective d’obtenir de bons résultats aurait pour effet de laisser de côté d’autres aspects qui, dans un contexte de ressources rares et de restrictions budgétaires, devraient être pris en considération. Ainsi, un système de santé efficace et de grande qualité permet d’optimiser la qualité des soins et les résultats obtenus par rapport aux ressources disponibles. En d’autres termes, il est impossible d’envisager de renforcer l’efficacité d’un système de santé sans tenir compte de son efficience. Garantir la bonne valorisation des ressources revient à les utiliser de la manière la plus efficiente et la plus efficace possible, en articulant le concept de qualité scientifique et technique avec celui d’efficience et de durabilité, en tant que perspective essentielle qui doit présider à l’organisation des systèmes de santé et à la pratique des professionnels de santé.

3.8.

Nous sommes favorables à ce que la Commission et les États membres travaillent à mettre en œuvre, au niveau de l’Union européenne, des indicateurs grâce auxquels il soit possible de mesurer l’efficacité des actions menées en matière de santé. Pour ce faire, les États membres doivent mettre en place des systèmes validés qui collectent les informations en toute transparence et objectivité, pour permettre une analyse d’ensemble de nature à faciliter les mesures de coopération destinées à réduire les inégalités qui existent entre les États membres et à l’intérieur de ceux-ci en matière de santé. En ce début de XXIe siècle, il est inacceptable que nous soyons forcés d’admettre que nous manquons de données comparables. Or, sans données valables, pertinentes et appropriées, il n’est pas possible de progresser et de disposer d’indicateurs homogènes qui offrent la possibilité d’étayer la prise de décision et l’analyse scientifique.

3.9.

L’utilité des indicateurs de santé dépend de leur fiabilité, qualité qui est un préalable obligé si l’on veut pouvoir procéder à des comparaisons. Dans sa communication, la Commission reconnaît ce manque de fiabilité, qui rend difficile la comparabilité des résultats obtenus. Aussi le Comité est-il favorable au système d’indicateurs essentiels de santé européens, qui fournit des données comparables sur la santé et les comportements ayant une incidence sur celle-ci, ainsi que sur les maladies et les systèmes de santé, et peut ainsi permettre à certains États d’améliorer leurs systèmes d’information et d’établir les indicateurs qui font actuellement défaut, en facilitant l’échange de bonnes pratiques de manière générale. De même, nous accueillons favorablement le cadre d’évaluation conjoint sur la santé, conçu par le sous-groupe «Indicateurs» du comité de la protection sociale.

3.10.

Le Comité estime que la reconnaissance effective de l’universalité des soins de santé peut être compromise par des problèmes d’accessibilité au système de santé. Ce sont en effet toujours les segments de la population dont les revenus sont plus faibles qui sont les plus touchés par des problèmes d’accès. Si l’on veut réduire les inégalités en matière de santé, la première variable sur laquelle il faut agir est l’accessibilité. Le déploiement effectif des soins de santé primaire en milieu rural, l’existence de services d’urgence de proximité, la présence d’infrastructures appropriées de transport et de communication, l’accès aux prestations de médecine spécialisée et l’instauration de formules de ticket modérateur (modulées en fonction du niveau de revenu) sont quelques-uns des éléments qui sont essentiels pour garantir l’accès des citoyens aux services de santé et sur lesquels il faudra agir dans les États membres.

3.11.

Le CESE partage les craintes de la Commission et reconnaît qu’en signant la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, nous nous devons également de prendre toutes les mesures appropriées pour garantir l’accès des personnes handicapées aux services de santé, notamment en veillant à ce que les installations soient accessibles pour ceux qui sont limités par un handicap.

3.12.

Comme la Commission, le Comité estime qu’il est nécessaire de préserver des mécanismes de financement stables des services de santé. À cet égard, le financement mixte, reposant sur les cotisations et l’impôt, peut fournir un cadre pour la stabilité financière des systèmes de santé. Nous croyons que l’amélioration de la résistance ou de la capacité d’adaptation de ces systèmes est également liée à une gestion très professionnelle, basée sur des systèmes d’information efficaces, qui rendent possible un calcul précis des coûts des soins de santé. Tous ces éléments, conjugués à la présence d’un personnel de santé très qualifié et motivé, constituent le ciment qui assure la solidité et la stabilité d’un système de santé durable.

3.13.

