| CELEX | 52014IE1568 |
| Type | Initiative législative |
| Date | mercredi 21 janvier 2015 |
| 23.7.2015 | FR | Journal officiel de l'Union européenne | C 242/34 |
Avis du Comité économique et social européen sur la situation des organisations de la société civile en Turquie et les conditions dans lesquelles elles opèrent
(2015/C 242/06)
Rapporteur:
M. METZLER
Lors de sa session plénière des 26 et 27 février 2014, le Comité économique et social européen a décidé, conformément à l’article 29, paragraphe 2, de son règlement intérieur, d’élaborer un avis d’initiative sur la
«Situation des organisations de la société civile en Turquie et conditions dans lesquelles elles opèrent».
La section spécialisée «Relations extérieures», chargée de préparer les travaux du Comité en la matière, a adopté son avis le 17 décembre 2014.
Lors de sa 504e session plénière des 21 et 22 janvier 2015 (séance du 21 janvier 2015), le Comité économique et social européen a adopté le présent avis par 205 voix pour, aucune voix contre et 2 abstentions.
1. Conclusions et recommandations
| 1.1. | Le CESE encourage le gouvernement et l’administration turcs à reconnaître que les organisations de la société civile forment une part importante de la société et sont des acteurs-clés du processus consistant pour le pays à se rapprocher des valeurs et de l’acquis de l’Union européenne. Le but doit être de créer une société dans laquelle tous les groupes de la société peuvent avoir un rôle essentiel à jouer. Dans le cadre d’un effort conjoint, la Turquie doit faire en sorte de créer le cadre institutionnel et législatif que nécessite une culture pluraliste et participative de reconnaissance et d’échanges mutuels. |
| 1.2. | La condition préalable indispensable au bon fonctionnement des organisations de la société civile est le maintien dans tous les domaines de la séparation des pouvoirs en vertu de l’État de droit. Une intervention de l’État disproportionnée et qui entrave indûment leur fonctionnement, comme c’est le cas pour les audits spéciaux, est incompatible avec ce principe. Il convient également de maintenir leur accès aux voies de recours. La corruption doit par ailleurs être combattue avec fermeté. |
| 1.3. | Dans le cadre du dialogue UE-Turquie, une attention particulière doit être accordée à la mise en œuvre effective des libertés et des droits fondamentaux, notamment:
|
| 1.4. | La séparation des pouvoirs entre le législatif, le judiciaire et l’exécutif, notamment une distinction claire entre l’action du gouvernement et l’action administrative — cette dernière devant être étayée par la législation — est une condition sine qua non de la garantie du fonctionnement des organisations de la société civile. En particulier, l’indépendance du pouvoir judiciaire constitue le fondement de l’État de droit. |
| 1.5. | Le CESE appelle le Conseil de l’Union européenne à faire tendre ses efforts vers l’ouverture du chapitre 23 («Pouvoir judiciaire et droits fondamentaux») et du chapitre 24 («Justice, liberté, sécurité») des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, afin de continuer à accompagner le processus en cours dans le pays. |
| 1.6. | Simultanément, le principe de séparation verticale des pouvoirs, par exemple l’autonomie locale, doit aussi être maintenu. |
| 1.7. | Il serait bénéfique que les organisations de la société civile turque puissent avoir accès aux informations relatives aux processus (décisionnels) du gouvernement. À cette fin, il conviendrait d’organiser régulièrement des auditions et des consultations, selon une réglementation transparente, pour que les connaissances découlant des travaux des organisations de la société civile et les intérêts des groupes sociaux qu’elles représentent soient pris en compte dans les décisions politiques et administratives. Le gouvernement et l’administration turcs sont invités à engager la société civile dans un processus de dialogue formel (conseil économique et social) et à inscrire ce dernier dans la constitution, dans le cadre du processus de réforme constitutionnelle. |
| 1.8. | Le CESE estime que certaines catégories professionnelles — en particulier les professions libérales — ont un rôle très important à jouer lorsqu’il s’agit de créer dans la réalité une société libre dans un État de droit. L’accès à la justice ou aux soins de santé ne peut être garanti que par des professionnels indépendants et qualifiés à qui les citoyens peuvent se fier, dans le cadre d’une relation de confiance qui est à l’abri des interventions ou de la violence extérieures. Ces services fondés sur la confiance, fournis par des juristes, des médecins, des conseillers fiscaux et d’autres catégories encore, exigent que le secret professionnel soit protégé au moyen de mesures de garantie exhaustives. |
