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AccueilDroit européen52014AE6949
Avis institutionnel52014AE6949

Avis du Comité économique et social européen sur «Le rôle de la société civile dans les relations UE-Albanie» (avis exploratoire)

CELEX52014AE6949
TypeAvis institutionnel
Datemercredi 22 avril 2015

Résumé IA

Le Comité économique et social européen souligne l'importance cruciale de la société civile albanaise dans le processus d'intégration à l'UE, appelant à un renforcement de ses capacités et à une participation structurée aux réformes. L'avis insiste sur la nécessité de garantir un environnement favorable, incluant la liberté d'association et un financement durable, pour que la société civile puisse jouer pleinement son rôle de contrôle et de promotion de l'État de droit. Pour un professionnel du droit français, ce texte met en lumière les conditions préalables liées à la bonne gouvernance et à la consolidation démocratique, essentielles dans le cadre des négociations d'adhésion.

Texte intégral

4.9.2015

FR

Journal officiel de l'Union européenne

C 291/21


Avis du Comité économique et social européen sur «Le rôle de la société civile dans les relations UE-Albanie»

(avis exploratoire)

(2015/C 291/04)

Rapporteur:

Ionuţ SIBIAN

Par une lettre du commissaire Šefčovič datée du 4 septembre 2014, la Commission européenne a invité le Comité économique et social européen, conformément à l’article 262 du traité et à l’article 9 de l’accord de coopération entre le CESE et la Commission européenne, à élaborer un avis exploratoire sur

«Le rôle de la société civile dans les relations UE-Albanie».

La section spécialisée «Relations extérieures», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 27 mars 2015.

Lors de sa 507e session plénière des 22 et 23 avril 2015 (séance du 22 avril 2015), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 136 voix pour, 2 voix contre et 5 abstentions.

1. Conclusions et recommandations

1.1.

Le CESE accueille avec satisfaction les efforts réalisés par l’Albanie pour se conformer aux normes européennes en promouvant des réformes démocratiques et se félicite de la décision européenne du 27 juin 2014 d’octroyer au pays le statut de candidat à l’adhésion. Il insiste cependant sur l’importance d’adopter une approche plus transparente et inclusive à l’égard des organisations de la société civile (OSC), y compris les partenaires sociaux, à toutes les étapes du processus d’adhésion.

1.2.

S’il reconnaît que l’intégration du pays fait l’objet d’un consensus national, il estime nécessaire de mettre à profit la dynamique positive de 2014 et d’y donner suite par un soutien constant aux réformes. Le CESE invite instamment le gouvernement et les partis politiques de l’opposition à maintenir un dialogue constructif et durable. Les OSC plus expérimentées peuvent être associées à la promotion d’une culture du dialogue et à la sensibilisation des partis politiques à la responsabilité qui leur incombe envers leurs circonscriptions, face à la nécessité de favoriser un consensus qui transcende les lignes partisanes au sujet des réformes et de promouvoir l’intégrité et la transparence.

1.3.

Les structures et mécanismes de soutien aux dialogues civil et social en Albanie doivent être renforcés, et le soutien institutionnel aux parties prenantes concernées devrait être assuré sur la base à la fois d’un financement national et des régimes de financement de l’UE.

1.4.

Les autorités nationales devraient veiller à garantir la participation des OSC, partenaires sociaux compris, à tous les groupes de travail et d’experts pertinents pour le processus d’intégration, compte tenu de l’expertise qui est la leur dans des domaines clés: réforme du système judiciaire, protection des droits de l’homme, réformes du marché de l’emploi, participation des jeunes et entrepreneuriat social, etc.

1.5.

Les rapports de la Commission européenne sur les progrès réalisés devraient aussi porter sur la participation des OSC, partenaires sociaux compris, au processus d’adhésion, en procédant à une analyse plus approfondie des objectifs et des réalisations, dans le respect des dispositions des lignes directrices de la DG Voisinage et négociations d’élargissement relatives au soutien de l’Union européenne à la société civile pour la période 2014-2020 et du Guide de soutien de l’Union européenne pour la liberté et l’intégrité des médias dans les pays candidats 2014-2020, publié par cette même DG. L’évaluation des droits syndicaux et des droits fondamentaux des travailleurs devrait être réalisée en étroite consultation avec les syndicats nationaux et européens et avec l’OIT.

1.6.