Le CESE partage l’avis de la Commission selon lequel l’une des principales difficultés auxquelles sont confrontés les systèmes de santé de certains États membres est la pénurie de professionnels de santé. Cette pénurie est, de plus, aggravée par une importante migration de ces travailleurs vers d’autres États de l’Union et des pays tiers. Compte tenu de la diversité et de la complexité des raisons à l’origine de ce phénomène, nous estimons que le plan d’action proposé par la Commission devrait prévoir des mesures à même de rendre les professions de santé plus attractives pour les jeunes, afin non seulement d’augmenter le nombre de candidats aux formations y relatives mais aussi pour que l’exercice de ces professions soit intéressant tant du point de vue professionnel que sur le plan des conditions de travail et de salaire.

4. Observations sur la stratégie de l’Union européenne pour des systèmes de santé efficaces, accessibles et capables de s’adapter

4.1.

Aujourd’hui, dans les sociétés plus avancées, l’évaluation de la performance du système de santé est notamment conçue comme un instrument qui permet aux prestataires de services de santé de rendre des comptes sur leur action vis-à-vis de leurs bénéficiaires et comme un outil de planification pour l’avenir. S’agissant d’aller plus loin dans les engagements pris avec la Charte de Tallinn, le Comité est favorable à ce que soient mis à la disposition des États membres des outils et une méthodologie grâce auxquels ils pourraient rapprocher leurs systèmes de santé et atténuer leurs inégalités internes et externes.

4.2.

La sécurité des patients exige de réduire autant que faire se peut les risques inutiles de leur causer un dommage et se traduit par l’absence de lésions accidentelles imputables à des prestations de soins ou à des erreurs médicales. Promouvoir la sécurité du patient implique une gestion du risque, la notification, l’analyse et le suivi des incidents, ainsi que la mise en place de solutions en vue de réduire au minimum la menace qu’un incident ne se reproduise. Le CESE réaffirme les recommandations qu’il a formulées dans l’avis (9) sur la «Proposition de recommandation du Conseil sur la sécurité des patients, y compris la prévention des infections associées aux soins» (10) et les étend à tous les risques autres que ceux liés à des processus infectieux, en mettant un accent particulier sur la nécessité de notifier les effets secondaires et sur la prise de mesures pour y remédier. C’est dans cette direction qu’il conviendrait d’orienter les actions à entreprendre.

4.3.

Nous considérons qu’il convient de coordonner la prise en charge médicale du patient entre tous les niveaux d’intervention, de manière à renforcer le rôle des soins primaires dans la détection et le traitement des problèmes de santé. Un bon réseau de médecine primaire, développé et très professionnel, permet de mieux cerner les problèmes de santé, d’éviter les actes inutiles de médecine spécialisée et de diminuer les coûts de soins de santé, en évitant une trop grande dépendance par rapport à la prise en charge en hôpital. La Commission doit jouer un rôle de coordination dans la communication des expériences nationales entre les États membres.

4.4.

La proportion élevée que représentent les emplois du secteur de la santé dans la population active des pays de l’Union européenne est suffisamment élevée pour amener à considérer qu’une éventuelle pénurie de professionnels de santé constitue un problème d’ordre sanitaire. Si l’on veut éviter ce type de situation, la planification au niveau de la formation des professionnels de santé doit, même si elle est une compétence des États membres, faire l’objet d’un suivi et d’une analyse de la part de l’Union européenne, pour qu’elle puisse collaborer avec les États en vue de préserver une masse critique de personnel permettant de desservir une population qui a de plus en plus besoin de soins de santé. Le Comité estime que, pour développer les capacités éducatives et universitaires nécessaires, il faut également apporter un soutien financier.

4.5.

Le CESE estime qu’une formation technique et scientifique de haute qualité est indispensable pour que l’on puisse disposer de professionnels hautement qualifiés, capables de répondre efficacement aux besoins des citoyens de l’Union en matière de soins de santé. Le CESE croit également qu’il convient aussi d’être attentif aux aspects éthiques de leur formation et de les promouvoir.

4.6.

Les dépenses pharmaceutiques sont un des principaux facteurs qui ont une incidence sur le coût des soins de santé et leur durabilité. La prescription sur la base du principe actif (dénomination commune internationale de l’OMS), réalisée par mention de ce dernier en lieu et place du nom commercial du médicament concerné, constitue une option susceptible d’ouvrir la voie à une réduction de la facture pharmaceutique. Dans l’Union européenne, il existe, au sein de certaines organisations de santé, des exemples de ce mode de prescription qui peuvent servir d’expériences transposables dans d’autres États membres. Toutefois, toute mesure qui viendrait à être adoptée devra tenir compte des besoins en matière de recherche sur les nouveaux médicaments et du financement de ces activités.