| 1.9. | En conséquence, ces professions nécessitent une autorégulation effective, effectuée par exemple par des organisations professionnelles garantissant qu’elles puissent assumer leurs responsabilités particulières vis-à-vis de la société et des personnes, sans intervention de nature politique. La mission exploratoire du CESE a permis de repérer certaines violations de ce principe. |
| 1.10. | Il est souhaitable d’établir en Turquie un dialogue social au niveau national, des secteurs et des entreprises, afin que les employeurs et les salariés puissent devenir partenaires sur un pied d’égalité. L’objectif devrait être d’améliorer les conditions de travail ainsi que la santé et la sécurité sur le lieu de travail, ce qui doit se traduire par des droits étendus pour les travailleurs (1). |
2. Introduction et contexte
| 2.1. | La visite du CESE à Istanbul et à Ankara les 9 et 10 septembre 2013 a mis en évidence que les conditions de travail des organisations de la société civile turque étaient parfois soumises à des restrictions sensibles. Dans certains cas, les représentants et le personnel de ces organisations ont été victimes de sévères restrictions personnelles, voire de violence physique, de la part des institutions étatiques. |
| 2.2. | La visite de suivi effectuée à Ankara et à Diyarbakır du 1er au 3 juillet 2014 avait pour objet d’analyser la situation actuelle et l’évolution des conditions concernant le travail de la société civile en Turquie. Des discussions ont été tenues avec des représentants de la société civile turque, l’objectif étant de déterminer si les organisations de la société civile avaient constaté des changements dans leurs conditions de fonctionnement depuis septembre 2013. |
| 2.3. | Ces visites sont venues s’ajouter aux réunions habituelles du comité consultatif mixte (CCM) UE-Turquie qui suit le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Les membres du CESE ont pu discuter avec les représentants de la société civile qui n’avaient pas été proposés comme partenaires de dialogue pour le CCM UE-Turquie. |
| 2.4. | Le dialogue mené avec des représentants d’un large éventail d’organisations de la société civile turque et du gouvernement, y compris d’une collectivité locale, a permis aux membres du CESE de comprendre les conditions de fonctionnement des organisations de la société civile en Turquie et de prendre acte de toute modification de ces conditions. L’objectif était de rassembler les expériences individuelles et les interprétations des différents acteurs de la société civile pour dresser un tableau général, dépeignant non pas le cadre juridique mais plutôt la situation telle qu’elle est perçue dans la pratique, ce qui est d’une importance cruciale en vue de l’engagement personnel des citoyens dans les organisations de la société civile. |
| 2.5. | L’hypothèse de base est qu’il ne sera jamais possible que l’ensemble des parties prenantes de la société civile soient entièrement satisfaites de leurs conditions de fonctionnement, même dans les meilleures circonstances. Or, il s’agit bien plus d’avoir pour objectif de travailler sans cesse pour optimiser les conditions de participation de la société civile en recherchant un équilibre des intérêts, afin de favoriser le développement continu d’une société démocratique et pluraliste, telle qu’elle se construit dans l’ensemble des États membres de l’Union européenne dans le cadre d’un processus actif. |
| 2.6. | Le CESE appelle tant la Turquie que l’Union européenne à considérer le dialogue avec la société civile comme la condition sine qua non du rapprochement entre les deux sociétés, et à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour promouvoir celui-ci. Le processus ne peut être mené à bien que s’il constitue un apprentissage mutuel dans le cadre d’un dialogue ouvert et continu. |
3. Cadre institutionnel et législatif des organisations de la société civile
| 3.1. | La Turquie a effectué des avancées indéniables en ce qui concerne les principes fondamentaux de séparation des pouvoirs et d’autonomie locale, bien que des efforts considérables doivent encore être consentis en vue de l’application de ces principes. Les organisations de la société civile ont besoin d’un cadre juridique fiable sur lequel fonder leurs activités. Cela signifie, entre autres, que le droit applicable doit leur offrir suffisamment de marge de manœuvre dans leur travail, et doit également être respecté et appliqué comme il se doit par l’État et l’administration. La certitude juridique vis-à-vis des conditions de fonctionnement des organisations de la société civile et de leur personnel doit être transparente et garantie. |
| 3.2. | C’est la réalité constitutionnelle qui fait principalement l’objet de critiques, en termes de capacité à pouvoir se reposer sur des pouvoirs publics qui respectent les droits individuels. Dans certains cas, l’on a pu observer un manque de certitude ou de transparence concernant le fondement ou la justification de l’action du gouvernement, ce qui a eu pour conséquence que les mesures prises par l’État ont été perçues comme arbitraires, et ce, que les interventions administratives spécifiques aient été techniquement conformes au droit ou qu’elles aient enfreint les dispositions légales. |