Le CESE souligne l’importance du dialogue social et appelle toutes les parties prenantes à faire le meilleur usage possible des institutions existantes et, en particulier, du Conseil national du travail. Il invite le gouvernement à promouvoir davantage ledit conseil et à le consulter d’une manière plus systématique sur toutes les politiques mettant en jeu l’intérêt légitime des employeurs et des travailleurs. Il y a lieu de continuer à encourager le dialogue social au niveau régional et local. Le CESE considère que le dialogue social devrait être régulier et structurel, et non ad hoc, mais aussi plus efficace et orienté sur les résultats.

1.7.

Le CESE demande que la promotion du dialogue social figure parmi les grandes priorités des institutions de l’UE concernant l’Albanie et, à ce titre, qu’elle se reflète dans tous les programmes de la Commission européenne dont peut bénéficier cet État. Pour ce faire, il serait nécessaire d’engager davantage le Conseil national du travail, notamment en le faisant participer et en le consultant formellement à chaque étape des négociations d’adhésion et en l’associant au suivi de la mise en œuvre de l’accord de stabilisation et d’association entre l’UE et l’Albanie. Le Conseil national du travail devrait être en mesure de formuler des commentaires et des avis à l’intention des institutions de l’UE lorsque ces dernières évaluent les progrès réalisés par l’Albanie sur la voie de l’adhésion à l’Union.

1.8.

Le CESE considère que l’une des principales priorités des programmes d’aide de l’UE devrait être de renforcer les capacités de participation active des partenaires sociaux au dialogue social, en les aidant notamment à prendre part plus efficacement à tous les débats économiques, sociaux et juridiques, y compris dans le cadre des négociations d’adhésion à l’UE. Cela passe par le renforcement de leurs structures organisationnelles, leur communication interne et leur capacité à servir leurs membres.

1.9.

Le CESE invite le gouvernement d’Albanie à élaborer une stratégie globale pour lutter contre l’économie souterraine et la réduire. Cette stratégie permettrait d’améliorer la situation financière du pays, d’éviter une concurrence déloyale et d’améliorer ainsi l’environnement économique, tout en garantissant un meilleur respect des droits sociaux des travailleurs.

1.10.

Le CESE encourage vivement le gouvernement albanais à s’engager sur un calendrier et des dispositions en matière d’allocation des ressources qui soient plus précis et plus prévisibles pour mettre en œuvre les mesures de la feuille de route pour une politique du gouvernement albanais en faveur d’un environnement plus propice au développement de la société civile, ainsi qu’à accélérer la constitution du Conseil national pour la société civile (CNSC).

1.11.

Il convient de continuer à soutenir le bon fonctionnement du Conseil national du travail en maintenant l’organisation régulière de réunions sur les questions présentant un intérêt pour les travailleurs et les entreprises. Le CESE préconise de transformer ce conseil en un véritable conseil économique et social similaire à ceux qui existent dans les États membres de l’UE, afin de mieux refléter sa nature tripartite.

1.12.

Le CESE recommande la création d’un comité consultatif mixte de la société civile UE-Albanie après l’ouverture officielle des négociations portant sur l’adhésion du pays à l’UE. Ce comité consultatif mixte permettra aux OSC des deux parties d’engager un dialogue plus approfondi et d’apporter des contributions aux autorités politiques sur les différents chapitres des négociations d’adhésion.

1.13.

Les critères de sélection des membres du CNSC devraient être énoncés clairement sous forme de dispositions juridiques, et les OSC devraient être soutenues dans la création de leurs propres mécanismes transparents de désignation de leurs représentants. Le rôle du CNSC doit être compatible avec les autres structures de gouvernance (1) visant à faciliter la coopération avec les OSC et la participation de ces dernières, afin de permettre les complémentarités et d’éviter la dilution des responsabilités ou le gaspillage des ressources.

1.14.

Il convient de promouvoir plus efficacement les lois et règlements nouvellement adoptés (tels que la loi sur l’accès à l’information, la loi relative à la notification et à la consultation ou la décision no 953 du conseil des ministres concernant la TVA pour les associations sans but lucratif) et de mettre en place des mécanismes permettant de garantir que leurs objectifs soient atteints. Les OSC devraient être constamment associées aux mesures de sensibilisation aux dispositions légales, en militant pour des processus consultatifs efficaces tout en contrôlant le respect des obligations légales.

1.15.