4.7.

Le Comité approuve les observations que la Commission développe dans la communication à l’examen concernant l’application optimale de la directive 2011/24 UE (11) mais estime que ce n’est pas dans ce domaine que réside le principal problème rencontré par les citoyens en matière d’accessibilité de leurs systèmes de santé nationaux et qu’une telle application optimale de ce texte n’aura pas pour effet d’améliorer cet accès. Nous sommes d’avis que l’amélioration de l’accessibilité doit, dans le cadre de la communication, être axée en priorité sur le renforcement de la couverture médicale de la population, de manière qu’elle devienne universelle, sur la mise à disposition de l’éventail de services de santé qui soit le plus large possible à des coûts raisonnables et sur le souci d’éviter que le ticket modérateur n’empêche les plus défavorisés d’accéder à la santé. Assurer des soins de santé transfrontières sûrs et de qualité ne donne pas aux citoyens la garantie de recevoir, dans leur État d’origine, les soins de santé primaires.

4.8.

La recherche et innovation médicale a pour effet de faire apparaître de nouvelles technologies de santé, pour que la médecine puisse relever les défis auxquels elle est confrontée sur le plan du diagnostic et de la thérapeutique. Vu le coût élevé de ces technologies et leur efficacité présumée, il s’impose de mettre en place un mécanisme solide pour les évaluer. Le Comité juge très intéressant que le Réseau européen d’évaluation des technologies de santé (EUnetHTA) apporte sa valeur ajoutée aux agences nationales et régionales des États membres, en favorisant les synergies et en facilitant la diffusion de ses évaluations.

4.9.

L’utilisation des technologies de l’information dans la gestion des dossiers cliniques des patients représente un progrès qui doit s’étendre au-delà des murs des établissements de santé en tant que tels. La généralisation du dossier clinique numérique du patient, accessible à tout professionnel de santé qui le soigne, devrait être un objectif à atteindre, bien qu’il soit encore assez lointain aujourd’hui. L’Union européenne doit soutenir les systèmes d’information et de santé en ligne grâce auxquels le dossier clinique des citoyens peut les suivre dans leurs déplacements. Le dossier clinique numérique est un outil d’une grande utilité pour le patient mais représente aussi une gageure pour les administrations, dès lors qu’elles devront coordonner, dans leurs systèmes de santé, des applications compatibles qui donnent à tout professionnel de santé la possibilité de prendre connaissance des problèmes médicaux d’un citoyen, où qu’il se trouve. Le défi est colossal mais nous croyons que si nous parvenons à le relever, la santé des citoyens européens s’en trouvera améliorée.

4.10.

Le CESE est d’avis qu’il est extrêmement important que les citoyens puissent avoir accès aux systèmes d’information numériques en matière de santé, pour pouvoir accéder à des informations sur les produits de santé à usage humain qui ont été approuvés par les autorités de réglementation, par exemple. Cette information doit être compréhensible, exacte, actualisée et fiable pour que le citoyen souhaitant y accéder puisse compléter celle fournie par le professionnel de santé qui le suit.

4.11.

Dans le cadre de l’avis (12) relatif à la communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions «Plan d’action pour la santé en ligne 2012-2020 — des soins de santé innovants pour le XXIe siècle» (13), le Comité a eu l’occasion de se prononcer sur le thème de la «santé en ligne». Nous reprenons à notre compte la phrase suivante de l’avis susmentionné: «La santé électronique doit favoriser la confiance mutuelle entre les patients et les professionnels, en évitant le risque d’impersonnalité et d’absence d’attention aux facteurs psychologiques. La dimension humaine doit être au centre de la santé en ligne». En ce sens, le Comité conclut en affirmant que le citoyen est au centre du système de santé.

Bruxelles, le 21 janvier 2015.

Le président du Comité économique et social européen

Henri MALOSSE


(1) JO C 146 du 22.6.2006, p. 1.

(2) JO C 202 du 8.7.2011, p. 10.

(3) JO C 376 du 21.12.2013, p. 3.

(4) JO C 217 du 10.7.2014, p. 2.

(5) JO C 18 du 19.1.2011, p. 74.

(6) COM(2009) 567 final.

(7) JO C 143 du 22.5.2012, p. 102.

(8) COM(2011) 709 final.

(9) JO C 228 du 22.9.2009, p. 113.

(10) COM(2008) 837 final.

(11) JO C 175 du 28.7.2009, p. 116.

(12) JO C 271 du 19.9.2013, p. 122.

(13) COM(2012) 736 final.


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