| 3.3. | La base juridique d’une mesure, la partie responsable de sa mise en place et la motivation d’une décision ou d’une mesure sont des éléments qui devraient toujours être communiqués de manière que la partie concernée puisse comprendre. Il convient aussi de garantir, dans la pratique, un accès rapide aux voies de recours, et de donner les informations appropriées à ce sujet. |
4. Séparation des pouvoirs, État de droit et liberté d’action individuelle
| 4.1. | Tous les membres du personnel des organisations de la société civile sont également responsables de leurs actions, comme tout autre citoyen. Ils ne doivent pas subir de restrictions ou de désavantages personnels injustes du fait de leur engagement. Leur vie privée et celle de leur famille doit en particulier être intégralement protégée. |
| 4.2. | Le CESE a connaissance du fait que des représentants de la société civile ont été à maintes reprises menacés verbalement ou dans le cadre de poursuites judiciaires, parfois personnellement, et se sont vu infliger des restrictions injustifiées de leurs activités au sein de la société civile. Certaines restrictions décrites ont été imposées dans le contexte des manifestations du Parc Gezi, en mai et juin 2013, et des procédures judiciaires liées à ces événements. |
| 4.3. | La délégation du CESE a été profondément choquée d’apprendre que, lors de ces manifestations, des médecins ont reçu l’interdiction de soigner les blessés et que les dossiers des patients ont été exigés à des fins d’enquête. Selon les témoignages, certains médecins ont fait l’objet d’enquêtes, étant accusés de délits tels que le non-respect de la réglementation nationale, parce qu’ils ne s’étaient pas conformés aux instructions des pouvoirs publics. Bénéficier de soins médicaux indépendants, en toute confidentialité, est un droit de l’homme, quels que soient les événements politiques ou la personne, et ces soins doivent être prodigués dans le respect du serment d’Hippocrate. Dans le domaine des soins médicaux comme dans celui de la représentation juridique, le respect du secret professionnel par toutes les personnes concernées est une condition essentielle de toute activité fondée sur la confiance et un principe de l’État de droit. Au-delà des cas individuels, le respect de ces principes par tous les fonctionnaires est important pour le fonctionnement global de la démocratie et de l’État de droit, et pour la confiance que les citoyens doivent avoir dans le respect de leurs droits. |
| 4.4. | Le CESE recommande aux autorités turques d’essayer de regagner la confiance des organisations de la société civile en garantissant que l’ensemble des décisions arrêtées à tous les niveaux de gouvernement sont transparentes et conformes à l’État de droit, et que celles prises par les organes législatifs, judiciaires et exécutifs sont totalement indépendantes. |
| 4.5. | La participation de la société civile au processus décisionnel démocratique pourrait être renforcée, dans le cadre du processus d’adhésion à l’Union européenne, par l’ouverture du chapitre 23 («Pouvoir judiciaire et droits fondamentaux») et du chapitre 24 («Justice, liberté, sécurité») et par l’application proactive des libertés et droits fondamentaux qu’ils exigent de respecter. |
| 4.6. | Le CESE souligne que l’indépendance du pouvoir judiciaire, notamment des juges, constitue un élément fondamental d’une société civile libre en démocratie. Plus particulièrement, les juges doivent être en mesure de rendre la justice en toute indépendance et conformément à la loi, sans recevoir d’instructions émanant indirectement d’autres organes, sans faire l’objet de pressions individuelles et sans être menacés de subir un préjudice. |
5. Transparence et communication pour la participation de la société civile
| 5.1. | Le CESE se réjouirait que le gouvernement et l’administration turcs exploitent davantage le potentiel des organisations de la société civile pour l’élaboration des décisions de politique et la communication qui les entoure, en les consultant régulièrement avant la prise de décision et en leur fournissant l’accès aux informations sur les processus décisionnels du gouvernement, dans la perspective d’un dialogue. De nombreuses organisations de la société civile se plaignent de ne pas avoir la possibilité d’avoir accès aux processus décisionnels du gouvernement. Dans les États membres de l’Union européenne, les pouvoirs publics consultent régulièrement les représentants de ces organisations avant d’arrêter des décisions, de manière à intégrer dans le processus les avis et intérêts collectifs de leurs membres et d’améliorer ainsi la qualité et la viabilité sociale des décisions prises. En organisant la consultation des groupes sociaux impliqués ou concernés, constituant une étape bien définie du processus législatif et réglementaire, les pouvoirs publics peuvent en premier lieu déterminer à l’avance les possibilités d’amélioration et, en second lieu, recourir aux organisations concernées pour transmettre la décision dans leurs sphères d’influence. |