Il y a lieu de promouvoir la transparence et la prévention des conflits d’intérêts en:

—

instaurant des procédures et des normes communes pour la gestion et l’allocation des fonds publics, à tous les niveaux (central et local),

—

renforçant la gouvernance interne et les procédures de travail de l’Agence de soutien à la société civile, compte tenu de son mandat, des attentes de ce secteur et de la nécessité d’interagir avec l’ensemble des autres structures destinées à faciliter la coopération avec les OSC ainsi que la participation de ces dernières au processus décisionnel, et notamment au processus d’intégration,

—

faisant en sorte que les OSC elles-mêmes améliorent leur image et encouragent l’adhésion, la participation civique et le volontariat.

1.16.

Pour garantir durablement la viabilité financière des OSC, le CESE recommande d’accorder une attention particulière aux éléments suivants:

—

le cadre juridique devrait être modifié en vue d’encourager les donations (des mesures d’incitation fiscale devraient être envisagées) et de promouvoir le développement de la responsabilité sociale des entreprises, parallèlement à des actions de sensibilisation et au renforcement de la capacité des OSC à susciter l’intérêt du secteur privé,

—

les OSC devraient être informées des nouvelles dispositions fiscales, notamment en matière de TVA, introduites en décembre 2014, contrôler leur mise en œuvre afin d’en évaluer les avantages et inciter les ONG à mettre en place un plus grand nombre d’activités économiques et de collecte de fonds,

—

des normes et procédures de qualité minimales devraient être systématiquement appliquées à la gestion et à l’allocation des fonds publics aux OSC, y compris au niveau local, afin de garantir l’égalité d’accès à ces fonds, l’absence de discrimination et la transparence,

—

l’Agence de soutien à la société civile devrait être renforcée sur le plan des ressources disponibles et des procédures (transparence des règles de financement et de l’utilisation des ressources, amélioration de son image auprès du public, indépendance vis-à-vis de toute influence politique et irréprochabilité en matière de conflits d’intérêts). Les fonds nationaux devraient apporter un soutien institutionnel plus important aux OSC, y compris les partenaires sociaux, ainsi qu’une meilleure communication avec les communautés les plus petites et les régions reculées,

—

il y a lieu de renforcer les capacités et de reconnaître aux organisations locales qui appliquent des normes de transparence et d’éthique, agissent en toute indépendance et poursuivent des objectifs à long terme et une vision stratégique un rôle d’administrateurs potentiels de l’aide de l’UE en cas de gestion décentralisée des fonds,

—

il convient de mettre en place un mécanisme approprié permettant au gouvernement de se charger de la conception, la prestation et l’évaluation de services publics à caractère social, en coopération avec les OSC. Le gouvernement peut confier à des OSC la prestation de services, en complément de ceux fournis par les pouvoirs publics, en tenant compte des réformes en cours de l’aide sociale et de l’administration locale. Le renforcement des capacités devrait avoir lieu de part et d’autre: du côté des OSC, pour l’élaboration et l’application de normes de prestation de services reconnues au niveau national, et du côté des collectivités locales, pour l’instauration de relations de confiance et d’une coopération avec les OSC et pour la mise en place de procédures appropriées afin d’assurer la transparence de l’allocation des fonds.

2. Contexte

2.1.

L’Albanie a été reconnue comme un candidat potentiel à une adhésion à l’UE lors du sommet européen de Thessalonique en juin 2003. Elle bénéficie des mesures commerciales autonomes de l’UE depuis 2000 et, au titre de l’accord de stabilisation et d’association signé en 2006, de préférences commerciales supplémentaires. L’Albanie a présenté sa demande d’adhésion à l’UE en 2009.

2.2.

Les cinq priorités clés pour l’ouverture des négociations d’adhésion ont été présentées par la Commission dans son rapport de 2013 sur l’état d’avancement du pays: réforme de l’administration publique; indépendance, efficacité et responsabilité des institutions judiciaires; lutte contre la corruption; lutte contre la criminalité organisée et protection des droits de l’homme (y compris la protection des Roms, les politiques de lutte contre la discrimination et la mise en œuvre des droits de propriété). La feuille de route du gouvernement relative à ces cinq priorités clés a été adoptée en mai 2014.

2.3.

En novembre 2013, le parlement albanais a adopté une résolution sur l’adhésion du pays à l’UE, approuvant une série de mesures en lien avec l’intégration à l’UE. La commission parlementaire pour l’intégration européenne a contrôlé la feuille de route du gouvernement concernant les cinq priorités clés et a également exercé ses prérogatives en matière de surveillance au moyen d’auditions avec le ministre de l’intégration européenne.

2.4.

Le soutien réaffirmé du gouvernement et du parlement albanais au processus d’intégration à l’UE a joué un rôle significatif dans l’octroi à l’Albanie du statut de candidat à l’UE le 27 juin 2014.

2.5.

Cela étant, le second semestre 2014 a été marqué par un climat politique conflictuel qui a entravé la progression des réformes et la bonne mise en œuvre des mesures adoptées en vue de l’adhésion du pays à l’UE. En décembre 2014, un accord entre le gouvernement et l’opposition, soutenu par le Parlement européen, a ouvert la voie au rétablissement du dialogue politique au sein du parlement.

2.6.

Un dialogue à haut niveau sur les priorités clés a été lancé en novembre 2013 en tant qu’instrument destiné à organiser la coopération entre l’UE et l’Albanie et à aider le pays à maintenir son attention et à préserver le consensus sur l’intégration à l’UE. L’établissement en septembre 2014 des groupes de travail mixtes entre l’Albanie et la Commission européenne concernant les priorités clés devrait apporter de la cohérence au contrôle des progrès en matière de réforme et promouvoir le caractère inclusif des débats ainsi que l’accès à des informations spécialisées et de qualité.

2.7.

La législation portant création du Conseil national pour l’intégration européenne a été adoptée début mars 2015. Il importe de rendre ce mécanisme de consultation fonctionnel et inclusif, en veillant à ce que les OSC amenées à siéger au sein de ce conseil, y compris les partenaires sociaux, soient représentatives et sélectionnées sur une base transparente.

3. Évolutions politiques, économiques et sociales

3.1.

Si l’Albanie a pu préserver sa stabilité macroéconomique au fil des ans durant la crise économique et financière mondiale, elle reste confrontée à des défis significatifs. Les principaux problèmes économiques que connaît le pays restent le taux de chômage élevé (18,3 % au premier trimestre 2014) et la prévalence de l’emploi informel (75 %), qui mine l’économie dans son ensemble, porte atteinte au budget de l’État et prive les travailleurs de toute protection sociale. Près d’un jeune sur trois est sans emploi. Ces problèmes sont, avec la corruption, les principaux facteurs à l’origine de l’émigration des Albanais. Depuis que les Albanais ont la possibilité de se rendre à l’étranger, un tiers de la population a émigré vers d’autres pays.

3.2.

L’agriculture représente 19,5 % du PIB et reste le principal pourvoyeur d’emplois (44,6 % de l’emploi total en 2013). 98,2 % des 3 03 802 exploitations agricoles d’Albanie sont des exploitations familiales affichant une très faible productivité. Les investissements dans l’agriculture restent minés par le manque de clarté concernant les titres de propriété foncière.

3.3.

L’Albanie a ratifié 80 traités et conventions du Conseil de l’Europe. Malgré cela, le dernier rapport du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe (2) met l’accent sur les problèmes que constituent le niveau élevé de corruption dans les institutions judiciaires, la lenteur de l’exécution des jugements de la Cour européenne des droits de l’homme et les lacunes de la législation relative à l’aide juridique, qui empêchent un accès efficace à la justice, en particulier pour les personnes vulnérables.

3.4.

L’Albanie a en outre ratifié 53 conventions de l’OIT (dont 46 sont en vigueur), parmi lesquelles toutes les conventions fondamentales et principales. La commission d’experts pour l’application des conventions et recommandations (CEACR) a néanmoins constaté de nombreuses lacunes sur le plan de la mise en œuvre. Les observations de 2014 présentent la traite des enfants à des fins d’exploitation de leur travail ou d’exploitation sexuelle comme une source de préoccupation particulière, en dépit des efforts déployés par les autorités nationales pour promouvoir différentes mesures d’ordre législatif.

3.5.