| 5.2. | Le gouvernement et l’administration turcs sont invités à engager la société civile, avec la participation formelle des minorités, dans un processus structuré de formation de l’opinion politique à travers la création d’un conseil économique et social et à inscrire ce dernier dans la Constitution, dans le cadre du processus de réforme constitutionnelle. |
| 5.3. | À l’époque de la mission d’exploration, les représentants de la société civile avaient l’impression de subir d’importantes contraintes dans leur communication avec les membres et le grand public. Ils ont indiqué qu’il était difficile — voire virtuellement impossible — d’avoir accès à la presse, en raison de la structure parfois oligopolistique des médias et de leurs positions éditoriales fondamentalement partisanes dans de nombreux cas, et ont fait part de situations d’importante dépendance économique et de l’exercice d’une influence directe sur les médias. Ils ont également affirmé que cela entraînait une restriction des possibilités de faire rapport sur les travaux des organisations de la société civile et d’organiser des débats politiques ouverts permettant d’exprimer des positions critiques vis-à-vis du gouvernement. |
| 5.4. | Le CESE considère qu’il reste des efforts à faire pour mettre en place un paysage médiatique libre et varié. La répression des journalistes effectuant un travail critique, y compris leur incarcération, doit cesser immédiatement. |
| 5.5. | Le CESE critique le blocage temporaire du service de microblogging Twitter. Le gouvernement turc devrait soutenir la liberté d’expression, y compris sur les médias sociaux, qui devraient pouvoir être utilisés dans le cadre d’un échange de vues dynamique faisant partie intégrante d’une démocratie. |
6. Expérience de la protection des minorités en tant que test pour le fonctionnement de la démocratie
| 6.1. | Il convient d’accorder une grande importance à la question de la protection des minorités, car elle constitue un test pour le fonctionnement de la démocratie. La discrimination pratiquée par les pouvoirs publics doit être systématiquement abolie; par ailleurs, il convient de prévenir, par des campagnes d’éducation publiques, et de condamner par des moyens juridiques la discrimination exercée par des tiers. La participation de la société civile aux processus décisionnels démocratiques pourrait être facilitée, dans le cadre du processus d’adhésion à l’Union européenne, par l’ouverture du chapitre 23 («Pouvoir judiciaire et droits fondamentaux») et du chapitre 24 («Justice, liberté, sécurité») et par l’application sans délai des libertés et droits fondamentaux qui y sont mentionnés. |
| 6.2. | Même si les femmes ne peuvent raisonnablement être considérées comme une minorité, le CESE invite la Turquie à recourir à des instruments de protection des minorités pour promouvoir l’égalité hommes-femmes. À cette fin, la Turquie devrait mettre en œuvre la convention des Nations unies sur les droits de la femme. La Turquie devrait avoir pour objectif politique d’accroître la participation des femmes et des jeunes filles dans tous les domaines de la société — en ce qui concerne en particulier le marché du travail et notamment l’administration publique — et devrait œuvrer activement en ce sens. L’État turc devrait soutenir les mères en difficulté en leur donnant accès à un conseil spécialisé indépendant, afin de réduire le nombre d’avortements illégaux. Des formes de coopération éprouvées entre les organisations de défense des droits des femmes et l’État turc devraient être poursuivies et renforcées. |
| 6.3. | La Turquie devrait maintenir ses efforts pour intégrer la minorité kurde au sein de la société turque et promouvoir la culture et la langue kurdes. |
| 6.4. | Le CESE demande à la Turquie de protéger les personnes ayant des orientations ou des identités sexuelles différentes contre toute discrimination et de les intégrer dans la société. |
| 6.5. | Le Comité a appris que le principe constitutionnel de laïcité de l’État n’est pas respecté dans certains cas; en particulier, des informations sur la religion sont exigées pour l’établissement de documents d’identité officiels. Des membres de minorités religieuses, notamment les Alevis, semblent être désavantagés dans la vie communautaire et sur le marché du travail. Il est demandé à la Turquie d’accroître ses efforts pour intégrer les minorités religieuses dans la société et les protéger de la discrimination. |
7. Le dialogue social en tant qu’instrument et expression de la démocratie sur le lieu de travail
| 7.1. | Le CESE a repéré un certain nombre de défaillances dans la mise en œuvre du principe consistant à associer systématiquement les employés aux décisions les concernant. Les syndicats font état de restrictions de la liberté d’association et de réunion, qui est une condition fondamentale pour les membres de syndicats. Par ailleurs, le CESE a été informé que des syndicalistes, notamment des membres de comités d’entreprise, ont subi des pressions personnelles en violation de la liberté d’association. |
| 7.2. | Le CESE note avec consternation que des insuffisances dans la conception et la mise en œuvre des mesures de sécurité au travail ont entraîné des accidents, qui se sont produits avant la mission exploratoire, comme l’accident de la mine de Soma en mai 2014. Le Comité appelle le gouvernement et l’administration turcs à coopérer avec les travailleurs pour mettre en place des mesures de protection et de sécurité du personnel, et à faire en sorte que ces mesures soient mises en œuvre de manière généralisée. |
8. L’autonomie locale en tant qu’instrument de la démocratie participative
| 8.1. | Dans certaines régions de Turquie, le principe d’autonomie locale reste un processus d’apprentissage mutuel dans lequel les rôles et les compétences des différentes autorités doivent être graduellement définis et développés. Le CESE note qu’en Turquie, la séparation verticale des pouvoirs est également un moyen de développer un réseau de connexions entre l’État et des groupes sociaux, et que les processus démocratiques devraient être plus profondément ancrés aux niveaux régional et local. Ce pourrait être également l’occasion d’associer au processus décisionnel politique les organisations de la société civile ayant des connexions locales directes, par exemple en tant que citoyens informés et conseillers indépendants. |
9. Conditions sociales générales préalables pour les organisations de la société civile
| 9.1. | L’État et les médias pourraient consentir encore davantage d’efforts pour que les citoyens appréhendent mieux la diversité des groupes qui composent la société et comprennent que les organisations de la société civile et la représentation des intérêts sont nécessaires pour que les minorités soient reconnues comme légitimes et source d’enrichissement de la société turque. |
| 9.2. | Les organisations de la société civile ne peuvent se développer et fonctionner de manière professionnelle que s’il existe une structure sociale qui soit pluraliste et participative dans la pratique. Cela dépend non seulement de l’existence de mécanismes institutionnels permettant à ces organisations de mener leurs activités dans un cadre légal, mais également du maintien des conditions-cadres pratiques pour la participation de la société civile. Au-delà de l’engagement individuel en faveur des valeurs et des intérêts poursuivis, le travail volontaire dépend aussi de la reconnaissance que les personnes reçoivent en retour. |
| 9.3. | Certaines discussions menées avec des acteurs de la société civile ont révélé qu’ils percevaient davantage leur travail comme une lutte inégale avec les autorités que comme la représentation légitime d’intérêts. Dans certains cas, l’emploi d’une sémantique de l’opposition, de la méfiance et de la résistance vis-à-vis des forces sociales ou gouvernementales était troublante. Cette attitude ne favorise pas la compréhension mutuelle ou la réalisation d’avancées notables grâce à un changement mutuel, et risque de créer des scissions entre les groupes qui composent la société turque. |
| 9.4. | Pour surmonter un climat de méfiance et de peur, les autorités et les organisations de la société civile européenne sont invitées à entamer un dialogue et un trilogue avec les organisations partenaires européennes afin de promouvoir un climat de respect et de confiance mutuels. |
Bruxelles, le 21 janvier 2015
Le Président du Comité économique et social européen
Henri MALOSSE
(1) Voir le rapport conjoint sur la situation relative aux droits syndicaux en Turquie — Joint Report on Trade Union Rights Situation in Turkey (corapporteurs: Mme Annie Van Wezel et M. Rucan Isik), adopté au cours de la 32e réunion du comité consultatif mixte UE-Turquie (CCM), les 7 et 8 novembre 2013 (CES6717-2013_00_00_TRA_TCD), http://www.eesc.europa.eu/?i=portal.en.events-and-activities-32-eu-turkey-jcc-jointreport.30035
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur le vingtième anniversaire de l'accord de paix de Dayton (2015/2979(RSP))
17/12/2015
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur la situation aux Maldives (2015/3017(RSP))
17/12/2015
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur la Malaisie (2015/3018(RSP))
17/12/2015
Résolution du Parlement européen du 17 décembre 2015 sur le rapport annuel de 2014 sur les droits de l'homme et la démocratie dans le monde et sur la politique de l'Union européenne en la matière (2015/2229(INI))
17/12/2015