Le CESE estime que l’Albanie est un pays multiculturel et multiconfessionnel dans lequel les droits culturels, religieux et des minorités sont préservés et où le maximum devrait être fait pour conserver cette situation. Les relations interethniques sont bonnes, mais des améliorations restent à apporter à la législation sur les droits des minorités. La Charte européenne des langues régionales ou minoritaires doit encore être adoptée. Le CESE déplore les irrégularités constatées par le comité consultatif du Conseil de l’Europe lors du recensement de 2011 concernant les questions facultatives portant sur la nationalité et la religion. Le CESE invite dès lors instamment les autorités albanaises à ne pas s’appuyer exclusivement sur ces données au moment d’élaborer leurs politiques.

3.6.

Les communautés rom et égyptienne restent confrontées à des conditions de vie extrêmement difficiles et font fréquemment l’objet d’exclusion sociale et de discriminations, en particulier concernant l’accès aux soins de santé, la protection sociale, l’éducation, l’emploi et le logement.

3.7.

L’on peut noter une amélioration du cadre juridique et institutionnel de lutte contre les discriminations, principalement sous l’effet de l’adoption en 2010 de la loi sur la protection contre la discrimination et de la nomination du commissaire chargé de la protection contre la discrimination. Les recommandations toujours plus nombreuses formulées par le commissaire doivent être suivies, tandis que des ressources sont consacrées à la sensibilisation du public à l’existence de la loi ainsi qu’à celle du mécanisme correspondant de traitement des plaintes.

3.8.

Le Bureau du Médiateur participe activement à la promotion des droits de l’homme et son activité est appréciée. Les autorités albanaises devraient dès lors veiller à renforcer le soutien politique et financier apporté au Bureau, afin de lui permettre de continuer à s’acquitter de ses tâches de manière efficace tout en conservant son indépendance et sa liberté par rapport à toute influence politique. Le suivi des recommandations du Médiateur doit être amélioré, notamment en ce qui concerne la dernière recommandation relative à la réforme de l’administration publique qui a conduit à une augmentation du nombre de plaintes liées aux suppressions d’emplois dans les institutions publiques (3).

3.9.

Il y a lieu de saluer les efforts déployés en faveur de la représentation des femmes au niveau central (sur 19 membres, le gouvernement compte six femmes ministres tandis qu’environ 17 % des députés sont des femmes) et concernant le cadre mis en place pour s’attaquer à la violence domestique. Néanmoins, des efforts supplémentaires seront nécessaires pour créer un environnement plus propice à l’évolution de la carrière des femmes en politique ou dans la fonction publique et pour supprimer les dispositions discriminatoires du point de vue de l’égalité homme-femme qui subsistent dans les actes législatifs, s’agissant principalement de l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes et de l’accès à l’entrepreneuriat et au crédit.

3.10.

L’adoption de la stratégie nationale 2014-2020 en matière d’emploi et de compétences est accueillie favorablement, mais des efforts soutenus sont nécessaires pour progresser dans l’application des mesures prévues et pour garantir le financement de sa mise en œuvre, et notamment veiller à utiliser efficacement les fonds alloués au titre de l’IAP II (30 millions d’euros).

4. Situation et rôle des organisations de la société civile

4.1.

La liberté de réunion et d’association est un droit constitutionnel qui est généralement respecté. Les OSC connaissent la liberté d’expression et l’exercent sans interférence. La liberté de la presse restera cependant un enjeu jusqu’à ce qu’une solution ait été apportée aux questions de la transparence du financement des médias et de l’interférence des intérêts politiques et économiques. Il y a lieu d’accélérer la mise en œuvre de la loi sur les médias audiovisuels et de garantir l’indépendance effective de l’autorité de régulation des médias (autorité chargée des médias audiovisuels).

4.2.

Le secteur des organisations de la société civile en Albanie reste fragmenté et relativement sous-développé. Il n’existe toujours aucun chiffre officiel fiable concernant le nombre total d’ONG enregistrées dans le pays (4), et encore moins concernant le nombre d’ONG actives (5). D’après les chiffres de l’Instat datant de 2013, le pays compte 2 110 ONG et organisations internationales enregistrées. Selon les estimations du projet TACSO (2011), sur les quelque 3 000 OSC enregistrées, environ 450 sont actives.

4.3.

Les OSC sont le plus largement représentées dans les grandes villes, essentiellement à Tirana, et moins dans les districts reculés ou les zones rurales. La participation des organisations de terrain, en particulier en dehors de la capitale, reste un défi qu’il convient de relever comme une priorité de financement de première importance pour l’aide financière tant nationale qu’européenne; il y a lieu notamment d’encourager le recours à un soutien institutionnel dans les mécanismes nationaux de financement des OSC, de développer un centre de ressources ou des ONG locales fiables mettant l’accent sur le développement des communautés, de soutenir les processus participatifs visant à gérer les problèmes affectant les communautés locales et de promouvoir les valeurs des OSC et du volontariat.

4.4.

Les stratégies des donateurs et les priorités de financement ont influencé dans une certaine mesure les domaines d’activité des OSC albanaises. Dans un premier temps, celles-ci ont remporté le plus de succès dans les domaines des services aux groupes vulnérables, de l’éducation et de la promotion des droits de l’homme et de la femme. Ces dernières années, par contre, l’accent est mis de manière plus visible et plus effective sur les activités de défense et de sensibilisation par l’intermédiaire de groupements de citoyens, de groupes de réflexion et d’organisations des droits de l’homme dans les domaines de la traite des êtres humains, du système carcéral, de l’environnement, des droits de l’enfant, de l’inclusion sociale et la lutte contre la pauvreté, de la violence domestique, de la participation des jeunes et des droits des LGBT. Il convient par ailleurs de continuer à soutenir la participation active et professionnelle des OSC au contrôle des engagements contractés par le gouvernement dans des domaines clés pour l’adhésion à l’UE (réforme du système judiciaire, réforme de l’administration, gestion des fonds publics et transparence dans l’allocation de ces fonds), notamment en apportant au pays une aide de l’UE.

4.5.

La présence des OSC dans des domaines fondamentaux de la sphère publique, où elles participent de manière proactive à la prise de décisions et à l’élaboration des politiques, a permis un certain nombre d’avancées en ce qui concerne l’élaboration de stratégies et d’une législation nationales ayant une incidence sur les OSC. Il importe de continuer à soutenir les coalitions et la constitution de réseaux en tant que moyens d’accroître l’intégration sectorielle, de donner plus de poids aux points de vue exprimés dans le cadre du dialogue civique et social et de gagner en importance auprès des instances publiques et du secteur privé.

4.6.

En dépit de l’absence de reconnaissance juridique, les OSC albanaises se sont investies dans la création d’entreprises sociales. Leur nombre est limité, mais les politiques publiques devraient reconnaître et soutenir la promotion et le développement de l’entrepreneuriat social, alimenté par les initiatives prises sur le terrain. Les entreprises sociales apportent une valeur ajoutée en créant des emplois pour les personnes défavorisées, elles ont la capacité d’apporter des réponses innovantes aux besoins sociaux et font une meilleure utilisation du potentiel des communautés locales.

4.7.

L’adoption récente des nouvelles lois sur l’accès à l’information (septembre 2014) et sur les procédures de notification et de consultation (octobre 2014) constitue une évolution positive qu’il convient de surveiller étroitement pour faire en sorte qu’elles s’accompagnent de structures et mécanismes pertinents garantissant des processus systématiques et transparents de consultation et de dialogue entre les pouvoirs publics et les OSC. Le travail préparatoire substantiel effectué en rapport avec la loi sur la protection des lanceurs d’alerte est reconnu. Il convient, préalablement à l’adoption de cette loi, d’étudier attentivement la capacité administrative requise pour sa mise en œuvre et la sensibilisation à ses dispositions spécifiques.

4.8.

Le CESE se félicite des améliorations observées en ce qui concerne la coopération entre les organismes publics et les OSC et accueille avec satisfaction le débat public en cours sur la feuille de route pour une politique du gouvernement albanais en faveur d’un environnement plus propice au développement de la société civile. Cette feuille de route se concentre sur neuf domaines d’action prioritaires qui tiennent compte des objectifs définis dans les lignes directrices relatives au soutien de l’Union européenne à la société civile pour la période 2014-2020, lesquelles devraient être revues afin de mieux prendre en compte les défis spécifiques auxquels sont confrontés les partenaires sociaux dans le cadre du dialogue social.

4.9.

Le 29 avril 2014, le gouvernement a approuvé le plan d’action national pour la période 2014-2016 au titre du partenariat pour un gouvernement ouvert. En plus de satisfaire aux critères de référence définis dans le plan d’action, il importe d’intensifier les efforts de sensibilisation aux objectifs et aux valeurs dudit partenariat, en particulier au niveau local. Il y a lieu de maintenir la coopération avec la coalition d’OSC en faveur du partenariat pour un gouvernement ouvert ainsi que la contribution effective de cette coalition.

4.10.

Tant le gouvernement que les OSC ont défini comme des priorités la nécessité de mettre en place un Conseil national pour la société civile, sous la forme d’un organe consultatif permettant d’entretenir un dialogue régulier entre le gouvernement et les OSC, et celle d’élaborer une stratégie nationale pour la création d’un environnement propice aux OSC.

4.11.

Une société civile active et pérenne ne saurait exister sans une solide culture du volontariat, qui n’est guère représentée en Albanie. Les discussions sur la promotion d’une loi sur le volontariat devraient être reprises, parallèlement à l’adoption de mesures de fond visant à sensibiliser aux avantages qu’offre la participation civique et à inciter le public à s’engager dans des actions de volontariat.

5. Dialogue social et organisations patronales et syndicales

5.1.

Le dialogue social est indispensable au développement économique et pour assurer la cohésion sociale nécessaire à l’Albanie. La principale plateforme institutionnelle de dialogue tripartite est le Conseil national du travail, qui a été fondé en 1996 et a tenu en 2014 quatre réunions portant sur des sujets spécifiques. Il se compose de sept représentants du conseil des ministres et de dix représentants des organisations patronales et syndicales, ce qui est conforme à une partie seulement des critères de représentation définis dans les normes de l’OIT, qui continuent de faire l’objet de discussions entre les partenaires sociaux. Au niveau local, le dialogue tripartite s’est développé dans le domaine de l’emploi par l’intermédiaire des bureaux des conseils locaux et des agences locales pour l’emploi. Le gouvernement et les partenaires sociaux sont en train d’examiner la possibilité de mettre en place un conseil économique et social à l’instar de ce qui existe dans d’autres pays, afin de mieux gérer les questions économiques.

5.2.

Quatre-vingt-trois syndicats sont établis et actifs en Albanie. La plupart font partie de deux confédérations, les autres étant indépendants. Les deux confédérations les plus grandes et les plus influentes sont la Confédération des syndicats d’Albanie (KSSH), qui compte 1 10 000 membres, et l’Union des syndicats indépendants d’Albanie (BSPSH), qui en compte 84 000, représentées par cinq membres au sein du Conseil national du travail. La KSSH et la BSPSH, qui représentent environ 90 % des personnes syndiquées en Albanie, sont présentes dans douze régions et sont essentiellement actives dans les secteurs de l’enseignement et des sciences, de la fonction publique, des pensions, de l’industrie manufacturière, de l’agriculture, de l’agroalimentaire, de la santé publique, des transports, du pétrole, de la construction, des textiles, de l’artisanat, du commerce, des industries chimique et métallurgique et des télécommunications. Toutes deux sont affiliées à la CSI et ont le statut d’observateur au sein de la CES. Les syndicats ont un rôle essentiel à jouer pour renforcer le dialogue social en Albanie.

5.3.

Les syndicats se sont particulièrement développés dans le secteur public et les entreprises privatisées (anciennes entreprises d’État). Ils sont moins représentés dans le secteur purement privé. Au cours de l’année 2014, les syndicats ont intensifié leurs activités en matière de protection des travailleurs et de négociation collective mais ne sont pas parvenus à surmonter leurs divergences. Les réformes internes visant à rendre les syndicats plus indépendants par rapport aux partis politiques doivent être une priorité.

5.4.

Les dialogues sectoriel et bipartite restent faibles, essentiellement en raison de l’absence de culture du dialogue et du scepticisme des employeurs à l’égard des syndicats. Les négociations collectives sont plus développées dans les zones urbaines, notamment à Tirana, Durrës et Vlora, du fait que les entreprises les plus grandes s’y concentrent.

5.5.

L’Albanie compte au total quelque 1 04 275 entreprises actives, dont la moitié sont établies dans les comtés de Tirana et Durrës. En 2012-2013, le pays comptait une trentaine d’organisations patronales. L’organisation faîtière d’employeurs «Business Albania» a été créée en 2010 et se compose de 24 associations d’entreprises et d’une série d’entreprises individuelles (les associations membres réunissent plus de 30 000 employeurs). «Business Albania» est membre du Conseil national du travail, du Conseil économique national et de l’Organisation internationale des employeurs (OIE). Parmi les autres acteurs de premier plan du dialogue social, représentés au sein du Conseil national du travail, figurent le Conseil albanais de l’agroindustrie (KASH), composé de 12 conseils régionaux et de 21 associations nationales, et le Conseil albanais des organisations d’employeurs (KOPSH), qui compte 14 fédérations membres dont la majorité est active au niveau national.

5.6.

Depuis 1995, l’Union des chambres de commerce et d’industrie d’Albanie (70 membres), établie en tant qu’association sans but lucratif, défend les intérêts du commerce et de l’industrie à l’échelle du pays et soumet au gouvernement central des idées et des propositions visant à les soutenir. Elle coordonne également les activités des chambres locales et leurs relations avec les organisations équivalentes d’autres pays.

5.7.

Mécanisme structuré visant à améliorer le dialogue entre le gouvernement et le monde des entreprises, le Conseil économique national (CEN) a été créé par une loi en 2014 (6). Le CEN facilite les processus de consultation et remplit un rôle consultatif auprès du gouvernement concernant les décisions et les pratiques de politique économique. Tout en se félicitant vivement de la régularité de réunions du CEN, le Comité estime que des efforts devraient être déployés de part et d’autre pour améliorer l’efficacité du dialogue et la capacité du Conseil à assurer un suivi des engagements du gouvernement vis-à-vis des milieux économiques.

5.8.

L’Albanie a ratifié les huit conventions fondamentales sur le travail de l’OIT, mais les progrès restent limités dans le domaine des droits du travail et des syndicats. Des avancées s’imposent dans certains domaines clés: le renforcement des droits du travail et des droits syndicaux, la garantie que le gouvernement respecte et fait respecter le droit du travail et l’amélioration du dialogue social tripartite.

5.9.

Le code du travail amendé doit encore être adopté, et plusieurs lacunes subsistent concernant la conformité avec les normes internationales du travail. Les droits fondamentaux des travailleurs continuent à être régulièrement bafoués en Albanie et les mécanismes de prévention et de sanction prévus contre ces infractions ne sont pas suffisamment efficaces.

5.10.

En vue notamment des négociations d’adhésion à l’UE, il est crucial de mieux associer les partenaires sociaux aux politiques gouvernementales en matière économique, sociale et d’emploi. Il conviendrait également de les associer aux travaux préparatoires devant permettre à l’Albanie de pouvoir bénéficier du Fonds social européen et des autres fonds de l’UE. C’est à cette seule condition que les partenaires sociaux albanais seront effectivement en mesure de jouer leur futur rôle dans les forums de démocratie participative à l’échelon de l’UE.

5.11.

Le CESE soutient l’accent mis sur la croissance et l’emploi dans la batterie de mesures d’assistance en faveur de l’Albanie prévues pour 2015 au titre de l’IAP et recommande à la Commission européenne de prendre en considération les besoins spécifiques des partenaires sociaux lors de l’élaboration de futurs appels à propositions. En outre, les partenaires sociaux devraient être encouragés et, dans la mesure du possible, formés pour être mieux en mesure de se préparer et de soumettre une candidature pour les projets couverts par un financement européen.

Bruxelles, le 22 avril 2015.

Le président du Comité économique et social européen

Henri MALOSSE


(1) L’unité chargée de la coordination avec la société civile au sein du ministère de l’intégration européenne, l’Agence de soutien à la société civile, l’unité centrale de coordination des politiques relatives à la société civile au sein du cabinet du Premier ministre et les unités/personnes de contact au sein des ministères/organismes publics.

(2) Rapport de Nils Muižnieks, commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, à la suite de sa visite en Albanie du 23 au 27 septembre 2013.

(3) Le Bureau du Médiateur a indiqué que 2 337 employés de 14 ministères ont été licenciés de l’administration publique entre janvier et septembre 2014. Un total de 816 employés licenciés (en vertu tant du statut de la fonction publique que du droit du travail) ont introduit des recours devant les tribunaux administratifs à l’échelon régional.

(4) Le tribunal de première instance de Tirana est la seule autorité publique habilitée à enregistrer les OSC, mais aucun registre électronique n’est à la disposition du public.

(5) Le ministère de l’intégration européenne a enregistré 140 ONG en vue d’une coopération.

(6) Le Conseil est présidé par le Premier ministre et compte parmi ses membres les six plus grands contribuables du monde des entreprises, quatre organisations d’entreprises et six personnalités de l’économie nationale/mondiale.


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